Profitant de la pause hivernale des pilotes et d’une actualité moins fournie, nous vous proposons une galerie des principales personnalités francophones du paddock qui, chacune, représente un des innombrables rouages indispensables au somptueux spectacle que sont les Grands Prix.

On entend souvent parler de l’armada espagnole ou des troupes italiennes, mais vous allez découvrir que la colonie francophone, plutôt nombreuse et très unie, n’a pas à rougir de la comparaison.

Dans la lumière ou plus dans l’ombre, prolixe ou plus discret, chacun de ces hommes nous a partagé avec plaisir son univers et son actualité, avec toujours la même passion comme dénominateur commun.

Peu à peu, vous pourrez donc ainsi un peu mieux savoir qui sont, et ce que vivent aujourd’hui, par exemple Claude Michy, Piero Taramasso, Hervé Poncharal, Éric Mahé, Nicolas Goubert, Bernard Ansiau, Guy Coulon, Christophe Bourguignon, Florian Ferracci, Christophe Léonce, Marc van der Straten, Miodrag Kotur, Alain Bronec, Jacques Hutteau, Michel Turco, David Dumain, Michaël Rivoire, et bien d’autres.

Cette longue série d’interviews sera tout d’abord diffusée sur le site officiel MotoGP.com dans une version peaufinée, avant d’être accessibles ici dans leur version brute.

Ainsi, au moment où reprendront les Grands Prix, vous serez presque incollable sur la partie francophone d’un paddock particulièrement cosmopolite…


Piero Taramasso, Manager Deux-roues Michelin Motorsport

Quelle est votre année de naissance ?

« 1967 »

Comment le jeune Piero Taramasso a attrapé la passion des sports mécaniques ?

« Déjà, je suis italien, et en Italie tout le monde est passionné de sport automobile et de sports mécaniques, que ce soit la Formule 1 ou la moto. Il y a des constructeurs très importants, comme Ferrari, Ducati, Aprilia ou Cagiva. Donc cette passion m’est arrivée tout jeune, en regardant les courses à la télévision avec mon père et ma mère. »

Quelles sont les grandes lignes de votre parcours ?

« Je suis rentré chez Michelin en Italie en 1989 et j’ai eu la chance d’aller en France comme pilote essayeur de voitures en 1992. J ‘ai fait cela pendant six ans, ce qui a renforcé ma passion pour les voitures, même si, à titre privé, je faisais déjà de la moto. Je suis ensuite parti aux États-Unis pendant quatre ans, toujours comme pilote essayeur de voitures, pour travailler avec les constructeurs américains. Comme j’étais très proche des voitures, des pneumatiques et des pistes de circuit, j’ai eu l’opportunité de rentrer dans le service Motorsport de Michelin en Formule 1 en 2001. C’était le retour de Michelin dans cette discipline et j’ai fait cela durant six ans. J’ai donc un passé plutôt “4 roues” mais je suis passé aux “2 roues” en 2006, avant que Michelin arrête car la catégorie MotoGP allait devenir mono-marque. En 2008, quand on a arrêté le MotoGP, je suis quand même resté en moto, avec l’endurance et les championnats Superbike en Italie et en Espagne. En 2011, j’ai pris la responsabilité de toute la partie off-road pour suivre le Dakar, le championnat du monde d’enduro, le championnat du monde de trial et le championnat du monde de cross. En 2012, j’ai pris la responsabilité de toute la partie circuit, et aujourd’hui je suis responsable de toute la partie compétition 2 roues Michelin. J’ai donc toujours eu la passion pour les sports mécaniques, et je pense que j’ai été au bon moment au bon endroit pour pouvoir en faire mon métier. »

Durant tout ce parcours, quels ont été les moments les plus difficiles ?

« Le moment le plus difficile a été en 2016, la première année où on est revenu en MotoGP. C’était assez difficile car on revenait après sept années d’absence, et on arrivait avec nos pneumatiques qui étaient un peu dérivés de ce qu’on avait fait jusqu’en 2008, en championnat du monde MotoGP. On avait fait un mixte avec les connaissances qu’on avait acquises entre-temps en endurance mondiale et en Superbike, mais à ce moment-là, ce n’était pas vraiment un produit parfaitement adapté pour les motos de l’époque, que ce soit au niveau de leur puissance ou des styles de pilotage. Donc ce n’était pas facile de faire ce travail d’apprentissage pour arriver à une base qui soit satisfaisante. »

A l’inverse, y a-t-il eu des moments particulièrement forts qui vous ont tiré des larmes de joie ?

« Paradoxalement, une grande satisfaction été la première course en 2016 au Qatar, quand Lorenzo gagne la course après avoir battu tous les records, que ce soit sur un tour ou sur la course. Il avait fait des chronos spectaculaires et, à la fin, dans le parc fermé, il embrasse son pneu. Ça, c’était vraiment un moment de joie très fort parce qu’on ne s’y attendait pas : comme je l’ai dit tout à l’heure, on était en train de développer le produit et on savait qu’il n’était pas complètement adapté. On était critiqué parce qu’il y avait pas mal de chutes car les motos n’étaient pas réglées pour nos pneus. Mais là, c’était vraiment un moment de joie et je pense que cela nous a donné la force de continuer, même dans la difficulté. »

Pouvez-vous dresser un bilan de cette saison 2019 ?

« Cette saison a été très positive pour nous. Nous avons introduit une nouvelle technologie pour travailler et fabriquer les mélanges de gomme. Cette technologie a été utilisée dans 80 % des cas pour faire les mélanges des pneus arrière. Le but était d’offrir plus d’adhérence et plus de constance. Et ça a bien fonctionné puisque nous avons jusqu’à présent battu 21 records dans la saison, dont 6 concernent la durée des courses. La durée de la course, pour un manufacturier, c’est la chose la plus importante, parce que cela prouve qu’on a un pneu qui a de l’adhérence pendant longtemps. C’est la chose la plus difficile à faire. C’est très facile de faire un pneu qualif qui va vite sur un tour ou deux, mais faire un pneu qui va vite durant toute la course, c’est dur. Avec ça, on prouve que cette nouvelle technologie fonctionne, donc elle sera utilisée l’année prochaine à 100 % : tous les mélanges des pneus arrière seront faits comme ça. »
« Un autre point, c’est que nous avons introduit en 2019 un nouveau casing arrière, une nouvelle construction, pour les circuits en Autriche et en Thaïlande. Ce sont deux circuits qui génèrent beaucoup de température, et on a une construction spécifique pour cela. Cette année, on a donc  introduit une nouvelle construction qui procure plus de grip, et cela a porté ses fruits puisque, là aussi, nous avons battu les records. Les pilotes en sont très contents. »
« Dernier point, c’était la première saison de MotoE, donc un nouveau championnat, avec de nouvelles motos et de nouveaux pilotes : ce n’est jamais facile mais le résultat a été très positif. Les chronos sont bons, le ressenti des pilotes est bon et les courses sont spectaculaires. On a souvent un paquet de quatre ou cinq pilotes et il est très impressionnant de voir quels angles ils arrivent à prendre ! Avec des motos qui font 250 kg, ce n’est pas facile, mais grâce aux pneus, ils peuvent atteindre des angles de 55 ou 57°. »

Quelles sont les perspectives pour 2020 ?

« Donc, comme je l’ai déjà dit, 100 % des pneus arrière seront fabriqués avec cette nouvelle technologie de mélanges de gomme, mais on va également introduire une nouvelle construction de gommes arrière que l’on a déjà testée cette année à Phillip Island pendant le week-end de course. On l’a également testée à Barcelone et à Brno. Cette nouvelle construction donne plus de grip et plus de stabilité. Tous les pilotes qui l’ont testée ont à chaque fois gagner 0,4 ou 0,5 seconde au tour, ce qui est beaucoup. Cette construction offre un meilleur feeling et une meilleure stabilité. On a encore fait des tests à Valence et à Jerez en novembre, et notre objectif est de l’introduire dans le championnat l’année prochaine. »
« Et pendant la saison 2020, on va également continuer à travailler sur une nouvelle construction avant, que l’on a déjà testée à Misano cette année. On va continuer à la tester en 2020 pour l’introduire en 2021, afin d’avoir un bon équilibre entre l’avant et l’arrière. En résumé, nouvelle construction arrière en 2020 et nouvelle construction avant en 2021. »

Quel est votre moyen de déplacement au quotidien ?

« J’ai deux motos. Quand j’étais plus jeune, j’avais des motos plus typées vitesse, comme une Kawasaki ZXR mais j’ai 52 ans et, aujourd’hui, je me fais plaisir avec une Indian Scout préparée par Tank Machine, qui est un préparateur parisien. Elle est vraiment jolie et me sert à faire des balades le week-end. J’ai aussi une Triumph 900 Ace Café néo-rétro pour faire de petites balades pas trop longues. J’aime bien son look. Ce sont deux marques qui ne sont pas présentes dans le paddock MotoGP, comme ça personne ne pourra dire que j’avantage tel ou tel constructeur (rires). »

 


Dans la même série, retrouvez les interviews d’Hervé Poncharal et Claude Michy