La saison 2020 a bien commencé pour le directeur de la compétition de Yamaha Europe, avec la victoire à Phillip Island de Toprak Razgatlioglu pour sa toute première course sur une R1, et celle d’Andrea Locatelli sur sa R6 en Supersport. Le Turc a prouvé qu’il était à même d’inquiéter le quintuple Champion du Monde Johnny Rea, dont il fut le coéquipier victorieux l’année dernière des 8H de Suzuka, avec Leon Haslam sur Kawasaki.

« Toprak s’est rapidement adapté à sa nouvelle moto grâce à sa grande intelligence, et le fait qu’il ait gagné la première course restera dans la mémoire de beaucoup. La première chose qui vous frappe chez lui, c’est la façon dont il arrive à freiner, il a un contrôle vraiment incroyable de la moto, et en général il a une grande sensibilité » a expliqué Dosoli à Riccardo Guglielmetti et Andrea Rossi de GPOne.com.

« Lors de la négociation de son contrat, nous avons inclus une clause précisant que si Yamaha lui propose de disputer une course de MotoGP, Toprak pourra faire son choix sans contraintes. Ce qui m’a frappé chez lui, c’est qu’il n’a pas la MotoGP en tête pour le moment, il veut être champion de la Superbike et il n’y a pas de tests MotoGP prévus pour lui. Dans le passé, il est arrivé que la structure SBK prête un pilote au team de MotoGP en cas de besoin, mais cela n’arrivait que si nous ne jouions rien d’important. »

Comment le pilote turc a-t-il atterri chez le constructeur aux trois diapasons ? « Je crois que Toprak était déjà convaincu de son choix avant les 8H de Suzuka. Avant Suzuka, il y avait déjà harmonie et estime entre les deux parties. Plusieurs fois il m’a dit que son rêve était d’être le premier à ramener la R1 au sommet après Ben Spies. »

Dosoli peut également compter sur un pilote de première force avec Michael van der Mark. « Michael a récolté moins que ce qu’il a semé en Australie. Il lui a manqué quelque chose, mais vue la façon dont il a travaillé en hiver, je suis convaincu qu’il en retirera une certaine satisfaction. Il ne faut pas oublier que Phillip Island est une piste particulière, notamment en termes de pneus. »

Pour la formation des pilotes d’avenir, Dosoli compte sur l’équipe GRT de Filippo Conti, avec ses deux pilotes Garrett Gerloff et Federico Caricasulo.

« Garrett est vraiment une personne exquise, et lors des premiers tests nous avons été étonnés de le voir aller aussi vite. Il connaît la moto mais pas les circuits, ce qui ne l’aide certainement pas, cette année, mais déjà à Phillip Island il s’est révélé un pilote qui nous a donné satisfaction. »

« Les débuts de Federico ont été conformes aux attentes, car positifs. Nous sommes dans une situation particulière, et nous ne pouvons pas attendre novembre pour décider de l’avenir de nos pilotes. D’une certaine manière, la meilleure chose serait de tout laisser tel quel ».

Une deuxième équipe satellite Yamaha pourrait compléter le dispositif actuel, avec le team Bardahl Evan Bros qui passerait du Supersport à la Superbike. « Techniquement, l’équipe peut penser à la montée, avec l’arrivée de techniciens ayant une expérience en Superbike. Dans ces cas-là, le plus gros obstacle serait financier, étant donné que les dépenses augmentent considérablement et que l’équipe doit savoir les gérer. Ce serait probablement la dernière étape à franchir pour penser à la transition en Superbike, mais cela dépend beaucoup de la volonté de Fabio Evangelista (patron du team).  »

« Les débuts de Locatelli (pour ce team) ont été les meilleurs possible, mais même ici il faut attendre avant de juger. En général, j’aime son attitude : après avoir gagné la course de Phillip Island, il a immédiatement dit à l’équipe “J’ai beaucoup appris, mais nous devons encore nous améliorer à bien des égards”. La SBK ? Cela pourrait être une bonne chose mais cela pourrait être un problème pour nous d’une certaine manière, et c’est quelque chose que nous verrons plus tard. »

Parmi les futurs pilotes de Superbike Yamaha, on rêve bien sûr de Valentino Rossi. « Avoir Valentino serait un rêve pour tout le monde et donc aussi pour nous. Une apparition en Superbike aiderait certainement le championnat à se développer, mais je ne pense pas que les motos dérivées de la série soient dans ses pensées, et Dorna fera tout pour le maintenir en MotoGP même après sa retraite. »

Dosoli a analysé la situation actuelle liée à la reprise du championnat, et a rejeté l’option de courir ensemble le même week-end sur le même circuit en Superbike et MotoGP. « Il y a plusieurs obstacles à surmonter pour la reprise du championnat, les plus importants concernant les voyages et la sécurité. Ils ne sont pas aussi insignifiants qu’ils peuvent paraître, et je ne me pardonnerais jamais si un de nos gars tombait malade pendant un week-end. »

« Dans la situation actuelle, je serais satisfait si nous pouvions faire cinq ou six courses d’août à novembre. Superbike et MotoGP ensemble ? Cela n’arrivera pas; pour des raisons de sponsoring ou autres, mais pour des raisons au-delà de la course. Je pense que cela pourrait être négatif pour la Superbike, donc je pense qu’il est préférable de garder les deux championnats séparés. »

Photos © Yamaha