Moto GP WSBK
Publié le 30 septembre 2026 • 12:00 par André Lecondé

WSBK, Ducati pose une condition pour rester : « Tant qu’avec une meilleure moto, nous pourrons viser la victoire »

Ducati restera en WSBK tant que sa technologie pourra faire la différence. Après le titre de Bulega, le patron alerte sur le futur règlement.

Ducati

Ducati vient de conquérir avec Nicolò Bulega un nouveau titre mondial Superbike, mais Claudio Domenicali a profité des célébrations de Crémone pour regarder beaucoup plus loin. Alors que la réglementation future, l’équilibre des performances et même une éventuelle évolution des cylindrées sont discutés, le PDG de Ducati pose une limite : Borgo Panigale veut rester en WorldSBK, à condition que l’excellence technique puisse toujours faire la différence.

Son pilote Bulega est champion, mais Domenicali regarde déjà l’après. Le patron de Ducati avait de bonnes raisons de venir à Crémone. Nicolò Bulega y est devenu champion du monde 2026, après une saison qui a largement participé à la domination de Ducati. La marque avait d’ailleurs déjà sécurisé son 22e titre constructeurs dès Donington Park, avec quatre manches d’avance.

Pour Domenicali, ce succès démontre surtout que le lien historique entre compétition et motos de série fonctionne toujours. « Pour Ducati, gagner en SBK fait partie de notre héritage », rappelle-t-il, avant d’insister sur la capacité de Borgo Panigale à produire une moto routière constituant une base suffisamment performante pour devenir une machine de championnat du monde. Mais derrière la célébration apparaît une préoccupation beaucoup plus stratégique.

« Sinon, ce ne seraient plus de vraies courses »

Le WorldSBK cherche depuis longtemps à empêcher qu’une supériorité technique transforme le championnat en démonstration d’un seul constructeur. Ducati en connaît les conséquences : ses machines ont déjà subi des limitations destinées à maintenir l’équilibre du plateau.

Domenicali ne conteste pas le principe d’une réglementation permettant plusieurs architectures et constructeurs de s’affronter. Il trace en revanche une frontière : « Il est essentiel que les meilleurs ingénieurs et les meilleurs pilotes l’emportent toujours, sinon ce ne seraient plus de vraies courses » insiste-t-il sur GPOne. Et l’enjeu va devenir encore plus sensible.

Une évolution de la réglementation est actuellement discutée et Domenicali confirme que la question d’une augmentation de cylindrée fait partie des sujets étudiés. Rien n’est décidé et le dirigeant souligne lui-même la difficulté supplémentaire : maintenir une hiérarchie cohérente entre les performances du WorldSBK et celles du MotoGP.

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Ducati accueille les nouveaux constructeurs… mais prévient

Le contexte rend cette discussion stratégique. Aprilia pourrait un jour revenir, tandis que les constructeurs chinois commencent à regarder sérieusement vers le WorldSBK. ZXMoto vient notamment de confirmer travailler sur un projet Superbike pour 2028.

Domenicali ne voit aucune raison de fermer la porte. Au contraire : « Plus il y a de constructeurs, mieux c’est », estime-t-il. Mais sa phrase suivante ressemble beaucoup moins à une formule de bienvenue : « Ducati restera en lice tant que nous pourrons exploiter notre technologie, tant que nous penserons qu’avec une meilleure moto, nous pouvons viser la victoire. »

Voilà le véritable message de Crémone. Ducati ne réclame pas nécessairement l’absence de règles d’équilibrage. Elle demande que celles-ci ne deviennent pas suffisamment puissantes pour neutraliser l’avantage obtenu en concevant une meilleure moto.

Le paradoxe du WorldSBK

Toute la difficulté du futur championnat tient finalement dans cette contradiction. Il faut permettre à davantage de constructeurs de gagner pour conserver un plateau attractif. Mais si le règlement corrige trop fortement les différences techniques, pourquoi un constructeur investirait-il davantage que les autres dans son moteur, son châssis ou son aérodynamique ?

Ducati vient précisément de présenter pour 2026 une nouvelle Panigale V4 R profondément remaniée, avec notamment un nouveau cadre avant, le retour d’un bras oscillant double et des solutions aérodynamiques inspirées du MotoGP.  Puis elle a gagné. Pour Domenicali, la relation doit rester aussi simple que cela.

Le message adressé à la FIM et aux organisateurs n’est donc pas vraiment « laissez Ducati gagner ». Il ressemble davantage à : laissez encore une meilleure moto permettre de gagner. Et lorsque le patron du constructeur le plus titré de l’histoire du WorldSBK explique publiquement que cette condition participera à sa décision de rester, la discussion réglementaire cesse d’être purement technique. Elle devient politique.