Le dossier Nicolò Bulega est en train de devenir un véritable casse-tête diplomatique pour Ducati. Alors que l’Italien survole le Championnat du Monde Superbike avec une Panigale V4 R qu’il semble avoir domptée comme personne avant lui, la porte du MotoGP, qu’on disait grande ouverte à l’automne dernier, semble s’être refermée dans un silence assourdissant.
Il y a quelque chose d’assez brutal dans la situation actuelle de Nicolò Bulega. Sur la piste, il écrase tout. Dans le paddock MotoGP… son nom circule de moins en moins. Et c’est précisément là que le malaise commence.
En Superbike, Nicolò Bulega déroule. Proprement. Autoritairement. La Panigale V4 R est entre ses mains une arme totale, et les résultats ne laissent aucune place au doute.
Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette domination ne lui ouvre pas les portes du MotoGP. Pas vraiment.
Son entourage a d’ailleurs calmé tout le monde, sans détour :
« À ce jour, nous n’avons reçu aucune offre écrite. Nous sommes en discussion avec tous les teams, mais rien n’est finalisé. » Le contraste est violent. Il gagne, il impressionne, mais rien de concret
Et c’est bien ça qui rend le dossier intéressant. Parce que du côté de son management, on insiste : il n’y a aucun doute sur le potentiel. « Il ne gagne pas simplement parce qu’il a une Ducati, mais parce qu’il fait la différence ».
Le message est clair : ce n’est pas la moto, c’est le pilote. Et même en se projetant en MotoGP, la confiance est totale : « si j’avais une véritable opportunité technique en MotoGP, je serais aux avant-postes. Je n’en ai aucun doute. »

« Bulega n’est pas le premier choix, sinon il serait déjà titulaire »
Ce genre de déclaration, normalement, ça ouvre des portes. Aujourd’hui, ça ne suffit plus. Le vrai blocage est ailleurs. « Il y a beaucoup de pilotes et peu de motos ».
Tout est résumé là. Le MotoGP est saturé. Les guidons sont verrouillés. Les jeunes de Moto2 poussent fort. Très fort. Et dans cette configuration, même un pilote dominant en Superbike peut se retrouver… sur le côté.
Le constat est même plus dur : « ce n’est pas le premier choix, sinon il serait déjà titulaire. » Pas de langue de bois.
Il y a aussi tout ce qui ne se voit pas immédiatement. Les équilibres politiques. Les intérêts des équipes. Les stratégies de constructeurs. « Le système MotoGP actuel prend en compte de nombreux équilibres ».
Autrement dit, le talent seul ne décide pas, les places ne se gagnent pas uniquement sur la piste. Et dans ce jeu-là, Bulega arrive au mauvais moment.
C’est là que le discours change. Avant, la question était : quand va-t-il monter ? Aujourd’hui, elle devient : et s’il ne montait pas ?
« Tant qu’il y a de l’espoir, nous travaillerons pour cela, mais s’il n’a pas lieu, nous réévaluerons calmement la situation ». C’est posé. Calme. Mais lourd de sens.
Et au fond, ce n’est pas seulement un problème pour Bulega. C’est un problème pour Ducati. Parce que la marque pourrait se retrouver avec un scénario étrange : un pilote qui domine en Superbike, au sommet de sa forme, mais sans débouché en MotoGP. Un luxe… qui peut vite devenir un casse-tête.
Bulega fait tout ce qu’il faut. Peut-être même plus. Mais aujourd’hui, ça ne suffit plus. Parce que le MotoGP n’est plus un simple championnat. C’est un système fermé. Et dans ce système, même les meilleurs peuvent rester à la porte. Pas par manque de talent. Par manque de place.
L’histoire du MotoGP est parsemée de champions du Superbike qui ont tenté le saut. Si certains ont brillé (Bayliss, Spies), beaucoup s’y sont cassé les dents. En 2026, avec des prototypes de plus en plus typés « Formule 1 », passer du SBK au MotoGP n’a jamais été aussi complexe techniquement.
Bulega paie peut-être le prix de cette spécialisation extrême. Les team managers préfèrent aujourd’hui parier sur un jeune loup du Moto2, habitué aux châssis rigides et aux pneus de Grand Prix, plutôt que sur un roi du SBK, aussi dominant soit-il.








