Parfois, une phrase prononcée plusieurs semaines auparavant prend soudainement une tout autre dimension. Au printemps, lorsque Jorge Martin évoquait la lutte pour le titre qui se dessinait chez Aprilia face à Marco Bezzecchi, le champion du monde MotoGP ne semblait pas particulièrement inquiet. Bien au contraire. Et puis il y a eu le départ du Grand Prix de Hongrie …
Avant le Balaton Park, l’Espagnol insistait sur la qualité de sa relation avec son coéquipier et rejetait l’idée d’une guerre interne susceptible de fragiliser Aprilia dans sa quête du titre mondial.
« Marco et moi entretenons d’excellentes relations. Il est clair que nous ne sommes pas amis. Mais nous ne sommes pas ennemis non plus. Nous sommes coéquipiers, et je crois que nous nous efforcerons toujours de nous entraider pour battre les autres constructeurs. »
À l’époque, la perspective d’une rivalité explosive paraissait lointaine. Martin allait même plus loin lorsqu’on l’interrogeait sur les risques qu’une bataille pour le championnat puisse détériorer l’ambiance au sein du box Aprilia.
« Je m’entends bien avec Marco et je ne vois aucune raison pour que ce conflit supposé puisse se produire. Il est absurde de penser que cela puisse arriver » déclare-t-il sur motorsport-total. Puis vint cette phrase. Une phrase presque anodine à l’époque.
« Supposons qu’il se produise quelque chose, ce qui, à mon avis, n’est pas nécessaire. Cela modifierait la façon dont les deux équipes collaborent. Et cela, à son tour, signifierait que nous perdrions plus que nous ne pourrions gagner en nous affrontant sur la piste. »
Le problème, c’est que quelques semaines plus tard, quelque chose s’est effectivement produit.

Jorge Martin : « Je ne peux promettre aucun titre, Ce que je peux promettre, c’est que je me battrai pour la victoire chaque jour »
Certes, il ne s’agissait ni d’une manœuvre volontaire ni d’un affrontement direct entre les deux hommes. Martin a immédiatement présenté ses excuses et personne n’a remis en cause sa bonne foi. Mais le résultat est là : le scénario qu’il jugeait inutile de considérer est devenu une réalité.
Plus encore, cet épisode rappelle à quel point une lutte pour le championnat entre deux coéquipiers peut rapidement devenir délicate à gérer.
Jusqu’à présent, Aprilia a bénéficié d’une situation idéale. Bezzecchi et Martin se sont mutuellement poussés vers le haut sans jamais franchir la ligne rouge. Pourtant, à mesure que la saison avance, que les points prennent de la valeur et que la pression augmente, le risque d’incidents, même involontaires, devient mécaniquement plus élevé.
Martin le sait mieux que personne. Contrairement à Bezzecchi, il a déjà vécu les montagnes russes émotionnelles d’un championnat MotoGP. Battu par Francesco Bagnaia en 2023 avant de prendre sa revanche en 2024, il connaît parfaitement le prix de chaque point perdu.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il refuse de regarder trop loin. « L’expérience est toujours importante. Mais je ne peux promettre aucun titre, car c’est tout simplement impossible. Ce que je peux promettre, c’est que je me battrai pour la victoire chaque jour et que je m’efforcerai de progresser chaque jour. »
Une approche qu’il revendique depuis longtemps. « Je crois que lorsqu’on commence à penser au championnat du monde, on commence à perdre en performance. » À l’approche de Brno, vingt points seulement séparent désormais Bezzecchi et Martin. L’écart reste faible. La saison est encore longue. Et Aprilia continue d’afficher un front uni. Mais après la Hongrie, une certitude s’impose : le fameux « supposons qu’il se produise quelque chose » n’est plus une hypothèse. C’est désormais un précédent.































