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Jorge Martin

Il n’a fallu que quelques secondes au premier virage du Grand Prix de Hongrie pour faire voler en éclats les espoirs de plusieurs prétendants au championnat. Mais deux semaines plus tard, ce n’est plus seulement l’accident qui fait parler. C’est la bataille des versions. D’un côté, Aprilia et son patron Massimo Rivola, convaincus que Jorge Martin a simplement commis une erreur de pilotage. De l’autre, Jorge Martin lui-même, qui refuse catégoriquement cette lecture des événements et désigne désormais d’autres responsables.  Une divergence qui en dit long sur l’état des relations entre le champion du monde et son employeur…

Le spectaculaire carambolage du premier virage à Balaton Park avait immédiatement provoqué une onde de choc dans le paddock. Martin avait entraîné dans sa chute son coéquipier et leader du championnat Marco Bezzecchi, mais aussi Raul Fernandez, Fermin Aldeguer et Fabio Di Giannantonio.

Une catastrophe sportive pour Aprilia. Et une catastrophe politique qui continue aujourd’hui à produire ses effets. Immédiatement après la course, Massimo Rivola n’avait pas cherché d’excuse. Pour le patron d’Aprilia Racing, la responsabilité était claire. Jorge Martin avait commis une erreur.

Une analyse que l’intéressé ne partage manifestement pas. À l’approche du Grand Prix de République tchèque à Brno, l’Espagnol a livré sa propre version des faits. Et elle est radicalement différente. « Honnêtement, je pense que je n’ai rien fait d’étrange. »

Une phrase simple. Mais lourde de sens. Car elle remet directement en question l’analyse officielle de son équipe. Selon Martin, le problème n’est pas venu de son pilotage mais des conditions d’adhérence au premier virage.

« Dès que j’ai touché le frein, j’ai perdu l’avant, alors j’ai relâché un peu l’accélérateur. Mais c’est sûr que dans ce virage en première, dès que j’ai relâché l’accélérateur, j’étais vraiment beaucoup plus rapide que les autres. »

Jorge Martin, Marco Bezzecchi, crash au virage 1, MotoGP de Hongrie 2026.

Jorge Martin : « Je comprends la frustration de Massimo, m’opposer à ma propre équipe serait contre-productif »

L’Espagnol explique ensuite la spirale qui a conduit à l’accident. « J’ai essayé de freiner à nouveau, puis j’ai perdu encore un peu plus d’adhérence à l’avant et finalement j’ai complètement perdu le contrôle. J’espérais vraiment à ce moment-là pouvoir reprendre le contrôle, mais c’était impossible. »

L’image est celle d’un pilote pris au piège d’une situation qui lui échappe davantage que celle d’un pilote ayant simplement mal jugé son freinage. Et Martin va encore plus loin. Car s’il refuse de s’accuser lui-même, il refuse également de valider les critiques de son patron. « C’est son opinion. Je ne peux pas le partager. Chacun a son propre avis. » Puis il ajoute aussitôt : «  Je comprends la frustration de Massimo de voir trois Aprilia au sol, mais je suis pleinement investi dans ce projet . M’opposer à ma propre équipe serait contre-productif. Je ne peux pas promettre le titre à Aprilia, mais je peux leur promettre tout mon travail et mon talent ».

La réponse est diplomatique dans la forme. Mais sur le fond, le message est limpide. Martin ne partage pas l’analyse de Rivola. Une position d’autant plus remarquable que les relations entre les deux hommes ont déjà traversé plusieurs turbulences ces derniers mois, entre les blessures du pilote, ses envies de départ vers Honda puis Yamaha et les tensions apparues à plusieurs reprises dans le garage Aprilia.

Pour autant, Martin ne cherche pas à fuir totalement ses responsabilités. « Mais comme je l’ai dit précédemment, j’étais le premier à ne vouloir percuter personne.  Je suis vraiment désolé pour les équipes. Je veux simplement tirer les leçons de cette erreur. »

Une phrase intéressante. Car le champion du monde 2024 parle d’« erreur » tout en refusant l’idée d’une faute de pilotage. Nuance importante. Pour lui, l’erreur ne serait pas nécessairement liée à son freinage mais à une combinaison de circonstances plus larges. Et notamment à l’état de la piste.

Car c’est là que son argumentation devient particulièrement offensive. « Absolument, l’asphalte était dans un état catastrophique au premier virage. » Une accusation lourde. Très lourde même. Car elle déplace le débat du comportement du pilote vers celui de l’organisation et de la sécurité du circuit.

Martin rappelle même avec une pointe d’ironie qu’il faisait partie des pilotes les plus exigeants sur ces questions avant même l’accident. « C’est drôle, mais devant la commission de sécurité, je disais qu’il faudrait infliger des pénalités plus sévères à ceux qui ont percuté le premier virage. »

Celui qui réclamait davantage de sévérité se retrouve aujourd’hui au cœur de l’incident le plus spectaculaire de la saison. Mais le pilote Aprilia estime que la réflexion ne doit pas s’arrêter à sa seule chute.

Car pour lui, le problème est plus profond. Il concerne l’évolution même des MotoGP modernes. Martin rejoint ainsi les critiques déjà formulées par Diogo Moreira concernant les dispositifs de départ. Ces systèmes qui abaissent la moto au moment du lancement rendent les freinages du premier virage de plus en plus délicats.

Et leur disparition programmée en 2027 est accueillie avec satisfaction. « Je pense que cela sera bénéfique. Dès le départ de la course, au freinage, tout est très étrange et il est vraiment difficile d’arrêter la moto. J’espère que la sécurité s’améliorera. »

Cette dernière déclaration résume parfaitement l’enjeu. Au-delà de la polémique entre Martin et Rivola, l’accident de Hongrie continue d’alimenter une réflexion plus large sur la sécurité des départs en MotoGP.

D’ailleurs, Brno servira dès ce week-end de laboratoire grandeur nature. Le championnat y expérimentera une nouvelle organisation de la grille inspirée de la Formule 1 avec deux pilotes par ligne au lieu de trois. Un premier pas vers une révision plus globale des procédures de départ.

Reste une certitude. Si Aprilia espérait tourner rapidement la page de l’accident hongrois, les déclarations de Jorge Martin viennent au contraire rouvrir le dossier. Et rappellent qu’entre le champion du monde et son équipe, certaines cicatrices sont encore loin d’être refermées.

Jorge Martin, chute au virage 1, MotoGP de Hongrie 2026.

 

 

 

 

 

 

 

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