Pendant que Max Verstappen collectionne les gros titres, Isack Hadjar collectionne les points. Du Canada à la Hongrie, le Français n’a plus quitté les six premières places. Une régularité que la Formule 1 présente comme la meilleure série française depuis Alain Prost en 1993. Ce n’est pas encore une lutte pour le titre, mais à force de transformer la sixième place en résidence principale, Hadjar commence sérieusement à déranger les habitués.

En Formule 1, la sixième place ne déclenche généralement ni invasion de piste ni rupture de stock de champagne. Pour Isack Hadjar, elle est pourtant devenue le symbole d’une progression aussi discrète qu’implacable.
Depuis le Grand Prix du Canada, le pilote Red Bull a enchaîné les résultats suivants : cinquième, quatrième, sixième, sixième, cinquième, sixième et encore sixième. Sept courses consécutives dans le top 6, sans accident éliminatoire, sans dimanche complètement manqué et sans disparition mystérieuse au fond du classement.
La F1 souligne qu’aucun Français n’avait réussi une telle série depuis Alain Prost en 1993. La comparaison est flatteuse, même si Hadjar n’a évidemment pas encore besoin de dégager une étagère pour y installer quatre trophées de champion du monde.
Sept courses et 64 points : Hadjar a trouvé le bouton « régularité »
Hadjar totalise désormais 68 points au championnat, dont 64 inscrits au cours de cette seule série. Autrement dit, presque toute sa saison a été construite entre Montréal et Budapest, avec la régularité d’un pilote qui semble avoir programmé sa Red Bull pour terminer automatiquement entre la quatrième et la sixième place.
Le Français occupe la huitième position du championnat, juste derrière Oscar Piastri et à 41 points de son équipier Max Verstappen. Il possède également 26 points d’avance sur Pierre Gasly, deuxième pilote français du classement. Hadjar ne joue donc pas encore dans la même catégorie comptable que Verstappen. Mais il accomplit précisément ce que Red Bull attend depuis longtemps de sa deuxième voiture : rester visible, marquer régulièrement et éviter que le classement des constructeurs repose sur un seul pilote accompagné d’un siège passager.
Il y a pire comme début de carrière chez Red Bull.
À Budapest, même une Red Bull récalcitrante n’a pas suffi à le faire sortir du top 6
Le Grand Prix de Hongrie résume parfaitement la nouvelle version d’Isack Hadjar. La RB22 s’est montrée difficile pendant une grande partie du week-end. Verstappen lui-même a reconnu ne pas comprendre complètement son comportement en qualifications. Hadjar n’a pas davantage trouvé la voiture merveilleuse, mais il s’est qualifié huitième avant de remonter jusqu’à la sixième place en course.
Après l’arrivée, le Français estimait que l’équipe avait « maximisé ce qui était disponible » et pouvait être fière de cette série avant la pause estivale. Laurent Mekies a de son côté salué sa « remarquable régularité », jugeant ses résultats pleinement mérités.
Ce vocabulaire paraît presque raisonnable pour Red Bull. Personne ne promet encore que Hadjar va conquérir le championnat, révolutionner la discipline ou pousser Verstappen vers la retraite. L’équipe se contente de constater qu’il rapporte des points chaque dimanche. Après plusieurs années de théâtre permanent autour de la deuxième voiture, cette sobriété ressemble déjà à une avancée technologique.
Spa a montré que la série ne repose pas seulement sur la prudence
La régularité peut parfois être confondue avec une conduite conservatrice. Le Grand Prix de Belgique a précisément détruit cette interprétation. À Spa-Francorchamps, Red Bull a remplacé plusieurs éléments du groupe propulseur de la voiture d’Hadjar. Sa pénalité cumulée l’a envoyé de la Q3 à la 21e place sur la grille. Le Français a ensuite traversé le peloton pour terminer sixième, après une stratégie agressive et une série de dépassements.
Mekies a qualifié cette remontée de « meilleure course avec nous, sans discussion ». Il a également estimé que le rythme d’Hadjar correspondait à celui des trois pilotes les plus rapides ce jour-là. Son meilleur tour était effectivement le troisième plus rapide de l’épreuve, derrière Lando Norris et Kimi Antonelli.
Partir presque dernier et finir sixième ne relève pas exactement de la gestion comptable. Hadjar n’a pas attendu que quinze voitures abandonnent gentiment devant lui. Il est allé chercher le résultat. La sixième place était la même que d’habitude. Le chemin pour l’obtenir l’était beaucoup moins.
À Silverstone, même une voiture abîmée ne l’a pas fait disparaître
Le Français avait déjà produit une autre performance révélatrice en Grande-Bretagne. Hadjar s’était qualifié cinquième, deux places devant Verstappen. En course, une perte de performance liée à un aileron avant endommagé l’a contraint à un remplacement qui lui a coûté environ huit secondes. Une fois la pièce changée, son rythme s’est amélioré de près de deux secondes au tour. Il a malgré tout conservé la cinquième place. Le résultat brut ne raconte donc qu’une partie de son week-end. Sans ce problème, Hadjar estimait qu’il aurait pu se mêler à la lutte pour le podium.
Mekies expliquait alors que son pilote progressait à chaque sortie et apprenait constamment au contact de Verstappen. Surtout, les deux hommes identifiaient les mêmes limites d’équilibre sur la RB22, même s’ils les formulaient différemment.
C’est peut-être le détail le plus important pour Red Bull. Hadjar n’obtient pas ses résultats parce qu’il ignore les défauts de la voiture. Il ressent les mêmes problèmes que Verstappen, mais parvient à travailler autour d’eux sans transformer chaque conférence de presse en avis de catastrophe industrielle. Pour le service communication, c’est reposant. Pour les ingénieurs, c’est encore plus utile.
Le nouveau « Petit Prost » doit quand même éviter l’emballement
La référence à Alain Prost est excellente pour une publication sur les réseaux sociaux. Elle mérite néanmoins quelques précautions.
En 1993, Prost conduisait la Williams-Renault dominante et remportait son quatrième championnat du monde. Hadjar, lui, construit actuellement une série de quatrièmes, cinquièmes et sixièmes places au volant d’une Red Bull qui n’est pas la meilleure voiture du plateau. Le contexte sportif n’a donc rien de comparable.
Mais la statistique dit tout de même quelque chose de solide : depuis plus de trois décennies, aucun pilote français n’avait réussi à rester aussi longtemps d’affilée dans cette partie du classement.
Pierre Gasly a remporté un Grand Prix. Esteban Ocon également. Romain Grosjean a accumulé les podiums. Aucun n’a cependant produit cette série particulière depuis la dernière saison de Prost.
Hadjar n’est pas devenu Prost en sept dimanches. Il vient seulement de récupérer une statistique que le quadruple champion conservait depuis que les téléphones servaient encore principalement à téléphoner.
Red Bull a trouvé mieux qu’un exploit isolé : un pilote qui recommence
Le principal mérite d’Hadjar n’est finalement pas d’avoir terminé une fois quatrième à Monaco ou d’être remonté depuis le fond de grille à Spa. C’est d’avoir recommencé la semaine suivante. Puis encore la suivante. Et encore après.
La Formule 1 adore les performances spectaculaires, les dépassements impossibles et les podiums inattendus. Les équipes, elles, construisent leurs saisons avec les points rapportés lorsque la voiture n’est pas parfaite, lorsque la stratégie devient compliquée ou lorsque le week-end commence mal.
Hadjar a déjà abandonné en Australie et à Miami, puis terminé douzième au Japon. Sa saison n’a donc pas débuté comme une démonstration de domination. Depuis le Canada, en revanche, il n’a plus inscrit moins de huit points lors d’un Grand Prix.
La transformation est nette : le débutant prometteur est devenu le pilote dont la présence dans le top 6 semble presque normale.
Verstappen reste le patron, mais Hadjar cesse d’être seulement « l’autre Red Bull »
Max Verstappen conserve l’avantage au championnat avec 109 points contre 68 pour son équipier. Il possède davantage d’expérience, un palmarès incomparable et continue d’extraire des résultats majeurs lorsque la RB22 devient difficile. Hadjar n’a donc pas encore renversé la hiérarchie.
Mais Red Bull ne lui demande pas nécessairement de battre immédiatement son quadruple champion du monde. L’urgence consistait d’abord à disposer de deux voitures capables de participer régulièrement au combat. Sur ce point, le Français remplit le contrat.
Il a déjà devancé Verstappen en qualifications, tenu son rythme sur certaines portions de course et produit à Spa une remontée que son patron considère comme sa meilleure performance chez Red Bull. La comparaison avec Verstappen reste sévère. Elle commence cependant à ne plus être humiliante, ce qui constitue un progrès considérable dans ce garage.
Une série modeste en apparence, impressionnante dans la durée
Hadjar n’a remporté aucune des sept courses concernées. Il n’est monté sur aucun podium officiel pendant cette période et ne se trouve pas encore dans la bataille pour le titre. Mais il a terminé chaque épreuve là où les pilotes solides doivent se trouver : immédiatement derrière les prétendants à la victoire, prêt à profiter de la moindre erreur. La P6 n’est peut-être pas glamour. Répétée sept fois face aux meilleures équipes du monde, elle cesse toutefois d’être banale. Isack Hadjar n’a pas encore transformé Red Bull en machine à gagner. Il a fait quelque chose de presque aussi rare dans cette équipe : il a rendu sa deuxième voiture fiable au classement.
Et pendant que tout le paddock attend son prochain coup d’éclat, le Français semble avoir choisi une autre méthode : revenir chaque dimanche, prendre les points et laisser les statistiques faire le bruit à sa place.
Seven top six finishes in a row for Isack! 👏
That extends the best run by a French driver since Alain Prost in 1993 🤯#F1 @redbullracing pic.twitter.com/dZLWy47LGc
— Formula 1 (@F1) August 2, 2026









