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Di Giannantonio discret

Encore un week-end de course, encore une bonne performance de Fabio Di Giannantonio. Personne n’en parle, mais « Diggia » n’est qu’à 16 petits points de la tête du Championnat du monde, et, franchement, au vu de ses performances, le pilote discret pourrait très bien passer premier un jour ou l’autre. Analyse.

 

Deux frères

 

Di Giannantonio, assez discret, me fait énormément penser à un autre pilote pas plus vocal : Ai Ogura. Et si vous regardez bien, les deux se ressemblent énormément. D’abord, ils ne sont pas connus pour leurs entames folles. Di Giannantonio est meilleur qu’Ogura sur un tour – même si le Japonais progresse à vue d’œil –, mais peine davantage à faire son trou dans les premiers virages. Ça s’est encore vérifié à Assen, où « Diggia », neuvième au moment de la chute de Bezzecchi, avait déjà perdu toute chance de victoire. Deuxièmement, ils sont très forts sur la fin. Personne n’est plus rapide qu’Ogura dans les dernières boucles… sauf Di Giannantonio, qui avait fait encore mieux au Mugello, par exemple.

 

Di Giannantonio discret

Qui des deux finira devant l’autre ? Photo : Michelin Motorsport

 

Le dénominateur commun le plus évident n’est autre que la régularité. Les deux éléments marquent beaucoup de points à chaque course, et sont les seuls, personnellement, qui m’impressionnent depuis le premier Grand Prix jusqu’à maintenant. Ils comptent d’ailleurs une victoire et un temps faible chacun : Ogura à cause de sa mécanique aux États-Unis, et la 12e place de Di Giannantonio en Hongrie à cause de Jorge Martin. Pour finir, ils se suivent au classement général – avantage « Diggia » pour neuf petits points. Ces coïncidences sont amusantes, n’est-ce pas ?

 

Di Giannantonio discret… jusqu’au moment de dépasser

 

Une fois de plus, à Assen, Di Giannantonio a ébloui le paddock de son talent. En Sprint, d’abord, où il fut le seul pilote Ducati à s’illustrer, empêchant un quadruplé Aprilia. Puis, le dimanche, donc, avec cette folle remontée depuis les tréfonds du top 10 jusqu’à la quatrième place. Vous n’avez pas pu passer à côté de l’accrochage avec Marc Marquez qui fait penser à celui de 2015, donc je vais vous dire ce que j’en pense.

Pour moi, la direction de course a très bien jugé l’affaire. Di Giannantonio n’a pas été pénalisé pour avoir forcé Marquez à franchir le bac à graviers, mais bien pour avoir gagné du temps en coupant la chicane. Et c’était juste. L’attaque était correcte, elle n’avait rien d’exceptionnel. Le truc, c’est que Marc Marquez ne lâche jamais rien. L’Italien, le meilleur « dépasseur » du monde, l’a attaqué fermement, mais pas plus que les autres à cet endroit. D’ailleurs, la veille, Ogura avait doublé Di Giannantonio ici même, de la même manière, et avait remercié l’Italien en conférence de presse pour lui avoir laissé l’espace nécessaire, affirmant qu’avec un autre, ça aurait pu mal se passer. Eh bien, voilà, avec Marquez, ça s’est plus mal passé.

 

Di Giannantonio discret

« Diggia » est dans le coup. Sur un malentendu… Photo : Michelin Motorsport

 

Je ne comprends pas du tout ceux qui disent que Di Giannantonio est plus dur avec Marquez qu’avec les autres. Pour dépasser Marquez, il faut forcément appuyer un peu, ça ne date pas d’aujourd’hui. L’Espagnol n’est pas du genre à défendre de la manière la plus conciliante possible. Mais même en prenant ce paramètre en compte, je trouve que les tentatives de « Diggia » sur Marquez sont belles, absolument pas empreintes de frustration comme j’ai pu le lire ici et là. D’ailleurs, la preuve dont personne ne parle est sous nos yeux : après avoir effectué son long lap, Di Giannantonio a refait exactement le même, mais en plus propre, sans être frustré, mécontent, violent, ou que sais-je. Étrangement, je ne vois pas ces personnes employer les mêmes termes quand Marquez, justement, envoie carrément ses adversaires au tapis après une tentative complètement ratée, sur Di Giannantonio (comme à Austin en Sprint) ou sur d’autres d’ailleurs. Malheureusement, depuis qu’il est en catégorie reine, les exemples ne manquent pas.

Du coup, tout est bien qui finit bien, puisque le pilote VR46 a accroché la quatrième place à l’arrivée. Cette régularité est louable, c’est vrai, mais elle est aussi un sacré défaut. Dans l’histoire, les pilotes qui misent sur ce facteur peuvent tout perdre en une course, car un seul résultat blanc peut faire chuter leur moyenne. Eux ne peuvent pas forcément s’imposer à de multiples reprises pour compenser (comme Marquez ou Bagnaia dans ses plus grandes années), donc c’est un jeu très dangereux. Le dernier exemple de régulier vraiment performant sur un exercice est peut-être celui de Brad Binder en 2022. Le MotoGP moderne valorise les attaquants, ceux qui s’illustrent, et non pas ceux qui gèrent. Le défaut de Di Giannantonio, soit ce manque d’explosivité au début des courses, l’empêche de rejoindre l’élite, le petit groupe de pilotes qui peuvent s’imposer à chaque sortie. S’il arrive à régler la mire et se projeter plus rapidement vers l’avant dès les premiers virages, il deviendra beaucoup plus dangereux.

Pensez-vous que Di Giannantonio puisse terminer cette saison dans le top 3 ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

La trajectoire de ce mec est dingue, il avait failli partir de la catégorie fin 2023. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport

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