Trois tours avant l’arrivée à Silverstone, Fabio Di Giannantonio dépasse Marc Marquez. Le fait est banal. La réaction du champion du monde l’est beaucoup moins : pratiquement aucune défense, aucune contre-attaque, puis plus de trois secondes perdues avant l’arrivée. Pour Diego Lacave, ce dépassement aurait servi à Marquez pour adresser un message à son propre garage : regardez ce que les équipes satellites arrivent à faire avec la même Ducati. L’hypothèse est séduisante. Elle mérite néanmoins d’être distinguée de ce que les images et les déclarations permettent réellement d’affirmer.
Marc Marquez qui abandonne une position sans combattre mérite toujours qu’on s’y attarde. À Silverstone, Fabio Di Giannantonio s’est présenté à l’intérieur au virage de Village à trois tours de l’arrivée. Marquez lui a laissé suffisamment d’espace pour passer et, surtout, n’a pratiquement pas cherché à reprendre immédiatement sa position.
Neil Hodgson, consultant de TNT Sports, a d’ailleurs remarqué que le numéro 93 semblait avoir envisagé une réplique avant d’y renoncer. Puis Di Giannantonio est parti. Plus de trois secondes séparaient finalement les deux hommes à l’arrivée. Pris isolément, l’épisode pourrait simplement raconter un pilote ayant compris qu’il n’avait plus les armes pour se battre.
Diego Lacave y voit davantage. Sur la chaîne YouTube de Nico Abad, le journaliste espagnol affirme que Marquez était particulièrement contrarié par la manière dont son équipe officielle avait travaillé à Silverstone comparativement à VR46 et Gresini. Et il interprète directement le dépassement de Di Giannantonio comme un message : « Ce n’est pas seulement qu’il n’a pas opposé de résistance […] c’est qu’il lui a pratiquement ouvert la porte. »
Lacave va jusqu’à traduire symboliquement le geste de Marquez : « Vas-y, décolle. » L’idée serait limpide : inutile d’expliquer pendant vingt minutes aux ingénieurs que quelque chose ne fonctionne pas lorsque l’on peut laisser une autre GP26 disparaître devant eux. Mais attention : c’est une interprétation de Lacave, pas une intention revendiquée publiquement par Marquez.
Les faits donnent malgré tout du poids au soupçon. Silverstone n’a pas seulement été mauvais pour Ducati. Le week-end a surtout révélé d’importantes différences entre ses pilotes. Di Giannantonio avait déjà devancé Marquez en qualifications. Alex Marquez s’est montré suffisamment compétitif pour terminer quatrième dimanche. Même lors du Sprint, Marc avait été devancé par son frère et Franco Morbidelli.
Autrement dit, il ne pouvait pas simplement rentrer dans son garage en affirmant que la Ducati ne fonctionnait pas à Silverstone. Certaines Ducati fonctionnaient mieux que la sienne. C’est exactement ce qui rend le sujet sensible pour une équipe d’usine.
Quelques jours auparavant, Carlo Pernat avait d’ailleurs livré une analyse allant dans une direction voisine : selon lui, la moto de Marc possédait tout simplement « les pires réglages de toutes les Ducati ».
Nous avions alors déjà vu apparaître cette étrange situation : le champion en titre, dans l’équipe officielle, semblait moins bien armé que certains pilotes satellites utilisant un matériel comparable. Le dépassement de Di Giannantonio en devient presque l’illustration parfaite.

Marc Marquez a donné une autre version
Il faut cependant résister à la tentation de transformer une scène en preuve. Marc Marquez a publiquement assumé sa responsabilité dans les difficultés du week-end et Ducati a depuis montré dans son épisode Inside une conversation beaucoup plus révélatrice.
Après le Grand Prix, Marc reconnaissait notamment : « Physiquement, je n’étais pas là. » Nous savons également que son épaule continue de poser problème. Plusieurs observateurs de son entourage ont indiqué à Silverstone que sa récupération était moins avancée qu’il ne le laisse généralement entendre.
Voilà donc au moins trois explications qui peuvent parfaitement coexister : une Ducati mal réglée, un pneu difficile à exploiter et un Marquez physiquement diminué. Dans ces conditions, laisser partir Di Giannantonio plutôt que risquer une chute pour quelques points n’avait rien d’absurde. Mais cela n’empêche pas que le dépassement ait pu être particulièrement irritant.
Le véritable problème est désormais au championnat. Car Di Giannantonio n’est plus seulement un pilote satellite encombrant ponctuellement la route de Marquez. Il n’est désormais qu’à un point de lui au championnat. Et cela crée une situation presque inédite dans la carrière du numéro 93.
Hormis ses saisons profondément perturbées par les blessures, Marquez n’a pratiquement jamais eu à accepter qu’un pilote disposant de la même moto puisse durablement le devancer. Plus grave encore pour Ducati : ses satellites pourraient bientôt devenir simultanément ses meilleurs alliés et ses adversaires.
Aprilia occupe les trois premières positions du championnat et dispose également de Raul Fernandez en embuscade. Ducati aura donc besoin de toutes ses GP26 pour prendre des points aux RS-GP. Mais elle a également besoin que son meilleur candidat au titre reste devant elles.
C’est une équation autrement plus délicate que celle rencontrée lorsque la Desmosedici dominait tellement le championnat que les Ducati pouvaient se battre entre elles sans craindre un autre constructeur.
Bagnaia parle d’un « électrochoc »
Francesco Bagnaia a trouvé une expression particulièrement juste pour qualifier Silverstone : « un véritable électrochoc » pour l’équipe officielle. Et peut-être faut-il finalement comprendre ainsi la scène entre Marquez et Di Giannantonio.
Nous ne pouvons pas affirmer que Marc lui a volontairement ouvert la porte pour humilier ses ingénieurs. Lacave propose cette lecture, mais Marquez ne l’a pas confirmée. En revanche, les images ont produit exactement le message qu’il lui prête. Une Ducati satellite a dépassé la Ducati officielle du champion du monde, puis s’en est allée sans qu’il puisse la suivre.
À trois tours de l’arrivée, il n’était finalement même plus nécessaire que Marc Marquez dise quoi que ce soit. Le chronomètre avait parlé pour lui.










