La disparition de Phillip Island du calendrier MotoGP provoque une onde de choc en Australie. C’est la fin d’une époque. À partir de 2027, le Grand Prix d’Australie quittera le mythique circuit de Phillip Island pour rejoindre un nouveau circuit urbain à Adélaïde, dans le cadre d’un accord de longue durée conclu entre le championnat MotoGP et le gouvernement d’Australie-Méridionale. Cette décision marque également la première course urbaine de l’histoire moderne du MotoGP. Une annonce qui ne fait pas l’unanimité.
Si les promoteurs mettent en avant les retombées économiques et la visibilité internationale d’un Grand Prix disputé au cœur d’une grande ville, de nombreuses voix dénoncent ainsi l’abandon d’un circuit considéré comme l’un des plus beaux et des plus exigeants de la planète.
Parmi les critiques les plus virulentes figure Bob Barnard, concepteur du tracé actuel de Phillip Island… mais aussi du célèbre circuit urbain d’Adélaïde utilisé par la Formule 1 entre 1985 et 1995.
Dans une lettre ouverte relayée par crash.net, Barnard estime que le projet actuel ne remplacera « ni le meilleur circuit urbain de Formule 1 au monde, ni le meilleur circuit de Grand Prix moto ». Selon lui, le MotoGP risque de sacrifier un patrimoine exceptionnel au profit d’un tracé qui n’existe pas encore. « Après mûre réflexion, je m’oppose fermement à ce projet de relocaliser le MotoGP sur un circuit encore inconnu et à construire dans le parc d’Adélaïde. »
L’ingénieur va plus loin en alertant sur les conséquences possibles pour Phillip Island. Selon plusieurs informations relayées en Australie, son propriétaire, Lindsay Fox, pourrait réorienter le site vers un projet immobilier ou touristique, certains évoquant même la création d’un parcours de golf si les compétitions internationales disparaissent définitivement.

« Nous risquons en Australie de perdre deux sites de renommée internationale pour n’en créer qu’un seul dont l’avenir reste incertain »
Barnard redoute ainsi que l’Australie perde deux symboles à la fois : l’emblématique circuit permanent de Phillip Island et une partie des célèbres parcs d’Adélaïde, où le nouveau tracé urbain doit être aménagé.
« L’Australie ne devrait pas être contrainte de choisir entre le sport moto et son patrimoine environnemental. Nous risquons de perdre deux sites de renommée internationale pour n’en créer qu’un seul dont l’avenir reste incertain. »
Le débat dépasse désormais le simple cadre du MotoGP. Le WorldSBK quittera lui aussi Phillip Island à partir de 2028 pour rejoindre The Bend Motorsport Park, renforçant le sentiment que le circuit victorien est progressivement abandonné par les grandes compétitions internationales.
Du côté du MotoGP, les dirigeants défendent toutefois un projet historique. Le nouveau circuit d’Adélaïde, long d’environ 4,2 km et composé de 18 virages, a été conçu spécifiquement pour répondre aux exigences de sécurité modernes tout en permettant des vitesses supérieures à 340 km/h. Les organisateurs présentent cette première course urbaine comme une nouvelle étape dans l’évolution du championnat.
Reste qu’une question continue de diviser le paddock comme les supporters : peut-on réellement remplacer un circuit unanimement considéré par de nombreux pilotes comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre du motocyclisme mondial ? C’est ce débat, bien plus que le simple changement de calendrier, qui accompagnera le MotoGP jusqu’à son ultime rendez-vous à Phillip Island en 2026.
Le transfert vers Adélaïde illustre la tension croissante entre la tradition motocycliste (circuits permanents, naturels, techniques) et la modernisation commerciale (circuits urbains, éphémères, tournés vers le spectacle global).
Si Liberty Media parvient à ses fins, le MotoGP australien changera radicalement d’identité, troquant ses paysages côtiers sauvages pour le béton des centres-villes. Pour les puristes comme Bob Barnard, c’est une décision irréversible qui efface un pan entier de l’histoire du sport.





























