L’année prochaine, Honda va tenter d’enfin redorer son blason en MotoGP. Depuis bien trop longtemps maintenant, la plus grande firme de l’histoire de notre sport est rétrogradée tout au fond du peloton. Cela passera par un important travail des ingénieurs, bien sûr, mais il ne faut pas sous-estimer le recrutement des pilotes. Comment doit s’organiser Honda ?
Honda et un choix si difficile que ça ?
L’article d’aujourd’hui concerne l’attribution du deuxième guidon d’usine, pour le moment convoité par deux pilotes talentueux. On sait déjà que Johann Zarco sera pilote LCR (du moins, si le contrat est respecté), et que Fabio Quartararo incarnera la star, deviendra la figure de proue du projet. J’ai déjà parlé du destin du Français dans un autre article, que je vous invite à lire en cliquant ici.

Maintenant, qui mettre aux côtés de Quarta’ ? Deux options : David Alonso, pressenti comme un talent générationnel suite à une saison Moto3 irréelle en 2024 (cliquez ici pour en savoir plus), et Diogo Moreira, l’actuel deuxième pilote LCR. Pour l’instant, rien n’a été annoncé à la presse concernant ce détail très important.
D’après moi, de bons arguments soutiennent les deux possibilités. Je vais d’abord vous exposer ceux qui encourageraient Honda à faire monter Moreira pour caser Alonso chez LCR, et, ensuite, ceux qui sont en faveur de l’accession d’Alonso à l’équipe d’usine dès son arrivée. Avant cela, gardez en tête que Moreira et Alonso auront, quoi qu’il arrive, le même matériel et les mêmes évolutions d’après ce qui a été confié aux journalistes.
Moreira, le choix logique
Commençons d’abord avec le choix le plus logique, celui d’appairer Moreira à Quartararo et Alonso à Zarco. Logique, car il respecte le « mérite sportif » : Moreira a déjà une saison dans les pattes, et Alonso sera rookie. Il serait donc plus juste, à motos égales, de récompenser celui qui est déjà là, et de faire patienter celui qui débarque. Le Brésilien aura déjà connu une saison entière, et il n’est pour l’instant pas ridicule. Nul doute que cette décision ne choquerait personne si l’on se basait uniquement sur cet argument.
En plus, Moreira a quelque chose qu’Alonso n’a pas : un titre mondial Moto2. Oui, tout le monde vante le talent brut du Colombien, mais, dans les faits, Moreira a été titré au terme d’une saison assez difficile à gagner, le tout en battant Alonso à de nombreuses reprises en 2025. Ce dernier est encore en lice pour être couronné en fin de saison, mais est tout de même décroché. Sauf miracle, il ne sera pas champion. À l’heure où ces lignes sont écrites, il compte 81,5 points de retard sur Manuel Gonzalez, depuis la sixième place du général. Il n’est que dans sa deuxième année, d’accord, mais Moreira a été champion dans sa deuxième année ! Plus généralement, les cracks des petites classes se révèlent souvent lors de leurs deuxièmes saisons en catégorie intermédiaire (Lorenzo, Stoner, Acosta…). Tout génie qu’il est, David Alonso n’est pas à ce niveau, c’est factuel.
Par conséquent, le faire patienter dans « l’ombre » (avec de très gros guillemets au vu des conditions de son arrivée) serait tout à fait pertinent.

Alonso, un vrai facteur X ?
Maintenant, passons de l’autre côté. Pourquoi David Alonso devrait être dans l’équipe d’usine dès sa première année ? Au lieu de répondre à cette question, je vous en pose une autre : pourquoi Diogo Moreira deviendrait-il pilote officiel en 2027 ? Admettons qu’il y ait déjà quelqu’un à la place d’Alonso, un pilote du premier tiers du tableau, type Johann Zarco. Intrinsèquement, qu’a-t-il fait pour mériter une montée ?
C’est mon problème avec Moreira : c’est un bon rookie, mais loin d’être exceptionnel au premier sens du terme. Il gravite autour du top 10 à chaque course, mais peine à grimper plus haut. À mi-saison, il ne compte pas une seule course référence, un seul coup d’éclat. Donc, en excluant totalement Alonso de l’équation, je ne sais pas si Moreira mérite tant que ça d’accéder à l’équipe d’usine grâce à ses résultats seuls.
Maintenant, remettons Alonso au centre du débat. Oui, Moreira aura déjà une année dans ses bagages. Mais n’oublions pas qu’en 2027, tous les pilotes seront comme des rookies : les 850cc chaussées de pneus Pirelli seront totalement différentes des 1000cc actuelles. Ainsi, cette expérience gagnée sera à relativiser.
Troisième point, le phénomène Alonso. Alors, oui, on est d’accord, il sous-performe en Moto2 par rapport à ce qu’on avait vu de lui en Moto3. Mais on sent qu’il est spécial. Tous se l’arrachent, et même Ducati le voulait. Il donne un peu la même impression que Fermin Aldeguer. Ce dernier n’était pas transcendant en Moto2, surtout lors de la saison 2024 où tout le monde l’attendait. Mais pour autant, on arrivait à déceler son génie, sur la base de quelques courses seulement. Pour continuer la comparaison, je n’ai jamais eu ce ressenti avec Diogo Moreira, par exemple, alors qu’il a été champion.
Conclusion
Les deux théories sont valables, il n’y a pas de mauvais choix. Cependant, si j’étais à la tête du HRC, je choisirais David Alonso. En effet, je crois que lorsqu’on mise sur un pilote de ce calibre, il est bon de lui donner les clefs du camion, de mettre toutes les chances de son côté afin de le garder le plus longtemps possible, de lui donner la pleine confiance du constructeur. C’est ce qu’avait fait Yamaha avec Jorge Lorenzo, ou Honda avec Dani Pedrosa et Marc Marquez. Tous ont été très fidèles à ces marques par la suite. D’autres grands pilotes qui avaient performé en catégorie intermédiaire ont commencé chez un satellite au XXIe siècle. Casey Stoner ou Pedro Acosta sont de bons exemples parmi d’autres. Mais étudiez leur trajectoire, et vous trouverez rapidement le dénominateur commun.
Si Honda signe Alonso, c’est qu’ils croient pleinement en son talent. En sachant que les compteurs seront remis à zéro en 2027, et que le Colombien aura l’expérience des pneus Pirelli en Moto2, je ne vois pas pourquoi il serait hâtif de le faire incarner l’ambition du constructeur. Il faut faire tapis.
Et vous, que feriez-vous d’Alonso et de Moreira ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : HRC









