F1
Publié le 17 août 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Red Bull enterre 2026 et promet déjà 2027 : Mekies sort le champagne avant d’avoir retrouvé la victoire

Mekies voit Red Bull lutter pour le titre en 2027 face à Mercedes, Ferrari et McLaren après une saison 2026 compliquée.

Laurent Mekies assure que Red Bull ne devrait partir avec aucun désavantage face à Mercedes, Ferrari ou McLaren en 2027 et se voit donc parfaitement capable de rejouer le titre. L’optimisme est rafraîchissant : en 2026, Red Bull est quatrième chez les constructeurs, Max Verstappen sixième chez les pilotes et la RB22 n’a encore remporté aucun Grand Prix. Mais puisque le présent refuse obstinément de coopérer, Milton Keynes a visiblement décidé de prendre de l’avance… dans les déclarations.

 

Mekies promet déjà un match à quatre

Le message du patron de Red Bull est clair : il ne considère pas son équipe comme condamnée à courir derrière Mercedes, Ferrari et McLaren lorsque commencera la saison 2027.

Mekies estime que les quatre grosses équipes disposeront d’opportunités de développement relativement similaires et que Red Bull pourra donc se battre à armes comparables. Autrement dit, la hiérarchie actuelle ne serait pas destinée à devenir une nouvelle constitution de la Formule 1. Sur le principe, difficile de lui donner tort. En pratique, c’est légèrement plus audacieux. Parce qu’avant de battre Mercedes en 2027, Red Bull pourrait commencer par essayer de la voir dans ses rétroviseurs en 2026.

Le classement, ce rabat-joie

Après onze Grands Prix, Mercedes mène le championnat constructeurs avec 379 points, devant Ferrari à 307 et McLaren à 220. Red Bull ? 177 points. Quatrième. L’écart avec Mercedes atteint déjà 202 points.

Chez les pilotes, la photographie est à peine plus flatteuse : Kimi Antonelli mène avec 219 points, tandis que Verstappen n’en possède que 109 et occupe la sixième place. Isack Hadjar est huitième avec 68 unités Le site officiel de Red Bull indique lui-même que la RB22 compte actuellement zéro victoire et quatre podiums. Bref, Mekies parle du titre 2027 depuis une équipe qui, pour le moment, n’a même pas encore trouvé le bouton « victoire » sur la voiture 2026. C’est ambitieux. Ou très prévoyant.

Mais Red Bull a déjà pratiquement rangé 2026 dans le placard

Ce discours ne tombe pas de nulle part. Mekies avait déjà annoncé avant la pause estivale que Red Bull allait réduire son effort de développement sur la RB22 afin de concentrer davantage de ressources sur la monoplace 2027. La situation est très différente de celle de 2025 : cette fois, Verstappen n’est plus réellement dans la bataille pour le championnat et continuer à jeter toutes les ressources sur la voiture actuelle aurait un intérêt limité. Red Bull apportera encore quelques évolutions en 2026, mais en quantité plus faible que l’an dernier.

Traduction : la saison n’est pas officiellement abandonnée, elle est simplement invitée à ne plus déranger les ingénieurs qui travaillent sur la suivante. Voilà qui devrait énormément motiver les dix derniers dimanches.

Le vrai péché originel remonte à 2025

Il existe cependant une explication très sérieuse aux difficultés actuelles. Red Bull avait poursuivi jusqu’au bout le développement de sa monoplace 2025 pour maintenir Verstappen dans la course au titre face à Lando Norris. La remontée fut spectaculaire et le Néerlandais ne perdit finalement le championnat que de deux points Mais cette mobilisation tardive a eu un prix.

La préparation de la RB22 a été retardée, au moment même où Red Bull devait affronter l’un des plus grands défis industriels de son histoire : devenir constructeur de son propre groupe propulseur avec Red Bull Ford Powertrains En résumé, Red Bull a presque sauvé 2025. Et a présenté la facture à 2026. Mekies ne semble visiblement pas vouloir payer deux fois.

2027 sera quand même beaucoup moins mystérieux que 2026

C’est là que son optimisme devient plus crédible. La révolution réglementaire majeure a eu lieu cette année. Entre 2026 et 2027, les règles techniques resteront beaucoup plus stables, et la F1 rappelle qu’une grande partie du développement effectué aujourd’hui pourra donc être transférée sur la voiture suivante Pour Red Bull, c’est essentiel.

Il ne s’agit plus de repartir d’une feuille blanche avec un moteur totalement nouveau et un châssis répondant à un règlement entièrement bouleversé.

Il s’agit désormais de comprendre ce qui ne fonctionne pas, de conserver ce qui fonctionne et d’améliorer l’ensemble.

Ce qui, dit ainsi, paraît presque facile. Puis on se souvient qu’en Formule 1, trouver deux dixièmes peut nécessiter 400 ingénieurs, une soufflerie et quelques millions de dollars.

Et la RB22 n’est plus aussi perdue qu’en début de saison

Mekies possède également quelques raisons sportives de croire à son discours. Red Bull avait démarré 2026 très loin des meilleurs. Les évolutions introduites à Miami puis en Autriche ont progressivement réduit l’écart et ramené l’équipe dans la bataille pour les podiums. La F1 notait déjà fin juin que Red Bull avait engagé un programme d’évolution particulièrement agressif afin de revenir le plus rapidement possible sur les équipes de tête À mi-saison, la F1 estimait également que les dernières évolutions avaient remis Red Bull dans une situation beaucoup plus compétitive, même si Verstappen restait à plus de cent points d’Antonelli. La RB22 n’est donc pas un désastre irrécupérable. Elle est simplement arrivée à la fête lorsque Mercedes avait déjà commandé le dessert.

Le moteur maison : la grande inconnue qui peut rendre Mekies génial… ou très optimiste

Reste évidemment l’éléphant bleu foncé dans le garage. 2026 marque la première saison où Red Bull construit à la fois son châssis et son groupe propulseur, avec Ford comme partenaire technique du programme moteur C’est une transformation immense pour une structure qui, depuis son arrivée en F1, avait toujours dépendu d’un motoriste extérieur.

Mekies l’a reconnu : intégrer ce nouveau groupe propulseur a participé aux difficultés rencontrées en début d’année, mais il considère que cette indépendance apportera à terme davantage que ce qu’elle coûte aujourd’hui. Voilà probablement le cœur du pari 2027.

Si Red Bull Ford réduit son retard tout en permettant aux ingénieurs châssis et moteur de travailler réellement sous le même toit, le projet peut devenir extrêmement puissant. Si le moteur reste en retrait… Eh bien, au moins le bâtiment sera pratique pour organiser les réunions de crise.

Verstappen regarde évidemment tout cela avec beaucoup d’attention

Cette confiance affichée par Mekies possède également un destinataire évident : Max Verstappen. Le quadruple champion est sous contrat jusqu’à fin 2028, mais des clauses de performance sont régulièrement évoquées et Mekies reconnaît lui-même une vérité très simple : Max veut rester, à condition de disposer d’une voiture rapide

Les rumeurs concernant son avenir ont occupé une bonne partie de la première moitié de saison, au point que Mekies révélait en juillet que plusieurs pilotes de haut niveau avaient eux-mêmes contacté Red Bull pour se renseigner sur un éventuel baquet. Autrement dit, le patron français ne vend pas seulement 2027 aux supporters. Il le vend aussi probablement à l’homme dont dépend encore largement la crédibilité sportive de l’équipe.

Dire :

« Nous travaillons dur et nous verrons bien »

est une chose.

Dire :

« Nous n’aurons aucun désavantage face à Mercedes, Ferrari et McLaren »

est légèrement plus séduisant lorsque votre pilote vedette possède quelques options dans son répertoire téléphonique.

Red Bull n’a surtout plus le droit de rater son deuxième départ

Le problème de Red Bull n’est donc pas réellement son classement 2026. Une première saison compliquée avec un moteur entièrement nouveau pouvait presque être anticipée. Le véritable danger serait de reproduire cette situation en 2027. Parce qu’à ce moment-là, l’excuse du nouveau règlement aura disparu. Le groupe propulseur possédera une saison d’expérience. Mekies aura eu plus d’un an pour restructurer l’équipe. La RB23 — ou quel que soit le nom de la prochaine monoplace — sera issue d’un règlement désormais connu. Et Red Bull aura volontairement sacrifié une partie du développement 2026 pour la préparer. À ce niveau-là, le fameux « projet à long terme » commencera à demander quelques résultats à court terme.

Mekies joue donc une carte dangereuse : annoncer aujourd’hui ce qu’il devra prouver demain

Laurent Mekies a raison sur un point fondamental : rien n’indique que la domination Mercedes actuelle doive nécessairement durer. Ferrari progresse.

McLaren demeure dans le groupe de tête. Red Bull réduit son retard.

Et avec des règlements désormais stabilisés, les différences peuvent évoluer rapidement en fonction des développements. Andrea Stella soulignait justement que l’ordre entre Ferrari, Red Bull et McLaren bougeait déjà au gré des évolutions apportées aux voitures. Alors oui, imaginer quatre équipes capables de jouer le titre en 2027 n’a rien de délirant. Mais Red Bull possède désormais un petit problème.

Mekies vient de mettre lui-même la barre à cette hauteur.

La saison 2026 pouvait encore être celle de l’apprentissage du moteur maison. 2027 vient officiellement de devenir celle du retour au sommet. C’est courageux. Et cela nous promet une phrase particulièrement facile à ressortir dans douze mois.

Red Bull a donc déjà gagné quelque chose en 2027 : le championnat des promesses

Mekies ne manque ni de lucidité sur les problèmes actuels ni de confiance dans la capacité de son équipe à les résoudre. C’est probablement exactement ce qu’un patron doit afficher. Mais la Formule 1 possède une habitude assez cruelle : elle imprime les déclarations d’hiver et les compare ensuite au chronomètre.

Red Bull a dominé une époque. Elle possède Verstappen, une immense structure technique, son propre moteur et les moyens de revenir. Le potentiel est évident. Pour l’instant, toutefois, Mercedes mène le championnat avec 202 points d’avance sur elle et Red Bull n’a toujours pas gagné une course en 2026. Mekies promet donc que 2027 remettra les compteurs à égalité. Très bien.

Il ne reste plus qu’un minuscule détail : prévenir Mercedes, Ferrari et McLaren qu’elles sont censées attendre.