F1
Publié le 31 juillet 2026 • 02:30 par Oléna Champlain

F1 – Russell réclame l’été : chez Mercedes, Antonelli empile les victoires, lui collectionne les pannes

Russell subit une série noire chez Mercedes, tandis qu'Antonelli profite pleinement d'une voiture dominante.

George Russell traverse-t-il réellement la pire période de sa carrière ? À écouter certains titres, le Britannique aurait subitement oublié comment conduire. La réalité est moins pratique pour Mercedes : Russell reste rapide, mais sa monoplace semble avoir adopté une passion particulière pour les bugs, les coupures de puissance et les départs transformés en séance de dépannage. Pendant que Kimi Antonelli arrose les podiums au champagne, son équipier consulte le catalogue complet des pannes disponibles.

Russell est-il en crise… ou seulement sa Mercedes ?

George Russell n’a pas exactement déclaré vivre « la pire série de sa carrière ». Ses mots sont à la fois plus précis et plus accablants pour son équipe :

« Je n’ai jamais vécu une saison pareille de toute ma carrière. »

La nuance compte. Le Britannique ne reconnaît pas une chute brutale de son niveau de pilotage. Il constate surtout une accumulation de problèmes devenue presque comique à condition, évidemment, de ne pas porter le numéro 63.

Après le Grand Prix de Hongrie, Russell expliquait même avoir dépassé le stade de la frustration : « Je suis passé au-delà de la déception. »

Une formule qui ressemble moins à un coup de colère qu’au diagnostic d’un homme ayant atteint la phase d’acceptation. Après le déni, la colère et la négociation, voici donc la résignation mécanique.

Et pourtant, parler d’un pilote en perdition serait particulièrement paresseux. Russell a remporté le Grand Prix d’Autriche depuis la pole fin juin, avant de terminer deuxième à Silverstone. Il n’a donc pas oublié le fonctionnement d’une Formule 1 entre deux week-ends : lorsque sa Mercedes accepte de collaborer, il reste parfaitement capable de gagner.

En Hongrie, même le départ avait besoin de vacances

Budapest devait offrir à Russell une dernière occasion de réduire l’écart avant la pause estivale. Parti sixième, juste devant Antonelli, il pouvait espérer se mêler à la bataille du podium. Sa Mercedes avait visiblement prévu une autre activité.

Quelques secondes avant l’extinction des feux, le moteur s’est mis à prendre des tours de manière incohérente avant que l’anti-calage ne s’active. Russell est resté presque immobile pendant que le peloton entier défilait autour de lui. En quelques mètres, son Grand Prix venait de passer du statut de possible podium à celui de journée portes ouvertes au fond du classement.

Le Britannique a néanmoins remonté le peloton jusqu’à la septième place. Pendant ce temps, Antonelli terminait troisième et portait son avance sur Russell à 59 points au championnat. Après onze manches, l’Italien comptait six victoires contre deux pour son équipier. Dans le garage Mercedes, le partage des rôles est devenu limpide : Kimi soulève les trophées, George soulève le capot.

Toto Wolff n’a d’ailleurs pas cherché à déguiser le fiasco en mystérieuse fatalité. Le patron de Mercedes a reconnu que le problème était « entièrement de notre faute », ajoutant que Russell avait déjà subi beaucoup trop d’incidents de ce type. C’est franc, presque rafraîchissant. Cela ne rend simplement aucun des points perdus.

Une saison noire c’est noir…

La Hongrie n’est que le dernier épisode d’une série dont le scénario commence à manquer sérieusement de subtilité.

Au Canada, Russell avait signé la pole et se battait en tête lorsqu’un problème de batterie l’a contraint à abandonner au 30e tour. Antonelli a récupéré la victoire. À Suzuka, une combinaison improbable entre une pression sur un bouton et un changement de rapport a déclenché un bug logiciel, envoyant le moteur dans un mode inattendu et coûtant encore une position au Britannique.

À Monaco, Russell avait réussi à remonter virtuellement au quatrième rang, avant qu’une pénalité pour excès de vitesse dans les stands ne soit aggravée par une erreur de Mercedes au moment de la purger. Résultat : une nouvelle sanction et une douzième place, pendant qu’Antonelli remportait la course. Quand la malchance ne suffit pas, l’équipe ajoute parfois elle-même un supplément maison.

Puis Spa est arrivé. Russell a subi un important manque de puissance dès le premier tour, perdu plusieurs positions et s’est retrouvé au cœur d’un contact mettant fin à sa course. Dans l’autre Mercedes, Antonelli s’imposait pour la sixième fois de la saison. L’équipe reconnaissait alors que la fiabilité constituait sa faiblesse la plus évidente, malgré une monoplace capable de jouer les victoires et les deux championnats

Il ne s’agit donc plus d’une simple tuile. Russell a reçu la toiture complète, les gouttières et probablement l’échelle du couvreur.

Antonelli transforme chaque problème en coup de massue

Le plus cruel pour Russell n’est pas seulement de perdre des points. C’est de les voir presque systématiquement tomber dans l’escarcelle de son équipier.

Lorsque sa batterie lâche au Canada, Antonelli gagne. Lorsqu’il abandonne à Spa, Antonelli gagne. Lorsqu’il reste scotché sur la grille hongroise, Antonelli monte sur le podium. La fiabilité ne se contente pas de pénaliser Russell : elle organise directement la campagne de son principal rival pour le titre.

Le jeune Italien mérite évidemment ses résultats. Il faut être là pour profiter des occasions, résister à la pression et convertir la vitesse de la Mercedes en victoires. Mais pour Russell, chaque panne possède désormais un double effet : elle détruit sa propre course et déroule simultanément le tapis rouge devant l’autre voiture argentée.

Le championnat offre ainsi une image particulièrement brutale. Mercedes mène les classements pilotes et constructeurs à la pause, mais l’un de ses pilotes semble évoluer dans une saison triomphale tandis que l’autre dispute une longue séance de diagnostic embarqué.

« Oublier la course » avant d’oublier comment sourire

Russell reconnaît que la pause estivale « ne pouvait pas mieux tomber ». Son programme est simple : oublier la course pendant quelque temps, couper avec le paddock et revenir plus fort. Ce n’est pas vraiment le discours flamboyant d’un homme prêt à passer ses vacances à revoir chaque départ sur une tablette.

Le Britannique assure toutefois que son rythme en Hongrie restait comparable à celui des meilleurs. Il sait donc que la vitesse n’a pas disparu. Son problème est ailleurs : comment rester convaincu que tout peut encore basculer lorsque chaque bruit inhabituel ressemble au début d’une nouvelle catastrophe ?

La pause devra reposer Russell. Elle devra surtout permettre à Mercedes de comprendre pourquoi la voiture numéro 63 semble attirer les anomalies comme un aimant attire la limaille.

Car George Russell n’a peut-être pas besoin de réapprendre à piloter. Il lui faudrait simplement une Mercedes capable de terminer un week-end sans tenter de lui proposer une nouvelle panne expérimentale.

Antonelli part en vacances avec la tête du championnat. Russell, lui, part surtout avec l’espoir qu’au retour, sa voiture aura enfin cessé de prendre les points de fidélité au service après-vente.