Moto GP
Publié le 7 août 2026 • 12:00 par André Lecondé

Liberty Media prévenue : Yamaha refuse que le MotoGP sacrifie son âme pour conquérir le grand public

Alors que Liberty Media cherche à développer le MotoGP sur le modèle de la F1, Paolo Pavesio de Yamaha, lance un avertissement clair.

Yamaha

Depuis le rachat du MotoGP par Liberty Media, les comparaisons avec la Formule 1 sont inévitables. L’objectif est clair : reproduire l’explosion de popularité qu’a connue la F1 ces dernières années. Mais chez Yamaha, un dirigeant appelle déjà à la prudence. Pour Paolo Pavesio, directeur de Yamaha Motor Racing, développer l’audience est indispensable… à condition de ne pas transformer le MotoGP en simple produit de divertissement.

Interrogé par MOW sur les difficultés du MotoGP à séduire un nouveau public, Paolo Pavesio estime que le championnat possède déjà tous les ingrédients nécessaires. « Le produit fonctionne, c’est un bon produit, mais il peut certainement être amélioré », explique-t-il. Selon lui, une partie du problème réside dans l’évolution technique des prototypes.

L’ingénieur italien estime que les MotoGP actuelles sont devenues extrêmement sophistiquées, au point d’imposer un style de pilotage très uniforme. Des motos légèrement moins extrêmes et plus exigeantes pourraient, selon lui, redonner davantage de liberté aux pilotes et offrir un spectacle encore plus spontané.

Pour Pavesio, le véritable défi dépasse largement la technique. Liberty Media devra trouver le bon équilibre entre conquérir un nouveau public et préserver l’identité d’un championnat construit depuis plus de soixante ans. « Nous devons faire en sorte que les fans et les motards se sentent compris, sans les trahir. Et en même temps, en trouver de nouveaux », résume-t-il.

Il met ainsi en garde contre une approche privilégiant le spectacle à tout prix, au risque de dénaturer ce qui fait la singularité du MotoGP.

Paolo Pavesio à MOW : « Yamaha, c’est comme le bambou, mais il n’y a pas de raccourcis. Le MotoGP de Liberty ? Attention au piège de la survie. »

Paolo Pavesio, Yamaha : « Nous devons faire en sorte que les fans et les motards se sentent compris, sans les trahir »

L’une des pistes les plus souvent évoquées est la création d’une série documentaire inspirée du succès de « Drive to Survive », qui a largement contribué à populariser la Formule 1 auprès d’un nouveau public. Plusieurs indices laissent penser qu’un projet similaire est à l’étude autour du MotoGP, avec un accès privilégié aux coulisses des équipes et de leurs pilotes.

L’arrivée de Guenther Steiner chez Tech3 alimente d’ailleurs ces spéculations. L’ancien directeur de Haas est devenu l’une des figures les plus populaires de « Drive to Survive » grâce à sa personnalité directe et son franc-parler. Même Christian Horner, récemment écarté de Red Bull Racing, est désormais cité parmi les personnalités susceptibles de rejoindre un projet lié au MotoGP.

L’arrivée de Liberty Media ne se limite pas à un changement d’actionnaire. L’entreprise américaine entend moderniser la manière dont le MotoGP est présenté, raconté et commercialisé, comme elle l’a fait avec la Formule 1. L’objectif est d’attirer un public plus jeune, de développer la présence numérique du championnat et de renforcer sa visibilité mondiale. Mais pour Yamaha, cette transformation devra rester au service du sport, et non l’inverse.

Paolo Pavesio met le doigt sur un débat qui dépasse largement le MotoGP. « Drive to Survive » a permis à la Formule 1 de conquérir des millions de nouveaux spectateurs, mais cette réussite s’est aussi accompagnée de critiques sur une dramatisation parfois excessive des rivalités et des événements.

Le MotoGP dispose d’un avantage que la F1 n’avait pas forcément au départ : le spectacle en piste est déjà extrêmement intense. Les dépassements, les contacts et l’incertitude sportive constituent son ADN. Liberty Media n’a donc pas besoin d’inventer du suspense ; elle doit surtout mieux le raconter.

Le véritable enjeu sera de trouver l’équilibre entre exposition médiatique et authenticité. Si Liberty parvient à raconter les histoires humaines du paddock sans transformer le championnat en téléréalité, le MotoGP pourra élargir considérablement son audience tout en conservant ce qui fait sa crédibilité auprès des passionnés.

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