L’arrivée de Toprak Razgatlioglu en MotoGP devait ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière. Triple champion du monde Superbike, le pilote turc savait que l’adaptation serait difficile, mais beaucoup imaginaient que la révolution technique de 2027 lui offrirait enfin un terrain plus favorable. Or, les premiers retours sur la future Yamaha 850 cc sont loin d’être rassurants.
Selon plusieurs confidences rapportées par Neil Hodgson, Razgatlioglu juge la nouvelle moto « lente » et éprouve des sensations pour le moins étranges à son guidon. De quoi alimenter les inquiétudes autour du projet Yamaha, déjà lanterne rouge du championnat des constructeurs cette saison.
Depuis son arrivée chez Pramac Yamaha, Toprak Razgatlioglu peine à retrouver les automatismes qui faisaient de lui la référence du WorldSBK. Le changement de position de conduite, la hauteur de selle, le comportement du train avant ou encore l’adaptation aux pneus Michelin ont profondément modifié son pilotage.
La réglementation 2027 devait pourtant jouer en sa faveur. L’arrivée des pneus Pirelli, qu’il connaît parfaitement, la réduction de l’aérodynamique, la disparition des dispositifs de réglage de l’assiette et les nouveaux moteurs de 850 cc semblaient réunir les conditions idéales pour permettre au Turc de retrouver son style agressif.
Mais les premiers essais de la future Yamaha refroidissent cet optimisme. Invité du podcast Gas It Out, Neil Hodgson affirme avoir longuement échangé avec Razgatlioglu, qui lui aurait confirmé la plupart des difficultés observées depuis le début de saison.
Selon Hodgson, le Turc souffre toujours d’une selle trop basse qui perturbe ses repères, d’un manque de ressenti sur l’avant de la moto et d’une fenêtre de freinage extrêmement étroite. « Il m’a expliqué que le point de freinage est pratiquement fixé dès la première séance d’essais. Si l’on tente de freiner un peu plus tard, la moto se bloque immédiatement et ne s’arrête plus correctement. »

Toprak Razgatlioglu : « Faire un stoppie, c’est un moment de joie, une façon de célébrer. Aujourd’hui, je n’en ai plus envie »
Le constat serait encore plus inquiétant concernant la future machine de 2027. « Il m’a dit que les 850 étaient lentes. Toutes. Et qu’elles procuraient une sensation vraiment étrange lorsqu’on les pilote. »
À ces difficultés techniques s’ajoute une frustration psychologique. Habitué à jouer les victoires en Superbike, Razgatlioglu vit difficilement une saison où chaque point marqué ressemble davantage à un exercice de survie qu’à une véritable performance.
Hodgson raconte même que le Turc s’est excusé auprès des supporters de ne plus offrir les célèbres stoppies qui ont largement contribué à sa popularité. « Il m’a dit : « Je n’ai plus l’énergie. » Faire un stoppie, c’est un moment de joie, une façon de célébrer. Aujourd’hui, je n’en ai plus envie parce que je n’obtiens pas les résultats que j’attends. » Le pilote reconnaîtrait également avoir réduit son activité sur les réseaux sociaux pour les mêmes raisons.
Malgré tout, Razgatlioglu resterait persuadé qu’une Yamaha légèrement plus performante lui permettrait de viser régulièrement le Top 5. Le problème est que le développement de la marque d’Iwata semble toujours accuser du retard, y compris sur son futur prototype de 850 cc.
Cette intervention de Toprak Razgatlioglu semble mettre en lumière les difficultés structurelles de Yamaha face à la révolution technique de 2027. Depuis plusieurs mois, plusieurs signaux convergent. Paolo Pavesio lui-même reconnaît que 2027 constitue une reconstruction complète du projet Yamaha. Le constructeur mise énormément sur son nouveau V4, sur Jorge Martin et Ai Ogura, ainsi que sur le changement de réglementation pour revenir au sommet.
Or, si les premières impressions de Razgatlioglu sont exactes, cela signifie que Yamaha n’accuse pas seulement un retard sur la moto actuelle, mais également sur celle qui doit précisément relancer le constructeur.
Il convient toutefois de rester prudent. Ces informations proviennent de confidences rapportées par Neil Hodgson et non de déclarations publiques de Razgatlioglu. Elles donnent un aperçu intéressant de son état d’esprit, mais ne constituent pas une position officielle de Yamaha ou du pilote.
Enfin, il ne faut pas oublier que nous sommes encore dans une phase de développement. Les prototypes 850 cc évolueront fortement d’ici leurs débuts en championnat. Ducati, KTM, Aprilia et Honda travaillent eux aussi sur des motos encore très éloignées de leur version définitive.
En revanche, un élément apparaît incontestable : Toprak traverse la période la plus difficile de sa carrière internationale. Après avoir dominé le Superbike grâce à un pilotage spectaculaire, il doit aujourd’hui réapprendre son métier sur une machine qui ne correspond pas à ses qualités naturelles. Toute la question est désormais de savoir si Yamaha sera capable de lui offrir, en 2027, l’outil dont il a besoin… ou si cette adaptation prendra finalement plus de temps que prévu.










