Günther Steiner n’a pas attendu la rentrée pour distribuer les bulletins. À mi-saison, l’ancien patron de Haas accorde un sévère D à Valtteri Bottas, juge Sergio Pérez supérieur et estime que le Finlandais serait le premier sacrifié si Cadillac décidait de changer un pilote. Une sentence brutale… mais qui oublie peut-être que la Cadillac est encore davantage en chantier que son équipage.

Steiner : « J’ai l’impression que Valtteri a un peu lâché. »
Günther Steiner et la diplomatie ont rarement partagé le même motor-home. Alors lorsqu’on lui demande d’évaluer les 22 pilotes de la grille 2026, inutile d’espérer un commentaire soigneusement passé par le service communication.
Et pour Valtteri Bottas, le bulletin de vacances pique sérieusement.
L’ancien patron de Haas lui attribue un D, contre un C pour Sergio Pérez, avant d’expliquer pourquoi il considère actuellement le Mexicain comme le meilleur des deux pilotes Cadillac.
« Pérez est simplement meilleur que lui en ce moment. »
Puis vient la petite phrase qui fait beaucoup plus mal que la note :
« J’ai l’impression que Valtteri a un peu lâché. »
Voilà. Bonnes vacances, Valtteri.
De Mercedes à la dernière ligne : Steiner imagine le choc thermique
Steiner ne remet pas vraiment en cause le talent du Finlandais. Son raisonnement porte davantage sur la motivation nécessaire pour batailler tout au fond de la grille.
Après cinq saisons chez Mercedes, dix victoires en Grand Prix, puis une année 2025 passée comme réserviste de l’équipe allemande, Bottas avait choisi Cadillac pour retrouver un volant titulaire.
Le problème ? Le retour ressemble beaucoup moins à une deuxième jeunesse qu’à un stage intensif de patience. Cadillac n’a toujours inscrit aucun point après onze Grands Prix, et Bottas comme Pérez ont déjà abandonné à quatre reprises.
Steiner résume assez cruellement le dilemme : Bottas possédait un confortable rôle de réserviste chez Mercedes et se retrouve désormais à fournir tous les efforts d’un titulaire… pour évoluer au fond du classement.
Disons qu’après avoir connu les poles, les victoires et les podiums avec Mercedes, découvrir avec enthousiasme la bataille pour la 17e place demande effectivement une certaine fraîcheur mentale.
Mais Pérez le bat réellement : les chiffres ne sont pas complètement imaginaires
Derrière la provocation de Steiner, il existe tout de même un dossier statistique.
Sur les onze premiers Grands Prix, Pérez mène Bottas 6-5 en qualifications et surtout 6-3 dans les courses où une comparaison entre les deux est possible. Les deux hommes comptent quatre abandons chacun.
En ajoutant les qualifications Sprint au calcul, Motorsport relève également un avantage global de 9-6 pour Pérez sur un tour. Ce n’est donc pas exactement une humiliation hebdomadaire.
Mais lorsque deux vétérans disposent de la même voiture et que l’un prend progressivement l’ascendant, la fameuse petite musique du marché des pilotes commence forcément à jouer.
Et Steiner l’a déjà entendue.
« S’ils doivent changer un pilote, je pense évidemment qu’ils changeront Valtteri. »
Subtil comme une portière de Cadillac refermée sur les doigts. Petit problème pour Steiner : Cadillac défend bec et ongles son Finlandais Il existe cependant une nuance assez importante.
Cadillac ne partage publiquement absolument pas ce diagnostic.
Graeme Lowdon a récemment expliqué que comparer directement Bottas et Pérez pouvait être trompeur, car l’équipe leur demande régulièrement d’effectuer des programmes, réglages et travaux de développement différents.
Le patron de Cadillac est même catégorique :
« Je ne dirais pas que Valtteri est en difficulté. »
Lowdon rappelle surtout pourquoi Cadillac a précisément choisi deux pilotes totalisant plus de 500 départs en Grand Prix : la jeune équipe ne leur demande pas uniquement de conduire vite, mais également d’aider à construire son fonctionnement technique, ses méthodes et son organisation.
Autrement dit, Steiner regarde essentiellement le tableau des temps. Cadillac regarde aussi les réunions du vendredi soir. Cela rend le jugement nettement moins simple.
Bottas avait déjà envoyé les rumeurs dans le décor
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le siège du Finlandais est annoncé tremblant. Après un week-end particulièrement difficile au Canada, où Pérez l’avait largement dominé, des rumeurs avaient déjà évoqué son possible remplacement. Bottas avait alors sorti la délicatesse scandinave :
« Quelqu’un invente des conneries complètes. »
Et sa théorie concernant l’origine des rumeurs tenait en deux mots :
« Titres. Clics. »
Cadillac avait de son côté identifié plusieurs problèmes techniques expliquant en partie son déficit canadien, concernant notamment le groupe propulseur et l’assemblage de la voiture.
Bottas continue par ailleurs d’affirmer que l’écurie le soutient « à 100 % » et qu’il ne participe pas à une quelconque « silly season » concernant son avenir. Voilà qui contraste légèrement avec l’avis de Steiner.
Et évidemment, Colton Herta attend derrière la porte
Parce qu’une histoire de siège Cadillac serait beaucoup trop simple sans Colton Herta.
L’Américain a quitté l’IndyCar pour courir en Formule 2 cette saison et travaille également pour Cadillac comme pilote d’essais et au simulateur. Son nom revient donc régulièrement lorsqu’il est question d’un futur pilote américain dans la voiture américaine.
Les premières rumeurs allaient même jusqu’à imaginer Herta remplaçant Bottas pendant la saison.
Il y avait juste un minuscule problème administratif : Herta ne disposait pas encore des points nécessaires pour obtenir sa Super Licence.
Cadillac avait alors fermement rejeté l’hypothèse.Pour 2027, en revanche, la question sera forcément plus crédible si l’Américain remplit les conditions nécessaires.
Et si un volant devait effectivement être libéré, Steiner a déjà indiqué lequel il choisirait. Ce n’est pas celui portant le numéro 11.
Steiner frappe fort… peut-être un peu trop fort
La critique envers Bottas possède donc une part de vérité : Pérez a été globalement plus convaincant durant cette première moitié de saison.
Mais transformer cet avantage en preuve que Bottas aurait « lâché » est nettement plus discutable.
Cadillac dispute sa toute première saison. Elle utilise ses pilotes comme cobayes de développement, modifie encore profondément sa voiture et connaît suffisamment de problèmes de fiabilité pour que terminer un Grand Prix constitue parfois déjà une petite victoire. En Autriche, les deux monoplaces ont notamment abandonné presque immédiatement à cause de problèmes de freins. Pérez lui-même estimait récemment que Cadillac devait encore « faire un grand pas ou avoir de la chance » pour inscrire ses premiers points.
Dans ces conditions, déterminer avec certitude qu’un pilote a perdu sa motivation en regardant ses positions d’arrivée ressemble légèrement à diagnostiquer un moteur en observant uniquement la fumée qui sort du pot.
Mais reconnaissons une chose à Steiner : il sait parfaitement transformer une pause estivale sans Grand Prix en sujet de conversation.
Bottas était parti en vacances avec zéro point.
Il reviendra désormais avec zéro point et Günther Steiner installé virtuellement sur son siège passager pour lui expliquer qu’il ne pousse pas assez fort.
De quoi retrouver la motivation très rapidement. Ou acheter un casque antibruit.










