Cadillac rêvait d’une rentrée consacrée à Zandvoort, à Bottas, Pérez et aux progrès de sa première F1. Elle récupère finalement un scénario nettement plus américain : enquête fédérale autour de l’empire financier de Mark Walter, vente éclair des Lakers, discussions autour de Chelsea et rumeurs de cession de l’écurie. TWG vient donc de sortir l’extincteur : Cadillac F1 n’est pas à vendre, pas plus que le reste de TWG Motorsports. Très bien. Mais lorsque les milliards commencent à bouger aussi vite que les pilotes dans le paddock, difficile d’empêcher tout le monde de regarder la fumée.

Cadillac ferme la porte : « pas à vendre »
Commençons par ce qui est certain.
TWG Global, maison mère de TWG Motorsports, assure ne pas envisager la vente de Cadillac F1. Son message est particulièrement net : « TWG is not considering a sale of the Cadillac team or any other part of TWG Motorsport.»
Voilà qui devrait normalement suffire. Normalement.
Mais la Formule 1 possède une légère allergie au mot « normalement », surtout lorsque l’actionnaire concerné vient de commencer à réorganiser plusieurs milliards de dollars d’actifs.
Le plus important est cependant de rappeler un point souvent massacré sur les réseaux sociaux : Cadillac F1 elle-même n’est pas visée par l’enquête, et rien dans les informations publiées à ce jour ne l’implique dans les opérations examinées aux États-Unis. Aucune charge pénale n’a été annoncée contre Mark Walter dans ce dossier
Bref : la voiture n’a rien fait. Pour une fois qu’une Cadillac peut dire cela sans consulter la télémétrie.
Le problème est situé plusieurs étages au-dessus du garage
Cadillac représente General Motors en Formule 1, mais GM n’est pas seul aux commandes du projet. L’équipe est soutenue conjointement par TWG Motorsports et General Motors, et TWG Motorsports constitue la branche compétition de TWG Global. Son portefeuille comprend également Andretti Global, Wayne Taylor Racing et Spire Motorsports
C’est précisément là que Mark Walter entre dans le décor. Son empire financier fait actuellement l’objet d’un examen beaucoup moins agréable qu’un contrôle technique FIA.
Selon le Los Angeles Times, des procureurs fédéraux et des régulateurs boursiers examinent des prêts potentiellement liés à des sociétés affiliées à Walter et à TWG qui n’auraient pas été correctement déclarés comme transactions entre parties liées. Delaware Life, un assureur contrôlé dans cet ensemble, aurait révisé son exposition à ce type d’opérations d’environ 1 milliard à 16 milliards de dollars. À ce niveau, on n’est plus vraiment dans l’erreur d’arrondi.
Le FBI a même récupéré téléphone et ordinateur
Le dossier est suffisamment sérieux pour que Bloomberg ait révélé que des agents fédéraux avaient exécuté un mandat de perquisition en septembre 2025 à bord d’un avion privé où voyageait Walter. Le FBI a confirmé avoir saisi un téléphone et un ordinateur portable lors de cette opération à l’aéroport Midway de Chicago. Bloomberg souligne néanmoins un élément fondamental : une enquête de cette nature peut parfaitement se terminer sans qu’aucune accusation ne soit déposée. C’est donc le moment où l’ironie doit laisser un peu de place au droit.
Il existe une enquête. Il existe des investigations financières. Il existe des saisies. Mais enquête ne signifie pas condamnation. Et encore une fois : Cadillac F1 n’est pas accusée d’avoir fait disparaître 16 milliards sous le plancher plat.
Pendant ce temps, 6,5 milliards changent quand même de garage
Là où les choses deviennent particulièrement intéressantes pour le monde des affaires, c’est que TWG ne reste pas immobile en attendant la suite.
Bloomberg rapporte que TWG Global doit reprendre jusqu’à 6,5 milliards de dollars d’actifs affiliés détenus par Delaware Life, en échange d’actifs non affiliés d’une valeur équivalente. L’objectif est de réduire l’exposition de l’assureur aux entreprises liées à Walter après l’ouverture des investigations.
Reuters a également rapporté que Walter avait envisagé de mettre en garantie sa participation dans Guggenheim Partners afin de lever plusieurs milliards supplémentaires, tandis que TWG explorait diverses opérations de refinancement et de restructuration des prêts inscrits au bilan de ses assureurs.
Voilà pourquoi le communiqué « Cadillac n’est pas à vendre » attire autant l’attention. Pris isolément, il est limpide. Pris au milieu d’un gigantesque chantier financier où l’on déplace plusieurs milliards par semaine, il devient soudain une phrase que tout le paddock encadre au Stabilo.
Les Lakers ont surtout donné envie à tout le monde de regarder la liste des actifs
Le déclencheur du grand jeu de spéculation n’est d’ailleurs pas la F1. Ce sont les Los Angeles Lakers. Reuters rapporte qu’un accord prévoit la vente de la franchise NBA à Joshua Kushner et Bob Iger pour une valorisation record de 12,5 milliards de dollars. Walter avait pris une participation majoritaire dans les Lakers seulement l’année précédente, sur une valorisation d’environ 10 milliards. Quatorze mois. Une acquisition. Puis une revente à plusieurs milliards.
Forcément, lorsque le propriétaire d’un portefeuille sportif commence à vendre une pièce aussi prestigieuse et aussi récente, les voisins regardent leurs propres actes de propriété. Et Cadillac en possède un très voyant. Il est garé tous les quinze jours devant plusieurs centaines de millions de téléspectateurs.
Chelsea ajoute encore quelques bûches
Comme si les Lakers ne suffisaient pas, le Financial Times a ensuite rapporté que Mark Walter et Todd Boehly étaient en discussions concernant une vente de leurs participations dans Chelsea à Clearlake Capital, actionnaire majoritaire du club anglais. Il faut là encore éviter de fabriquer des causalités qui ne sont pas établies : vendre un actif ne signifie pas automatiquement qu’il est vendu « à cause » d’une enquête.
Mais l’enchaînement nourrit logiquement les interrogations : Lakers : vente. Chelsea : discussions. Restructurations financières : en cours. Cadillac : « non, nous ne vendons pas ». Le communiqué n’arrive donc pas exactement dans le désert médiatique. Il arrive au milieu d’un vide-grenier que tout le monde essaie encore de comprendre.
Et Cadillac avait déjà offert un premier épisode avec Graeme Lowdon
Ajoutons maintenant le petit parfum F1 nécessaire à la série. Le 12 août, Cadillac a limogé son team principal fondateur Graeme Lowdon après seulement onze Grands Prix et l’a remplacé par Marcin Budkowski. Le changement avait été préparé en coulisses depuis plusieurs mois, selon Dan Towriss, et ne doit donc pas être relié artificiellement à l’enquête autour de Walter. Towriss avait toutefois admis une chose assez spectaculaire : Lowdon n’avait appris son éviction que le matin même. Pas exactement le long déjeuner d’adieu avec petit montage vidéo et remise d’une montre.
Cadillac a expliqué vouloir passer de sa phase de construction à une phase davantage tournée vers la performance, Budkowski apportant son expérience acquise chez Ferrari, McLaren, la FIA et Renault/Alpine.
Résultat : avant même la reprise, Cadillac a déjà : un nouveau patron, une enquête financière qui fait du bruit autour de son actionnaire, des rumeurs de vente, et un démenti officiel.
Netflix peut reprendre tranquillement le travail.
Budkowski, lui, affirme que tout cela ne touche pas son projet
Le nouveau patron a d’ailleurs été interrogé directement sur la situation.
Selon The Race, Budkowski a expliqué qu’il n’avait eu aucune discussion suggérant que l’enquête puisse avoir une influence sur Cadillac F1 et cite au contraire la nouvelle usine, son recrutement et d’autres embauches à venir comme signes de l’investissement poursuivi dans le projet. C’est évidemment la réponse que Cadillac voulait entendre.
Mais elle est aussi cohérente avec les faits visibles. La structure continue de recruter. Le projet industriel demeure actif. Le développement de ses infrastructures se poursuit. Et TWG ne se contente pas de démentir la vente de Cadillac : l’entreprise dit n’envisager la vente d’aucun élément de TWG Motorsport. Pour l’instant, il n’y a donc aucune preuve qu’un panneau « À vendre » soit rangé derrière la réception de Silverstone.
Côté piste, on aurait presque oublié que Cadillac doit aussi marquer des points
Le plus ironique dans cette affaire est que Cadillac avait déjà largement de quoi occuper ses réunions sans avoir besoin d’un drame financier. Après onze manches de sa première saison, l’équipe est encore la seule sans point. Elle a souffert de problèmes de fiabilité, même si Reuters souligne qu’elle s’est montrée plus compétitive qu’Aston Martin sur plusieurs week-ends
Sergio Pérez et Valtteri Bottas avaient pourtant été recrutés précisément pour éviter une première année entièrement consacrée à apprendre où se trouve la machine à café. Le bilan reste donc maigre. Et Budkowski arrive avec une mission assez simple à résumer : faire progresser une équipe neuve, structurer son développement, préparer l’avenir, et accessoirement répondre à des questions concernant plusieurs milliards de dollars qu’il n’a jamais demandé à gérer.
Bienvenue chez Cadillac.
Le paradoxe : cette écurie peut valoir encore davantage demain
Il existe aussi une raison très terre-à-terre pour laquelle TWG pourrait réellement ne pas vouloir vendre aujourd’hui. Une franchise F1 est devenue un actif extraordinairement rare. Cadillac vient seulement d’obtenir son entrée comme onzième équipe, après un processus d’approbation sportif, technique et commercial mené avec la FIA et Formula One Management. General Motors apporte en parallèle la marque Cadillac et son propre futur programme de groupe propulseur. Autrement dit, l’actif est encore dans sa phase de construction de valeur.
Vendre maintenant reviendrait potentiellement à quitter le restaurant juste après avoir payé le menu et avant l’arrivée du plat principal. Même pour quelqu’un cherchant des liquidités, cela mérite réflexion.
GM constitue aussi une sacrée différence avec les autres actifs sportifs de Walter
Cadillac F1 n’est pas simplement une franchise sportive possédée seule par un milliardaire. Le projet est adossé à General Motors, l’un des plus grands groupes automobiles mondiaux, qui développe également son futur groupe propulseur afin que Cadillac devienne à terme un véritable constructeur complet en F1. Cela complique considérablement toute hypothèse de vente improvisée. On ne transmet pas une équipe liée au nom Cadillac comme on revend une collection de montres. Il existe des contrats. Une propriété intellectuelle. Un programme moteur. Des accords avec la F1. Des infrastructures américaines et britanniques. Et surtout un partenaire industriel qui aurait évidemment son mot à dire sur l’identité d’un éventuel repreneur.
La théorie « Walter a vendu les Lakers donc Cadillac sera vendue vendredi » appartient donc pour le moment à la rubrique : sympathique raccourci pour réseaux sociaux. Pourtant, le feuilleton ne va probablement pas mourir avec un communiqué. Et c’est là que commence réellement le nouveau feuilleton de la rentrée.
Le démenti est ferme. Mais les investigations continuent. TWG poursuit la restructuration de plusieurs milliards d’actifs. Les discussions autour d’autres propriétés sportives alimentent toujours la presse financière. Et tant que la situation générale de Walter ne sera pas clarifiée, chaque nouveau mouvement financier sera immédiatement observé depuis le paddock.
Cadillac aurait probablement préféré une reprise beaucoup plus traditionnelle. Une nouvelle suspension. Un fond plat. Bottas qui trouve trois dixièmes. Pérez qui marque enfin un point. À la place, l’équipe va probablement devoir répondre pendant plusieurs semaines à cette question :
« Vous êtes vraiment sûrs que vous n’êtes pas à vendre ? ». Cadillac dit non. Et jusqu’à preuve du contraire, c’est donc non C’est finalement la seule conclusion rigoureuse aujourd’hui.
Cadillac F1 n’est pas annoncée à la vente. TWG le dément explicitement. Aucune accusation n’a été formulée contre l’équipe. Aucune charge n’a été annoncée contre Mark Walter dans l’enquête actuelle. Et Budkowski affirme ne voir aucun impact sur le programme F1.
Mais la F1 adore deux choses :
les milliards, et les propriétaires qui jurent qu’ils ne vendent pas. Alors évidemment, tout le monde va continuer à regarder.
Cadillac voulait probablement faire parler de son retour en piste. Mission accomplie. Simplement pas exactement de la façon prévue.
La rentrée n’a même pas encore réellement commencé que Cadillac possède déjà son premier grand feuilleton.
Et pour une équipe américaine, il fallait bien finir par produire une série.
Cadillac F1 got dragged into a very different story this week: Mark Walter's $12.5bn sale of the LA Lakers. I went and pulled the Companies House filing myself. Mark Walter personally controls Cadillac's UK entity, not GM, which isn't how this usually gets told. Then the…
— Coffee Corner Motorsport (@Widsey3) August 19, 2026









