F1
Publié le 11 août 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Jos Verstappen défend l’école Max : pas forcé… mais jamais vraiment laissé souffler

Jos Verstappen défend l’éducation de Max et assure ne jamais l’avoir forcé. Retour sur une méthode aussi efficace que controversée.

Jos Verstappen revendique aujourd’hui une histoire guidée avant tout par la passion de son fils. Une version tendre d’une aventure qui a produit quatre titres mondiaux, mais dont les méthodes éducatives furent parfois tout sauf douces. Entre admiration, sacrifices et séances de karting dignes d’un camp d’entraînement, la fabrique de Max Verstappen reste un sujet aussi fascinant que controversé.

 

Verstappen… de père en fils

Il fallait probablement s’y attendre : avec le temps, les souvenirs prennent une couleur un peu plus douce.

Jos Verstappen regarde aujourd’hui le parcours de son fils avec une immense fierté. Dans un entretien publié par AUTOhebdo, l’ancien pilote de Formule 1 se dit fier de tout ce que Max a accompli, mais également de « l’homme qu’il est devenu ». Père, entraîneur, mécanicien, chauffeur et parfois sergent instructeur, Jos a accompagné quasiment chaque étape de la construction du champion que l’on connaît aujourd’hui.  Et lorsqu’on lui rappelle sa réputation de père particulièrement exigeant, il préfère remettre une notion au centre du récit : la passion venait d’abord de Max.

« Je ne crois pas l’avoir forcé ; c’était surtout une question de passion. »

Une phrase qui mérite quelques tours de piste supplémentaires.

Avant le père autoritaire, il y avait surtout un gamin qui voulait absolument son kart

Sur ce point, les souvenirs des Verstappen concordent plutôt bien. Max était encore tout petit lorsqu’il a commencé à réclamer un kart. Jos aurait d’abord résisté à l’idée, avant de céder face à l’insistance de son fils. À quatre ans et demi environ, Max effectuait ses premiers tours à Genk. Après quelques passages, il roulait déjà suffisamment vite pour que les vibrations mettent régulièrement à mal le carburateur du petit kart.

Dans le récit récemment repris autour de Jos, l’épisode devient même presque cinématographique : alors que son père se trouvait au Grand Prix du Canada, Max l’aurait appelé pour lui expliquer qu’il voyait des enfants plus jeunes que lui rouler et qu’il voulait, lui aussi, son propre kart. Autrement dit, avant que Jos ne pousse Max, Max avait déjà commencé par pousser Jos.

Voilà au moins qui complique sérieusement le scénario du père ayant décidé un beau matin de fabriquer artificiellement un champion du monde.

Puis Jos a accepté… et le loisir familial est rapidement devenu une PME

Le problème, c’est qu’une fois le kart acheté, la famille Verstappen n’a pas exactement pratiqué le sport automobile en dilettante.

Jos préparait lui-même les moteurs et les châssis pendant que Max était à l’école. Père et fils pouvaient ensuite tester deux ou trois fois par semaine et parcouraient jusqu’à 100 000 kilomètres par an à travers l’Europe dans leur camionnette pour rejoindre circuits et compétitions.

À sept ans, Max gagnait déjà. À neuf ans, il accumulait les titres en Belgique et aux Pays-Bas. À 16 ans, il s’imposait aux plus hauts niveaux du karting international avant de passer directement en Formule 3, puis de débouler en F1 à seulement 17 ans.  Ce n’était donc plus vraiment le petit loisir du dimanche après-midi. C’était plutôt : école, moteur, kart, camionnette, circuit, recommencer.

Avec Jos comme professeur principal, directeur technique et conseil de discipline.

Je ne l’ai pas forcé… mais la méthode restait musclée

C’est précisément là que le discours actuel de Jos mérite d’être nuancé. Il n’est pas contradictoire de dire que Max voulait courir et de reconnaître que l’apprentissage imposé par son père pouvait être extrêmement dur.

Plusieurs anecdotes racontées directement par les deux hommes l’illustrent. Lors d’essais hivernaux en karting, Jos envoyait par exemple son fils rouler malgré un froid tel que Max expliquait avoir du mal à tenir son volant. Le père reconnaissait vouloir poursuivre les tests quoi qu’il arrive.

À d’autres moments, Jos modifiait volontairement certains réglages sans prévenir son fils pour l’obliger à ressentir les différences. Il lui imposait même parfois des endroits où il n’avait pas le droit de dépasser, simplement afin qu’il apprenne à inventer d’autres solutions.

Une pédagogie intéressante techniquement. Pour le livret scolaire, la rubrique « environnement bienveillant » devait être légèrement plus compliquée à remplir.

L’épisode de la station-service reste difficile à ranger dans la rubrique câlins

L’histoire la plus célèbre demeure celle de 2012.

Après une erreur de Max lors d’une importante course de karting, Jos, furieux, refusa de discuter avec lui pendant le trajet du retour. Il lui demanda ensuite de sortir de la camionnette lors d’un arrêt dans une station-service avant de repartir. La mère de Max circulait quelques minutes derrière et Jos a précisé qu’il n’avait jamais eu l’intention de réellement abandonner son fils. Il revint également le chercher.  Le silence entre les deux se prolongea toutefois plusieurs jours.

Jos estime que cet épisode a aidé Max à réfléchir davantage avant d’agir. La saison suivante, son fils domina largement le karting européen et mondial. Max lui-même a régulièrement défendu cette éducation et considère que son père l’a préparé à devenir le pilote qu’il est.

Le résultat sportif est difficilement contestable. La méthode, elle, peut parfaitement l’être. Et c’est justement ce qui rend l’histoire Verstappen plus intéressante qu’une simple légende familiale parfaitement polie.

Le projet de Jos était clair : fabriquer un pilote meilleur que lui

Derrière cette dureté existait aussi une obsession presque technique. Jos avait connu la Formule 1 entre 1994 et 2003 sans obtenir la carrière qu’il espérait. Avec Max, il voulait transmettre tout ce qu’il avait appris et supprimer les erreurs qu’il estimait avoir lui-même commises.

L’objectif était très explicitement que son fils devienne meilleur pilote que lui. Mission accomplie avec une certaine marge.

Max est devenu quadruple champion du monde, et son ascension a été tellement fulgurante qu’il est passé du karting à la F1 après seulement une saison complète en monoplace. Aujourd’hui encore, il attribue une partie essentielle de son approche de la course aux enseignements de son père.

En 2026, il expliquait notamment que Jos lui avait appris à ne pas compliquer inutilement les situations et à conserver une approche simple lorsqu’il pilote. C’était donc peut-être sévère. Mais certainement pas improvisé.

Max devenu père regarde désormais l’histoire autrement

Le détail apporte aujourd’hui une dimension supplémentaire : Max Verstappen est lui-même devenu père.

Depuis la naissance de sa fille Lily, il reconnaît mieux comprendre certaines émotions de Jos. Il expliquait récemment que regarder les choses du point de vue d’un parent pouvait être encore plus stressant que de les vivre comme pilote.  Il continue d’ailleurs à échanger régulièrement avec son père, et pas seulement sur la Formule 1 : les deux parlent également des rallyes disputés par Jos et des activités de Max en GT.

Surtout, Max considère aujourd’hui leur aventure commune comme une histoire qu’ils pourront conserver toute leur vie. Il reconnaît les sacrifices considérables consentis par les deux hommes pour atteindre leur objectif.  La relation ne ressemble donc pas à celle d’un pilote cherchant à solder les comptes avec son enfance. Bien au contraire.

Le résultat ne blanchit pas forcément la méthode

C’est probablement là qu’il faut éviter les deux caricatures.

Faire de Jos Verstappen un père ayant imposé à son fils une carrière dont celui-ci ne voulait pas ne correspond pas aux témoignages disponibles : Max voulait manifestement courir et sa passion était réelle dès l’enfance. Mais transformer rétrospectivement leur histoire en paisible aventure familiale serait tout aussi confortable.

Jos a soumis son fils à une discipline extraordinaire, parfois brutale, avec une seule obsession : gagner. Certaines méthodes seraient aujourd’hui regardées avec beaucoup plus de méfiance dans n’importe quelle filière de formation sportive.

Max les accepte, les défend même souvent, et estime qu’elles ont contribué à construire sa force mentale. Et puisqu’il est devenu l’un des pilotes les plus accomplis de sa génération, Jos dispose évidemment d’un argument particulièrement efficace lorsqu’on lui demande si sa méthode a fonctionné.

Quatre titres mondiaux.

Pour savoir si tout était nécessaire pour les obtenir, en revanche, même la télémétrie ne donnera jamais la réponse.