Le plan de Marc Marquez pour la seconde moitié de saison paraît désormais assez clair : gagner sur les circuits qui lui conviennent, puis limiter les dégâts lorsque les caractéristiques de la piste ou sa condition physique le placent davantage en difficulté. Silverstone en a offert une parfaite illustration. L’Espagnol savait qu’il ne partait pas favori, et son week-end s’est effectivement résumé à une neuvième place en Sprint puis une septième place en Grand Prix. Ce résultat serait presque anodin si Ducati dominait encore largement le championnat. Mais ce n’est plus le cas.
La situation a profondément changé en 2026. Les trois premiers du classement sont désormais tous des pilotes Aprilia, et Marc Marquez ne possède plus la marge confortable qui lui permettait l’an dernier de gérer ses adversaires internes. Pire encore pour Ducati, Fabio Di Giannantonio n’est plus qu’à un point de lui, tandis qu’Alex Marquez a montré à plusieurs reprises qu’il pouvait exploiter la GP26 à un très haut niveau.
Cela pose une question que Borgo Panigale pouvait encore éviter en 2024 : faut-il commencer à privilégier clairement Marc Marquez dans la lutte pour le titre ?
En apparence, l’idée peut sembler brutale. Ducati dispose de plusieurs pilotes capables de jouer les premiers rôles, et demander à l’un d’eux de s’effacer serait difficilement acceptable tant qu’il conserve lui-même une chance mathématique. Mais la configuration actuelle complique le problème : Di Giannantonio et Alex Marquez quitteront tous deux l’environnement Ducati pour KTM en 2027, alors que Marc Marquez reste engagé dans le projet officiel. L’argument en faveur du n°93 devient donc de plus en plus solide.
Bagnaia, lui aussi sur le départ puisqu’il rejoindra Aprilia, accuse désormais un retard significatif après un nouveau week-end compliqué à Silverstone. Il pourrait rapidement devenir le premier pilote auquel Ducati demanderait de jouer un rôle de soutien si la lutte pour le titre devait se resserrer davantage.

Ce titre va aussi se jouer dans le garage Ducati
Mais le vrai problème se situe ailleurs : les équipes satellites. En 2024, Ducati avait laissé Jorge Martin et Pramac se battre librement contre Bagnaia. Le constructeur savait alors qu’un pilote Desmosedici serait quasiment assuré de devenir champion. La marque pouvait donc se permettre une neutralité totale. En 2026, cette garantie n’existe plus.
Aprilia possède plusieurs candidats au titre, et Jorge Martin, Marco Bezzecchi ou Ai Ogura sont capables de profiter de chaque point perdu par Marquez. Dans ce contexte, voir Di Giannantonio ou Alex Marquez terminer devant le pilote officiel Ducati peut devenir beaucoup plus problématique qu’auparavant.
Ducati dispose théoriquement de plusieurs leviers sans avoir à imposer des consignes de course explicites. La marque pourrait par exemple réserver certaines évolutions techniques à l’équipe officielle, retarder la mise à disposition de certaines pièces ou concentrer davantage le partage de données et les ressources de développement autour de Marquez.
Ce genre de décision serait toutefois extrêmement sensible. Gresini et VR46 attendent de Ducati un traitement technique suffisamment équitable pour rester compétitifs. Les pénaliser volontairement au profit de l’équipe officielle pourrait détériorer durablement les relations avec deux partenaires qui jouent un rôle essentiel dans la présence de la marque sur la grille. Et surtout, rien ne garantit qu’une telle stratégie soit réellement nécessaire.
À ce stade, Ducati aurait probablement tort de passer immédiatement à une logique de consignes ou de restrictions techniques. Marc Marquez reste le meilleur atout de la marque pour le titre, mais Di Giannantonio et Alex Marquez peuvent également jouer un rôle utile en prenant des points aux Aprilia.
C’est là tout le paradoxe. Si Diggia termine devant Martin ou Bezzecchi, il aide indirectement Marquez. S’il termine devant Marquez, il lui coûte des points. Tout dépend donc du contexte de chaque course.
La stratégie la plus intelligente serait sans doute progressive. Tant que plusieurs Ducati restent mathématiquement dans le jeu, laisser les pilotes courir tout en donnant la priorité du développement à Marquez paraît défendable. Si, dans quelques manches, le championnat se transforme réellement en duel entre Marquez et un ou deux pilotes Aprilia, la logique changera complètement.
À ce moment-là, Ducati pourrait être tentée de faire exactement ce qu’elle n’avait pas besoin de faire en 2024 : choisir son homme. Et dans ce scénario, le choix paraît évident. Marc Marquez est le seul pilote Ducati qui combine encore vitesse, expérience du titre et engagement à long terme avec l’usine. Si Borgo Panigale estime que le championnat MotoGP lui échappe, les intérêts individuels de ses autres pilotes pourraient rapidement passer au second plan.










