Pourquoi Ducati a-t-elle été battue aussi nettement en Autriche ? Dans le garage, deux lectures commencent à apparaître. Selon Manuel Pecino, l’ingénieur Giovanni Tealdi lui aurait expliqué que la réponse était finalement assez simple : Aprilia possède désormais une moto supérieure. Marc Marquez et Francesco Bagnaia refusent, eux, de chercher une excuse dans les pneus et ramènent le problème à une réalité beaucoup plus immédiate : les autres étaient simplement plus rapides. Deux discours qui ne sont pas nécessairement contradictoires, mais qui montrent que pilotes et ingénieurs n’observent pas la crise Ducati exactement du même endroit.
Il y a encore une semaine, Marc Marquez remportait tout à Misano. Sept jours plus tard, la première Ducati termine cinquième au Red Bull Ring. Pedro Acosta gagne avec KTM. Jorge Martin, Marco Bezzecchi et Ai Ogura placent trois Aprilia devant Marquez. Bagnaia, Aldeguer et Di Giannantonio suivent aux septième, huitième et neuvième places. Pour Ducati, longtemps souveraine au Red Bull Ring, plus dure est la chute. Mais l’explication l’est presque davantage.
Chez Ducati, Tealdi aurait déjà identifié le problème
Manuel Pecino raconte avoir appelé Giovanni Tealdi, ingénieur piste et responsable des opérations Ducati, après la course. Selon le journaliste, la réponse de l’ingénieur aurait été particulièrement directe. « Le problème est tout simplement que les Aprilia sont supérieures aux Ducati et les ont dépassées. »
Pecino lui-même explique ne pas être convaincu. Pourquoi une supériorité aussi nette en Autriche alors que Marquez venait de battre Aprilia à Misano ? La réponse attribuée à Tealdi reste la même : les circonstances étaient différentes, mais Aprilia disposerait désormais du meilleur potentiel.
Cette analyse rejoint d’ailleurs partiellement celle de Davide Tardozzi, qui reconnaissait dimanche qu’Aprilia était devenue capable de placer plusieurs motos aux avant-postes, exactement comme Ducati le faisait autrefois.
Marquez : « Les autres étaient plus rapides que nous »
Du côté des pilotes, le discours est beaucoup plus terre à terre. Une nouvelle carcasse Michelin était utilisée en Autriche et pouvait fournir une explication commode. Marc Marquez la refuse. « Peu importe le type de pneu. Il faut être rapide, et les autres, ce week-end, étaient plus rapides que nous. Nous devons en tirer des leçons. »
Bagnaia fait exactement la même chose. « Ces pneus ont bien fonctionné. » Et concernant Aprilia, Pecco souligne que la carcasse n’était pas une nouveauté susceptible d’expliquer soudainement le rapport de forces. Autrement dit : ni l’un ni l’autre ne veut transformer Michelin en alibi.

Deux diagnostics différents… ou deux niveaux du même diagnostic ?
Tealdi, si les propos rapportés par Pecino sont fidèles, raisonne comme un ingénieur : quelle moto possède actuellement le potentiel technique le plus élevé ? Marquez et Bagnaia raisonnent comme des pilotes : avions-nous suffisamment de vitesse pour battre les autres dimanche ?
La réponse est non dans les deux cas. Les discours ne sont donc pas nécessairement incompatibles. Mais ils révèlent une différence importante.
Pour l’ingénieur, la contre-performance autrichienne pourrait être la manifestation d’un changement plus profond de hiérarchie technique.
Pour les pilotes, il reste dangereux de chercher une explication extérieure à la GP26 : il faut comprendre pourquoi elle n’a tout simplement pas été suffisamment rapide.
Le problème de freins de Marc ne suffit pas non plus
Marquez possède pourtant une circonstance atténuante supplémentaire. Il a souffert d’un problème de freins suffisamment sérieux pour envisager un moment l’abandon. Mais même celui-ci n’explique pas tout. Marc termine à environ sept secondes d’Acosta et aucune autre Ducati ne vient compenser sa contre-performance.
C’est précisément ce caractère collectif qui rend Spielberg préoccupant. Si seul Marquez avait souffert, son problème technique aurait constitué une explication convaincante. Mais les quatre premières places appartiennent à KTM et Aprilia. La première Ducati est cinquième.
Et si l’usine Ducati voyait déjà ce que les pilotes ressentent seulement ?
Il faut évidemment se garder d’une conclusion définitive après un seul circuit. Misano vient précisément de démontrer combien le rapport de forces peut changer en sept jours. Mais Ducati ne parle plus seulement d’un mauvais dimanche.
Tardozzi a reconnu une « tendance » qu’il faut enrayer et annoncé que Gigi Dall’Igna cherchera des solutions ou de nouveaux réglages. Tealdi aurait franchi une étape supplémentaire en estimant qu’Aprilia a désormais dépassé Ducati.
Marquez et Bagnaia, eux, ne cherchent pas à déterminer publiquement quelle moto est théoriquement la meilleure. Ils constatent simplement le chronomètre. Et parfois, c’est encore plus brutal.
Ducati n’a peut-être donc pas deux diagnostics contradictoires, mais deux étages d’une même alerte. Les ingénieurs commencent à se demander si la GP26 possède encore la meilleure base du plateau. Les pilotes constatent qu’en Autriche, elle ne leur a pas permis d’être les plus rapides. Entre les deux se trouve désormais la question essentielle pour Gigi Dall’Igna : Spielberg était-il une anomalie de circuit, ou le moment où Ducati a découvert qu’Aprilia avait réellement pris l’avantage technique ?









