Pendant des mois, le Madring a surtout vécu dans les rendus 3D, les plans, les communiqués et les promesses. Très joli. Très moderne. Très madrilène. Mais un circuit de Formule 1 commence généralement à devenir intéressant lorsqu’on y met des voitures. Et cette semaine, Madrid a enfin cessé de montrer ce que son Grand Prix devait devenir pour dévoiler ce qu’il est réellement.

Cette fois, le Madring existe vraiment.
Les images aériennes publiées par la Policía Nacional, prises lors des essais de Formule 3 par son unité aérienne, offrent probablement le regard le plus spectaculaire jusqu’ici sur le nouveau tracé. Rubans d’asphalte, murs, dégagements, tribunes, bâtiments d’IFEMA : vu du ciel, le projet a soudain quitté la brochure commerciale.
La piste est là. Les monoplaces roulent. Et dans un peu plus de deux semaines, la Formule 1 arrive.
À partir de maintenant, difficile de demander un délai supplémentaire au service graphique. Trente F3 pour vérifier que le jouet fonctionne vraiment. Les 24 et 25 août, les 30 pilotes de FIA Formula 3 ont pris possession du Madring pour deux journées d’essais officiels. Ce n’était pas uniquement une séance destinée aux équipes. Le test servait aussi de répétition générale : procédures de direction de course, communications, drapeaux, interventions des commissaires, récupération des voitures et coordination des secours ont été testés dans des conditions réelles. Près de 300 personnes dédiées à la sécurité, l’assistance et l’organisation étaient mobilisées lors de la première journée.
Autrement dit, Madrid n’a pas simplement envoyé quelques F3 faire trois tours pour la photo souvenir. Il fallait vérifier que derrière les belles tribunes et le fameux banking, la machine savait réellement organiser une course. Et à quelques jours de l’arrivée du plus gros championnat automobile du monde, c’est légèrement préférable.
Et surprise : les pilotes semblent vraiment aimer le tracé
La meilleure nouvelle pour Madrid n’est peut-être même pas que tout soit encore debout après deux jours. C’est ce qu’en disent les pilotes. Freddie Slater, junior Audi et leader du championnat F3, s’est montré particulièrement enthousiaste. Il décrit le Madring comme « incroyable à piloter », avec un caractère presque old-school malgré son implantation urbaine, allant jusqu’à le placer parmi les meilleurs circuits sur lesquels il a roulé. L’Anglais apprécie notamment l’enchaînement des virages 5 et 6 et compare le caractère du tracé à celui que peuvent offrir Monaco ou Macao. Voilà une appréciation intéressante.
Parce que depuis l’annonce du projet, l’une des critiques les plus faciles consistait à imaginer un énième circuit urbain dessiné entre deux parkings, quelques grillages et une zone VIP. Si les pilotes commencent à parler de caractère dès les premiers tours, le Madring marque déjà un point.
Et celui-là, aucun cabinet de communication ne peut vraiment le dessiner sur AutoCAD.
5,4 kilomètres et surtout une énorme « Monumental »
Le Madring mesure 5,4 kilomètres et compte 22 virages. Une partie traverse les installations d’IFEMA, tandis qu’une autre emprunte des voies habituellement ouvertes à la circulation : le Madring est donc bien un circuit hybride, ni véritable autodrome permanent, ni pur tracé urbain. Sa carte de visite est évidemment le virage 12.
La Monumental.
Près de 550 mètres. Un banking pouvant atteindre 24 %. Selon la municipalité madrilène, il s’agira de la plus longue courbe inclinée du calendrier F1. Les simulations évoquent également des pointes proches de 300 km/h sur l’ensemble du tracé. Il fallait bien un morceau spectaculaire. Parce qu’appeler un virage « La Monumental » avant que quelqu’un ne l’ait réellement pris à fond aurait été légèrement présomptueux.
Les F3 viennent donc de commencer l’audit. Les F1 termineront le travail.
Carlos Sainz avait ouvert la porte, Ferrari avait déjà posé les pneus
Ces deux journées de F3 ne constituent cependant pas les tout premiers tours du Madring. Carlos Sainz avait été le premier pilote à parcourir les 5,4 km complets en mai, au volant d’une voiture de route, dans son rôle d’ambassadeur du Grand Prix. Il avait alors souligné les gros freinages, les portions rapides et la variété du circuit. Puis Ferrari est venue effectuer une journée de tournage en juillet, devenant la première monoplace de F1 à établir des temps sur le tracé.
Mais la F3 apporte autre chose. Trente voitures. Du trafic. Des équipes différentes. Des pilotes qui attaquent réellement. Et des procédures de course complètes. C’est nettement plus instructif qu’un tour protocolaire avec une caméra embarquée et trois drones au coucher du soleil.
Les images aériennes changent aussi la perception du projet
C’est précisément ce qui rend les vidéos diffusées aujourd’hui intéressantes. Du ciel, on comprend beaucoup mieux l’échelle du Madring et sa relation avec Madrid. Le circuit serpente autour d’IFEMA, se faufile entre les infrastructures existantes, longe des zones urbaines puis retrouve des portions beaucoup plus ouvertes. La F1 n’arrive donc pas dans un autodrome perdu à 60 kilomètres de la ville. Elle s’installe réellement dedans. C’est aussi son principal argument commercial.
Le circuit se trouve à quelques minutes de l’aéroport de Madrid-Barajas et doit être desservi directement par métro, train et bus. Les organisateurs font de cette accessibilité l’un des piliers du projet Sur le papier, c’est formidable. Le dimanche soir, lorsque des dizaines de milliers de personnes tenteront de repartir simultanément, nous saurons si le papier avait raison.
Parce que tout n’est pas aussi rose que les vidéos officielles
L’enthousiasme devant les images ne doit pas non plus effacer les questions qui accompagnent le projet depuis ses débuts. Le circuit passe extrêmement près de plusieurs zones résidentielles. Des habitants de Valdebebas et des quartiers voisins contestent depuis longtemps l’installation de la F1, principalement en raison du bruit, du trafic et de l’impact environnemental. Des études commandées autour du projet ont notamment analysé les vibrations, la qualité de l’air, les températures et les nuisances sonores. Certains logements se trouvent à seulement une quarantaine de mètres de certaines zones concernées par le tracé. Des riverains ont même créé une plateforme d’opposition et annoncé leur intention de documenter les nuisances lors du week-end du Grand Prix. Vu d’hélicoptère, tout est très joli. Vu depuis le balcon d’un appartement avec vingt F1 au rupteur quelques dizaines de mètres plus loin, l’expérience sera probablement légèrement différente.
Le Madring doit également justifier les millions
L’autre question incontournable concerne évidemment l’argent. La construction avait été attribuée à la coentreprise Acciona-Eiffage pour 83,2 millions d’euros, sur une enveloppe initiale d’appel d’offres de 111 millions. Le contrat couvre notamment les infrastructures permanentes et temporaires ainsi que la remise en état de certaines voies publiques après l’événement En face, les promoteurs sortent de gros chiffres.
Une étude PwC publiée début août estime l’impact économique de l’édition 2026 à 467 millions d’euros, avec environ 8 850 emplois et près de 83 millions d’euros de recettes fiscales et sociales Cela fait beaucoup de zéros. Le véritable bilan, évidemment, se fera après le week-end.
Parce qu’entre impact économique annoncé, bénéfices réellement récupérés et coût global d’un événement de cette taille, la Formule 1 sait parfois réaliser des chronos encore plus difficiles à comprendre qu’un undercut Ferrari.
Le circuit est terminé, mais le chantier ne l’est pas totalement
Le promoteur annonçait le 18 août que le tracé lui-même était entièrement terminé. Les derniers travaux portent désormais sur les tribunes, les fan zones, les espaces hospitality, les passerelles et les accès Les images de F3 confirment d’ailleurs cette drôle de période intermédiaire. Le bitume ressemble déjà à un circuit international. Autour, certaines zones rappellent encore qu’il y avait récemment des engins de chantier partout. C’est normal à ce stade. Mais le calendrier, lui, n’attend personne.
La F1 sera à Monza du 4 au 6 septembre, puis enchaînera immédiatement avec Madrid du 11 au 13 septembre, quatorzième manche de la saison. Et cette fois, on ne pourra plus déplacer une barrière après avoir découvert que la caméra de télévision la trouve moche.
Madrid retrouve la F1 après 45 ans
La dimension historique n’est pas anodine non plus. Madrid n’avait plus accueilli un Grand Prix de Formule 1 depuis 1981, à Jarama Quarante-cinq ans plus tard, le retour ne se fera donc pas sur l’ancien autodrome, mais dans un projet quasiment opposé : urbain, hybride, massif, pensé autant pour le spectacle que pour la compétition. C’est probablement aussi ce qui crispe les puristes. Le Madring incarne parfaitement la F1 contemporaine. Un circuit, évidemment. Mais également : hospitality, fan zones, connexion directe avec une métropole, événementiel, tourisme, communication XXL.
À tel point qu’on finirait presque par oublier le détail principal : il faut aussi que les voitures puissent s’y battre. Et là, les premiers signaux sont plutôt encourageants. C’est justement pourquoi les essais F3 comptent. Les infrastructures peuvent être magnifiques. Les retombées économiques peuvent remplir trente pages. La vue aérienne peut récolter des millions de vues. Si le tracé produit une procession, les pilotes et les fans rendront leur verdict en environ huit minutes. Pour l’instant, la réaction de Freddie Slater est donc probablement plus précieuse que dix communiqués. Un circuit qu’un jeune pilote qualifie déjà de l’un des plus plaisants à attaquer possède au moins une base intéressante. Reste maintenant à savoir comment les énormes F1 2026 s’y comporteront. Où elles pourront dépasser. Comment elles passeront La Monumental en bataille. Et surtout si tout ce joli caractère survit lorsqu’on remplace une F3 par une monoplace de près de 1 000 chevaux.
Le Madring a gagné sa première bataille : il est prêt à être jugé
C’est finalement la grande différence avec les mois précédents. Jusqu’ici, Madrid devait convaincre que son circuit serait terminé. Aujourd’hui, il doit convaincre qu’il est bon. Les images aériennes sont impressionnantes. Les F3 roulent. Les procédures sont testées. Les premiers pilotes sourient. Et les derniers boulons sont en train d’être serrés. Le Madring sort donc enfin du PowerPoint. Très bien. Maintenant arrive la partie beaucoup plus cruelle.
Le chronomètre.
Et lui, contrairement au service communication, ne met jamais de filtre sur les images.
Desde las alturas también se vive la emoción del motor 🏎️💨
🚁Así se ve el nuevo circuito de @madring_oficial🏁 con las pruebas de @Formula3 desde nuestra Unidad Aérea de la @policia
Velocidad y precisión con la #seguridad como protagonista👮♂️ pic.twitter.com/CmIez0e69j
— Policía Nacional (@policia) August 25, 2026
🇪🇸 Así luce el circuito de Madrid de Fórmula 1 a vista de pájaro con @madring_oficial desde @IFEMA.
🏁 Vuelve la #F1 a la @ComunidadMadrid, del 11 al 13 de septiembre. #MadridEsDeporte con #MADRING pic.twitter.com/T0Afg1tKLN
— Deporte▪️Comunidad de Madrid (@deportecmadrid) August 24, 2026









