Il fut un temps où évoquer la Formule E dans un paddock de Formule 1 provoquait au mieux un sourire poli, au pire quelques plaisanteries sur les batteries et les aspirateurs. En 2026, le gag commence pourtant à changer de camp. Jeff Dodds, directeur général de la Formule E, affirme que plusieurs pilotes actuellement engagés en F1 ont déjà manifesté leur envie de prendre le volant de la nouvelle Gen4, certains allant même jusqu’à demander discrètement s’il était possible d’organiser un essai privé. Le Britannique refuse soigneusement de donner des noms. Dommage : c’était précisément la partie intéressante.Et cette curiosité n’a rien d’étonnant. La prochaine monoplace électrique ne ressemble plus vraiment à l’image gentiment expérimentale qui colle encore parfois à la discipline.

La Gen4 commence sérieusement à intriguer la F1
La Gen4 n’a plus grand-chose d’une petite cousine électrique
La Gen4 entrera en compétition durant la saison 2026-2027 avec 450 kW en configuration course et jusqu’à 600 kW en qualifications ou en Attack Mode, soit plus de 800 chevaux. Elle dispose surtout d’une transmission intégrale permanente, d’une récupération d’énergie pouvant atteindre 700 kW et dépasse les 335 km/h. Le 0 à 100 km/h est annoncé aux environs de 1,8 seconde.
Dit autrement : ce n’est plus exactement la voiture avec laquelle on va chercher tranquillement du pain en sauvant la planète.
La FIA estime même que cette machine se situe désormais parmi les monoplaces les plus performantes de sa pyramide sportive. Formula E annonce un gain moyen d’environ dix secondes au tour en qualifications par rapport à la Gen3. C’est suffisamment sérieux pour que Dodds ose désormais comparer ouvertement les performances.
« Elles seront entre la Formule 2 et la Formule 1. »
Voilà qui commence à gratter là où la F1 aime généralement peu être chatouillée. Dodds va même plus loin : selon lui, la génération qui succédera un jour à la Gen4 pourrait rejoindre, voire dépasser, les performances d’une F1. Une projection évidemment très ambitieuse, pas encore une réalité, mais le simple fait de pouvoir prononcer la phrase sans déclencher un fou rire général mesure le chemin parcouru.
Des pilotes de F1 ont déjà frappé à la porte
Dodds l’assure : depuis que la Gen4 roule, des pilotes de F1 sont venus le voir. L’un d’eux lui aurait demandé en substance s’il pouvait « l’essayer en privé ». Le patron de la FE leur a ouvert la porte : l’invitation vaut pour tout le monde.
Attention cependant à ne pas mélanger deux histoires : Dodds n’a pas révélé l’identité de ceux qui ont sollicité ces essais.
En revanche, on connaît plusieurs pilotes F1 qui ont examiné la Gen4 de près lors de l’E-Prix de Monaco en mai. Lando Norris, Carlos Sainz, Nico Hülkenberg et Oliver Bearman étaient notamment présents, et Dodds a raconté qu’ils avaient été particulièrement impressionnés par la voiture
Norris aurait notamment été séduit par la combinaison des 600 kW et des quatre roues motrices.
Pour une catégorie longtemps sommée de prouver qu’elle était un « vrai » sport automobile, voir les représentants de la F1 venir soulever le capot constitue une petite revanche plutôt savoureuse.
Et puis il y a Max Verstappen…
L’histoire prend une saveur supplémentaire lorsqu’on se souvient de l’origine du petit jeu. Lors des premiers essais des F1 2026 à Bahreïn, Max Verstappen avait comparé les nouvelles monoplaces à de la « Formule E sous stéroïdes », reprochant notamment à la nouvelle réglementation de donner trop d’importance à la gestion énergétique
Dodds aurait pu se vexer. Il a préféré sortir les clés.
Le patron de la Formule E a publiquement invité Verstappen à essayer la Gen4, en lui promettant une machine aux réactions suffisamment violentes pour intéresser même quelqu’un qui considère rarement qu’une voiture va assez vite. Pour le moment, Dodds précise cependant que Verstappen ne fait pas partie des pilotes ayant demandé cet essai privé. La nuance mérite d’être conservée : Max a lancé la pique, d’autres semblent avoir demandé le volant.
Le rapprochement F1–Formule E devient beaucoup moins théorique
Il serait également simpliste d’opposer les deux championnats. En coulisses, les passerelles technologiques et humaines existent déjà. Avec sa nouvelle réglementation 2026 et une part électrique beaucoup plus importante dans les groupes propulseurs, la F1 a elle-même dû apprendre à jongler avec la récupération et la dépense d’énergie. Certaines équipes se sont alors intéressées à l’expérience de pilotes ayant pratiqué la Formule E, Nyck de Vries et Nick Cassidy ayant notamment été sollicités pour des travaux de développement et d’essais liés à la F1.
L’ironie devient donc assez jolie.
Pendant que la Formule 1 découvre les joies de la gestion énergétique, la Formule E ajoute de la puissance, quatre roues motrices, davantage d’appui et une voiture capable de dépasser 335 km/h. Chacune semble finalement emprunter quelques idées dans le garage de l’autre.
Attention tout de même au festival d’autosatisfaction
La Formula E aurait néanmoins tort de transformer l’intérêt de quelques pilotes F1 en certificat automatique de supériorité. La Gen4 n’a encore rien prouvé en compétition. Une fiche technique spectaculaire ne garantit ni des dépassements, ni des courses passionnantes, ni même une hiérarchie resserrée. L’histoire du sport automobile regorge de voitures technologiquement extraordinaires produisant des dimanches désespérément ordinaires.
Et la Formula E connaît elle-même ce danger. L’arrivée de la Gen4 impose de réfléchir au format des courses pour que sa puissance supplémentaire ne soit pas engloutie sous une gestion énergétique excessive. Le championnat a d’ailleurs travaillé sur de nouvelles règles destinées à exploiter davantage les capacités de la voiture
C’est là que le vrai examen commencera.
Pas lorsque Norris contemple la voiture dans un paddock. Pas lorsqu’un pilote de F1 demande quelques tours en secret. Et encore moins lorsqu’un dirigeant promet que la génération suivante sera plus rapide qu’une Formule 1.
Le chronomètre donnera une première réponse. La qualité des courses donnera la seule qui compte vraiment. Mais une chose a déjà changé : la Formule E n’est plus obligée de courir derrière la F1 pour obtenir son attention.
Cette fois, ce sont quelques pilotes de F1 qui viennent frapper à sa porte.










