Izan Guevara sera pilote MotoGP l’année prochaine. Chez Pramac Racing, il essaiera de faire au moins aussi bien que les rookies David Alonso et Daniel Holgado, en attendant la validation du transfert de Senna Agius chez KTM Tech3. L’Espagnol est un pari assez sûr, mais sa signature est importante pour une autre raison que son talent. Analyse.
Un pilote prometteur
Commençons d’abord par évoquer le destin de Guevara. Je trouve ce pilote juste monstrueux, et sa montée est tout à fait méritée. Alors qu’il se dirigeait vers une carrière d’un « spécialiste Moto3 » après son titre en 2022, il a rebondi en Moto2 tardivement. En effet, ses deux premières années en catégorie intermédiaire furent très difficiles, alors qu’il roulait tout de même pour Aspar, l’une des meilleures formations.

Puis, en 2025, il signa avec Pramac Racing, mais en Moto2. Depuis deux ans, l’équipe de Campinoti sacrée au championnat pilotes MotoGP 2024 exploite également un team en Moto2, dans le but de former des talents en partenariat avec Yamaha. L’expérience de Pramac n’est pas à sous-estimer : s’ils ne sont nulle part depuis qu’ils utilisent la YZR-M1, il ne faut pas oublier qu’il s’agit sans doute de l’un des meilleurs satellites de l’histoire de la catégorie reine.
Du coup, cette porte de sortie tombait à point nommé pour Guevara. Et l’année 2025, dans la continuité de 2024, était mal partie. Puis, il se rapprocha du top 5, et du podium, jusqu’à monter dessus en Indonésie. Et, finalement, à Valence, il s’imposa. Bon, il était toujours 11e du classement général, pas de quoi casser trois pattes à un canard pour un champion Moto3, mais tout de même. Et là, en 2026, c’est le jour et la nuit. Guevara a progressé sur tous les plans pendant l’hiver. Il est régulier, très rapide sur un tour, et s’est de nouveau imposé au Mans. À l’heure où j’écris ces lignes, Guevara est deuxième du classement général à 37,5 points de Manuel Gonzalez.
Ce n’est pas tout : contrairement à toutes les meilleures équipes qui choisissent le Kalex, Pramac-Yamaha utilise le châssis Boscoscuro. Le prochain pilote Boscoscuro au classement n’est autre que Celestino Vietti, septième. Clairement, Guevara mérite sa promotion en MotoGP, car j’ai toujours dit que ceux qui réussissaient en Moto3 puis en Moto2 avaient de très forts potentiels. C’est l’étape la plus dure dans une carrière, et il l’a désormais réussie, en revenant de nulle part qui plus est. Chapeau.
Gonzalez méritait plus que lui ?
Bien sûr, je vais parler de l’éléphant dans la pièce, le sujet qui revient toujours sur la table : le mérite de Manuel Gonzalez. Sauf retournement de situation, l’actuel leader du mondial ne passera pas en MotoGP l’année prochaine, alors que le deuxième, le troisième, le cinquième et le sixième, oui. Je suis le premier à le défendre, car je trouve tout à fait anormal que certains pilotes soient priorisés et signés avant Gonzalez. Mais sachez que jamais je n’inclurai, dans ceux-ci, des jeunes loups.
Je suis pour la jeunesse, car c’est l’avenir de tout. Guevara, comme Alonso, Holgado ou Moreira, n’a pas pris la place de Gonzalez. Non, pour parler d’injustice, il faudrait plutôt se pencher sur Joan Mir ou Nicolo Bulega, qui devrait bientôt être annoncé chez Ducati VR46. C’est sans doute rageant de voir celui qu’on précède au classement monter, mais c’est le système qui est ainsi, Guevara n’y est pour rien. D’autant plus qu’intrinsèquement, Alonso, Holgado, Agius et Guevara sont tout à fait légitimes au vu de leurs résultats.
Pramac Racing change la donne
Venons-en au titre de cet article. En effet, je crois réellement que Pramac vient de changer l’écosystème MotoGP. Pourquoi ? Car c’est la naissance des académies, ou plutôt, la démocratisation du modèle KTM tellement ancré dans le paysage MotoGP qu’on y fait même plus attention. Là, Yamaha cherche ses futurs talents en catégories inférieures avec l’aide de Pramac, pour créer une filiation naturelle. Ça ressemble à ce qu’il se fait actuellement en Formule 2, et c’est loin de n’avoir que des avantages.
L’ère qui se profile est facile à dessiner si l’on suit cette logique. Toutes les formations Moto2 vont devoir se trouver un partenaire en MotoGP pour avoir de meilleurs sponsors, une visibilité accrue, et la chance de faire passer des pilotes en catégorie reine. Le patron de l’équipe Forward, le très à l’ancienne Giovanni Cuzari, estimait que c’était le futur, et que les équipes Moto2 devraient carrément toucher une prime en cas de victoire d’un pilote formé en MotoGP.

Donc on aurait, par exemple, KTM avec Ajo, comme actuellement, Pramac avec Yamaha, pourquoi pas Aspar avec Honda (au hasard), etc. Je suis loin d’être fan de cette idée, pour deux raisons.
Premièrement, le Moto2 n’est pas la Formule 2. C’est une catégorie qui n’avait pas pour but d’être formatrice. Le Moto2/250cc a sa propre histoire, et je ne vois pas pourquoi celle-ci serait forcément corrélée au MotoGP.
Deuxièmement, les pilotes payants en bénéficieraient : imaginez simplement qu’une équipe Gresini/Ducati en Moto2 existe. La concurrence pour un guidon, avec, pour but, un jour, de passer en MotoGP chez Ducati serait énorme, et, dans ces cas-là, l’argent est malheureusement l’arbitre privilégié. Certains me diront peut-être que les marques pourraient simplement embaucher des pilotes prometteurs au lieu des payants. Vous le direz aux cracks de Formule 2 qui n’ont jamais pu accéder à la Formule 1, car il n’étaient pas à la « bonne place », et regarderez, tant que vous y êtes, les profils qui occupent les meilleurs baquets.
Malheureusement, l’invisibilisation des petites catégories et le rapprochement avec le modèle de la Formule 1 me paraissent inévitables à l’ère Liberty Media.
L’exemple Gonzalez
J’ai un exemple assez frappant pour illustrer ma théorie. Prenez Manuel Gonzalez, vice-champion du monde Moto2 2025 et actuel leader du général. Il est dans l’équipe Liqui Moly Intact GP, qui n’a aucun partenariat avec un team en MotoGP. Ceux qui ne sont pas fans disent qu’il n’est « pas assez génial », comme Pit Beirer, par exemple. Mais si Gonzalez avait eu les mêmes résultats chez Pramac, alors, il serait monté d’office aux côtés de Toprak, non ? Cela signifie bien que la situation du pilote (Guevara) a davantage primé sur ses résultats.
On se retrouve exactement dans le schéma de la Formule 2, où, sur les quatre dernières années, le champion n’a pas été titularisé en F1 à trois reprises, au profit d’autres pilotes qui étaient dans des équipes affiliées.
KTM le faisait, et j’en avais déjà parlé. Mais maintenant que Yamaha s’y met, j’ai peur que le Moto2 ne serve plus qu’à ça, surtout avec la future évolution de la cylindrée, qui va encore plus rapprocher cette classe du MotoGP.
Que pensez-vous de la situation, et surtout, comment imaginez-vous le futur du Moto2 ? Dites-le-moi en commentaires !

Photo de couverture : Instagram Guevara









