Moto GP
Publié le 8 septembre 2026 • 13:00 par Oléna Champlain

MotoGP – Fabio Di Giannantonio défend les pilotes en difficulté : « Aujourd’hui, à 30 secondes du premier, vous êtes dernier »

Après avoir entrevu la sortie en 2023, Di Giannantonio s’est reconstruit chez VR46, a décroché le soutien Ducati, et rejoindra KTM en 2027.

Fabio Di Giannantonio

Fin 2023, Fabio Di Giannantonio semblait pratiquement condamné à quitter le MotoGP. Trois ans plus tard, l’Italien est quatrième du championnat, a remporté le Grand Prix de Catalogne et possède déjà un contrat d’usine KTM pour 2027. Une trajectoire qui donne une résonance particulière à son avertissement : dans un MotoGP où les écarts n’ont jamais été aussi faibles, les équipes jugeraient parfois leurs pilotes beaucoup trop rapidement. Et celui qui paraît mauvais aujourd’hui peut simplement ne pas avoir encore eu le temps de devenir bon.

Fabio Di Giannantonio peut sourire lorsqu’il se décrit comme le « loup solitaire » du MotoGP. Il a connu situation beaucoup plus inconfortable. À la fin de la saison 2023, son avenir dans la catégorie reine semblait pratiquement bouché. Marc Marquez avait récupéré son guidon chez Gresini avant même que l’Italien ne décroche sa première victoire au Qatar. VR46 lui avait finalement offert une place après le départ de Luca Marini chez Honda.

Trois ans plus tard, la perspective est radicalement différente. Di Giannantonio occupe la quatrième place du championnat 2026, a gagné en Catalogne et rejoindra l’équipe officielle KTM la saison prochaine. Difficile de trouver meilleure démonstration de ce qu’il défend aujourd’hui.

Fabio Di Giannantonio : « Cela prend du temps »

Interrogé par Crash.net sur la nécessité de laisser davantage de temps aux jeunes pilotes, Di Giannantonio ne tergiverse pas. « Absolument. » Selon lui, les équipes ne cherchent pas suffisamment à comprendre pourquoi un pilote obtient ou n’obtient pas un résultat.

« Je pense qu’on n’étudie pas suffisamment comment un pilote parvient ou non à un résultat. Ou comment il travaille dans le garage, ou comment il pilote réellement sa moto. »

Le problème serait devenu encore plus aigu avec l’augmentation spectaculaire du niveau général du MotoGP. Il fut un temps, rappelle-t-il, où plusieurs catégories de machines cohabitaient presque au sein d’une même course.

Certaines pouvaient gagner, d’autres viser le milieu du peloton, d’autres encore étaient condamnées à fermer la marche. Aujourd’hui, cette hiérarchie s’est considérablement resserrée.

« Avant, le cinquième pouvait terminer à 30 secondes du premier. Maintenant, si vous arrivez à 30 secondes du premier, vous êtes dernier. »

Même le « mauvais » pilote est exceptionnel

Cette compression des écarts produit un effet trompeur. Un pilote situé au fond du classement peut sembler médiocre alors que la différence réelle avec les meilleurs se mesure parfois en quelques dixièmes.

Di Giannantonio le formule sans détour : « Le type que vous pensez vraiment mauvais est incroyable. » Et il poursuit : « Il pilote à une vitesse incroyable et pourrait peut-être remporter le championnat dans une autre catégorie. »

Son raisonnement dépasse donc son propre cas. Dans un MotoGP devenu extrêmement homogène, le classement ne suffit plus nécessairement à mesurer le potentiel d’un pilote. Il faut comprendre son adaptation à la moto, son environnement technique, la qualité du travail dans son garage et le temps nécessaire pour construire cette relation.

« Il faut beaucoup travailler dans son garage ; il faut s’entourer des meilleurs pour atteindre ce niveau d’affinité. La moto aussi. Donc, ça prend du temps. »

Fabio di Giannantonio, Marc Marquez, MotoGP néerlandais 2026.

Fabio Di Giannantonio en est la meilleure preuve

Sa propre carrière aurait effectivement pu s’arrêter avant que ce processus soit achevé. Ses débuts avec Gresini en 2022 avaient été compliqués. Sa progression en 2023 était arrivée trop tard pour sauver son guidon, déjà promis à Marc Marquez.

Sans l’opportunité offerte par VR46, l’histoire aurait pu s’arrêter là. Au lieu de cela, ses performances 2024 lui ont permis d’obtenir un soutien officiel Ducati. En 2026, il est devenu l’un des hommes forts de Borgo Panigale et sa victoire en Catalogne a confirmé sa progression.

KTM lui confiera une RC16 officielle en 2027. Trois ans séparent donc un pilote dont personne ne savait s’il resterait en MotoGP d’un pilote recruté par une équipe d’usine.

« Je pense avoir le potentiel »

Di Giannantonio ne transforme pourtant pas cette résurrection en certitude concernant sa propre valeur. Lorsqu’on lui demande s’il se sent sous-estimé, il reconnaît avoir « un très grand talent » et « une très bonne vitesse ».

Mais il pose lui-même une limite. « Quand je pense aux pilotes de haut niveau, ce sont des pilotes qui ont remporté des championnats. Et je ne l’ai toujours pas en poche. » Son ambition est pourtant claire : « Je pense avoir le potentiel pour y arriver, mais je dois encore le prouver. »

Voilà pourquoi son statut de « loup solitaire » lui convient finalement assez bien. Il n’a pas besoin d’être présenté comme l’une des grandes vedettes du championnat. Il préfère continuer à surprendre.

Et son parcours rappelle surtout au MotoGP une leçon qu’il aurait lui-même pu payer très cher : parfois, la différence entre un pilote considéré comme insuffisant et un futur pilote d’usine tient simplement au fait que quelqu’un lui a accordé une saison de plus.

Fabio Di Giannantonio est bien d'être l'opprimé du MotoGP