F1
Publié le 8 septembre 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Ocon sur un siège éjectable ? Haas aurait déjà appelé Tsunoda… pendant que Komatsu assure ne pas être pressé

Haas aurait contacté Tsunoda pour 2027. Ocon paie sa saison difficile, mais le dossier est moins simple que ses statistiques.

Il y a dix jours à peine, Ayao Komatsu expliquait tranquillement que Haas n’était « pas pressé » de choisir ses pilotes pour 2027. Manifestement, ne pas être pressé n’interdit pas de commencer à passer quelques coups de téléphone. Selon les informations rapportées par le journaliste Marc Limacher, Haas aurait pris contact avec Yuki Tsunoda en vue d’un baquet en 2027, avec une conséquence assez facile à deviner : le siège visé serait celui d’Esteban Ocon. À ce stade, rien n’est signé et Haas n’a officiellement annoncé aucun changement. Il faut donc parler d’une prise de contact supposée, pas d’un transfert conclu. Mais l’information n’arrive absolument pas dans le vide. Formula1.com indiquait dès la fin août qu’Oliver Bearman apparaissait comme le pilote le plus susceptible d’être conservé et citait déjà Tsunoda et Rafael Câmara parmi les candidats possibles au second baquet. Autrement dit, la porte n’est pas encore ouverte. Mais quelqu’un semble déjà avoir tourné la poignée.

Tsunoda revient, le fauteuil d’Ocon rétrécit

Komatsu disait « aucune urgence »… le marché, lui, commence visiblement à s’agiter

À Zandvoort, Komatsu avait soigneusement refroidi les spéculations. Son discours était simple : Haas voulait d’abord aider Bearman et Ocon à tirer davantage de la VF-26 avant de se précipiter sur la composition de son duo 2027.

Le patron japonais insistait sur le fait qu’aucun des deux baquets n’était officiellement attribué et que l’équipe disposait encore de temps. Mais Formula1.com précisait dans le même temps que Bearman possédait une position nettement plus solide qu’Ocon.

Voilà aujourd’hui toute la subtilité.

Haas n’est peut-être pas pressé de décider. Cela ne signifie apparemment pas qu’elle ne soit pas pressée de regarder ailleurs.

Et lorsqu’un pilote commence à découvrir que son employeur téléphone à des remplaçants potentiels, la distinction sémantique entre « réflexion » et « recrutement » devient généralement assez peu réconfortante.

Le problème d’Ocon tient dans quatre chiffres : 18-3 et 9-4

Il faut reconnaître que les statistiques ne travaillent pas exactement comme attachées de presse du Français.

Après Monza, Oliver Bearman mène Ocon 9-4 en qualifications sur les Grands Prix et 8-4 dans les courses où leur comparaison est pertinente. Au championnat, le gouffre est encore plus spectaculaire : 18 points pour Bearman contre seulement 3 pour Ocon.

Pour un pilote arrivé chez Haas avec 156 Grands Prix d’expérience, une victoire et la mission implicite d’apporter stabilité et référence à un équipier beaucoup plus jeune, ce n’est évidemment pas le scénario rêvé. Bearman n’est plus seulement « le rookie Ferrari qui apprend ». Il qualifie régulièrement la voiture devant Ocon, marque six fois plus de points et commence logiquement à devenir le pilier autour duquel Haas paraît davantage disposée à construire.

Le marché des pilotes adore ce genre de simplicité : un jeune progresse, un vétéran souffre, et soudain tout le monde connaît quelqu’un de disponible.

Mais condamner Ocon uniquement avec le classement serait un peu trop pratique

Voilà toutefois où l’histoire mérite davantage de nuance.

Haas elle-même a reconnu que la comparaison entre ses pilotes n’a pas toujours été parfaitement équitable. Avant la pause estivale, Bearman avait publiquement défendu son équipier en soulignant des incohérences entre les pièces montées sur les deux voitures, expliquant que le duel interne n’avait parfois rien d’un combat à armes égales. Formula1.com avait également relevé ces différences en analysant les difficultés du Français.

Monza en a fourni un exemple assez spectaculaire.

Les deux Haas disposaient du nouveau package aérodynamique, mais un seul exemplaire du moteur Ferrari ADUO évolué était disponible : il est allé à Bearman. Ocon a donc disputé le week-end avec l’ancienne spécification moteur. Et ce n’était pas son seul problème.

Ocon a expliqué après les qualifications que sa voiture souffrait encore d’une perte intermittente de charge aérodynamique, malgré le remplacement de nombreuses pièces pendant le week-end. Haas n’était pas parvenue à en identifier complètement la cause. Bearman termine 12e des qualifications, Ocon 16e.

Il serait donc légèrement ironique de lui expliquer ensuite :

« Oliver est quatre places devant, nous avons donc appelé Yuki. »

Surtout lorsque l’un dispose du dernier moteur et que l’autre passe une partie du week-end à chercher où son appui aérodynamique a décidé de partir en vacances.

Monza n’a cependant rien arrangé pour Ocon

Les circonstances techniques n’empêchent pas le résultat final d’exister.

Dimanche, Haas repart encore sans point : Bearman termine 15e et Ocon 16e. Le Français avait pourtant réussi un bon premier départ et remonté jusqu’au Top 10 virtuel avant le drapeau rouge provoqué par Charles Leclerc. Une fois la course relancée, le rythme de la VF-26 s’est effondré et les deux voitures ont progressivement reculé.

Haas traverse désormais une période préoccupante. Son départ de saison prometteur, marqué notamment par la cinquième place de Bearman en Chine, s’est transformé en longue glissade dans le peloton. Avant Monza, l’équipe restait sur six Grands Prix consécutifs sans inscrire le moindre point et avait chuté au septième rang des constructeurs. Quand une équipe ne progresse plus, elle finit toujours par examiner deux choses. La voiture. Puis ceux qui la conduisent.

Rarement dans cet ordre très longtemps.

Et pendant qu’Ocon souffre, Tsunoda vient justement de rappeler qu’il existe

Le timing ne pouvait pas être plus intéressant pour Yuki Tsunoda. Privé d’un baquet titulaire au début de 2026, le Japonais a retrouvé temporairement le volant grâce à la blessure au poignet d’Isack Hadjar. Liam Lawson ayant été appelé chez Red Bull, Tsunoda a remplacé le Néo-Zélandais chez Racing Bulls à Zandvoort puis à Monza. Et dimanche en Italie, il a précisément produit le genre de résultat dont un pilote sans contrat a besoin : 15e sur la grille, 10e à l’arrivée et un point marqué.

Après la course, Tsunoda n’a pas vraiment caché qu’il souhaitait prolonger l’expérience :

« Si de nouvelles opportunités se présentent, je serai prêt. »

Difficile de faire passer le message plus clairement sans joindre directement son CV au communiqué.

Son point de Monza reste cependant entouré d’un petit feuilleton réglementaire : les commissaires l’ont blanchi après l’épisode confus de la grille lors du restart, mais Audi a annoncé son intention de faire appel, estimant que le Japonais aurait dû recevoir une sanction.

Même sans savoir si le point survivra juridiquement, le message sportif reste intéressant : Tsunoda revient après des mois sans compétition régulière, apprend une voiture 2026 qu’il connaissait à peine et se retrouve immédiatement capable de se battre dans le milieu de grille. Pour quelqu’un qui cherche un employeur, c’est plutôt bien choisi.

Tsunoda chez TGR Haas : le scénario japonais presque trop parfait

Et puis il y a évidemment tout ce qui se passe autour du cockpit.

Depuis cette saison, Haas s’appelle officiellement TGR Haas F1 Team, Toyota Gazoo Racing ayant renforcé son partenariat technique jusqu’à devenir sponsor-titre. L’accord comprend également un important volet de développement des pilotes, ingénieurs et mécaniciens, avec un intérêt très clair pour la création d’opportunités destinées aux talents japonais.

Le patron de l’équipe, Ayao Komatsu, est japonais. Toyota est désormais omniprésent dans l’identité de Haas.

Et voilà qu’un des pilotes japonais les plus expérimentés de l’histoire récente de la F1 cherche précisément à retrouver une place permanente. Sur le plan marketing, il faudrait presque travailler très fort pour fabriquer un scénario plus évident.

Attention cependant : Tsunoda n’est pas issu du programme Toyota et rien ne permet d’affirmer que TGR pousse personnellement sa candidature. Son parcours est historiquement lié à Honda et à la filière Red Bull. Le rapprochement est donc séduisant sur le plan de l’image, pas une preuve de tractations.

Mais Haas n’a plus grand-chose d’une petite équipe américaine isolée. Avec Toyota derrière elle, son recrutement prend désormais une dimension stratégique différente.

Tsunoda n’est d’ailleurs pas seul à regarder le siège

C’est probablement la mauvaise nouvelle supplémentaire pour Ocon. Même si l’approche de Tsunoda devait ne déboucher sur rien, plusieurs autres pilotes circulent autour du second baquet Haas.

Rafael Câmara, fortement soutenu par Ferrari, est régulièrement cité. Leonardo Fornaroli, champion de F2 et membre de la filière McLaren, a déjà testé pour Haas. Jack Doohan a également été associé au volant. Ferrari aide notamment Câmara dans sa préparation à la F1, ce qui n’est pas anodin pour une équipe Haas toujours motorisée par Maranello malgré son alliance croissante avec Toyota.

Haas se retrouve donc devant plusieurs philosophies possibles : conserver l’expérience d’Ocon ; relancer Tsunoda ; miser sur un autre jeune ; ou attendre encore que le marché se décante. Komatsu dit ne pas être pressé. Avec autant de candidats autour d’un seul fauteuil, Ocon aurait probablement intérêt à l’être un peu davantage.

Ocon reste maître d’une partie de son destin… mais le chronomètre devient urgent

Rien ne dit aujourd’hui qu’Esteban Ocon quittera Haas. Le Français a déjà balayé les spéculations en affirmant disposer de la confiance de Komatsu et de l’équipe. Et Haas sait elle-même que ses difficultés de 2026 ne peuvent pas être uniquement déposées devant la porte de son pilote : problèmes de pièces, manque de constance, recul dans la guerre du développement et différences ponctuelles de matériel ont brouillé l’évaluation. Mais il reste une réalité difficile à contourner.

En Formule 1, les explications techniques achètent du temps. Les résultats achètent les contrats. Et pour le moment, Bearman mène 18-3 aux points. Tsunoda vient de revenir dans le Top 10 à Monza. Rafael Câmara attend. D’autres candidats regardent. Et selon Marc Limacher, Haas aurait désormais directement pris contact avec le Japonais. Il y a quelques jours, Komatsu assurait donc que Haas n’était pas pressée. C’est peut-être parfaitement vrai.

Mais lorsqu’une équipe commence à prendre les coordonnées de votre éventuel remplaçant, le pilote en place découvre généralement que 2027 arrive beaucoup plus vite que prévu.