Marco Bezzecchi n’est qu’à 33 points des leaders du Championnat du monde, mais que le titre est loin. Encore une fois, l’Italien a manqué deux chances énormes à Misano, permettant ainsi à Marc Marquez de revenir au sommet. Maintenant qu’il y est, l’Espagnol sera très difficile à déloger.
Un gâchis
Cette situation qui dure depuis le début de l’année est quand même terrible. J’ai la vive impression que l’Aprilia RS-GP est la meilleure moto du plateau sur bon nombre de Grands Prix, et qu’elle rivalise avec la Ducati là où elle n’est pas la plus forte. Et pourtant, à l’heure du bilan, Aprilia a remporté sept courses avec quatre pilotes, Ducati, six avec trois. L’avantage matériel criant à Assen ou au Mans, par exemple, ne se traduit pas au classement général.

Et c’est encore ce qu’il s’est passé à Misano. Aprilia gâche un week-end où de très gros points étaient assurés. En qualifications, certes, Marc Marquez rivalisait, mais Bezzecchi était en pole pour le deuxième GP consécutif, et les autres pilotes Ducati plus en difficulté. Je pense à Alex Marquez, neuvième, ou à Fabio Di Giannantonio, absent en course sur les deux manches. Franchement, il y avait la place.
Dès le départ du Sprint, Bezzecchi s’est fait cueillir exactement comme le samedi à Aragon, et par le même adversaire qui plus est. On dirait qu’il n’avait pas retenu la leçon. Et, sur ce format court, je n’avais pas l’impression que Marquez était forcément plus fort que Bezzecchi ; mais ce départ, d’après moi, a conditionné le reste de la course. Si le « Bez » avait fait le holeshot, il aurait peut-être pu conserver son avantage de vitesse jusqu’au bout.
Et le dimanche, que dire ? Bezzecchi retombe dans ses travers en ne comprenant pas que cette saison va se jouer à la régularité. Certains exercices sont décidés par la vitesse, c’est vrai, mais il paraît évident que 2026 ne rentre pas dans cette catégorie. Marquez est diminué physiquement, tout comme Bezzecchi d’ailleurs. Ogura est encore convalescent, « Diggia », moins souvent au top. Martin, lui, est assez solide, adoptant la même ligne de conduite qu’en 2024. L’objectif n’est pas de gagner toutes les courses, mais de scorer le plus de points à chaque manche, car une chute peut décider du championnat si elle entraîne un passage sur le billard. Alors que le MotoGP n’a jamais été aussi dangereux, la régularité dans la performance doit primer sur le rythme.
Mais Bezzecchi n’intègre pas ce concept, et ce, après la petite dizaine d’erreurs qu’il avait déjà commis auparavant. En tête de son Grand Prix, il n’a tenu que quelques tours sous la pression de Marc Marquez avant de craquer. Rendez-vous compte d’une chose : Marquez a totalement surclassé l’Italien sur les deux jours en ne lui infligeant qu’un seul dépassement sur la piste (au premier virage du Sprint), et en se faisant battre en qualifications !
Aprilia manque aussi de réussite
Comme si ça ne suffisait pas, le destin s’acharne sur Aprilia. Jorge Martin, qui était, lui, passé en tête à la loyale, a subitement ralenti au milieu de l’épreuve. De ce qu’il en disait, un retour du syndrome des loges lui empêchait d’exploiter sa RS-GP à son plein potentiel. Bon, ça peut arriver, ce n’est pas de chance. Mais avec les Grands Prix qui vont s’enchaîner, comment va-t-il faire ? L’Autriche arrive, avec ses gros freinages et grosses accélérations, et la tournée outre-mer commence deux semaines plus tard. Va-t-il se faire opérer ? Où va-t-il tenter de continuer comme ça, mais avec le risque de dégringoler totalement sur un Grand Prix décisif comme Fabio Quartararo à Jerez en 2021 ? Hier, le « Martinator » affirmait qu’il n’en avait aucune idée. C’est la poisse.

Bon, chez Aprilia, ça reste le seul qui ressemble vaguement à un candidat au titre. Lui aussi a gaspillé des occasions en or – notamment ce terrible week-end en Catalogne –, mais garde la tête sur les épaules, avec une sagesse dont ferait bien de s’inspirer son coéquipier. Comme je l’affirmais après Le Mans, on voit, dans ces moments-là, la différence entre les deux. L’un a déjà été impliqué dans deux courses au titre, et l’autre découvre. Peut-être que c’est simplement le processus d’apprentissage qui fait son œuvre sur Marco Bezzecchi ; après tout, vous savez que je l’aime bien. Mais c’est justement parce que je l’apprécie que c’est frustrant de le voir nous priver d’un affrontement avec Marc Marquez en déjouant tous les quinze jours.
Ajoutons à cela qu’Ai Ogura, qui était devenu la nouvelle coqueluche de tous les fans avant l’été, est toujours blessé. Une fracture à l’entraînement peut arriver, ce n’est pas une première. Cependant, si ce qu’a affirmé son clan est vrai – il serait tombé en motocross juste après Silverstone –, manquer deux Grands Prix serait très cher payé.
Marc Marquez peut-il perdre ce championnat du monde ?
Marquez peut-il seulement échouer ? Hormis une blessure, je ne vois pas ce qui pourrait l’empêcher de soulever le plus beau des trophées en novembre. Je ne veux insulter personne, mais ses adversaires ne sont clairement pas à la hauteur de l’enjeu, et même ce Martin lite qui est, en fait, moins fort encore que Martin 2024. N’est-ce pas l’année où la concurrence de Marc Marquez est la plus faible ? Je me faisais cette réflexion pendant ce Grand Prix : Andrea Dovizioso 2017, qui a poussé Marc dans ses retranchements jusqu’à Valence, n’aurait-il pas pris le large ? Que dire de l’excellent Jorge Lorenzo 2018, qui avait vaincu, je le rappelle, Marc Marquez en duel en Autriche et de nombreuses fois en qualifications ? Et Alex Marquez 2025 ? Je crois que ces versions de ces pilotes, pourtant parfois peu dangereuses au général à leurs époques respectives, étaient bien plus convaincantes que l’adversité face à laquelle Marquez se bat depuis le début de l’année.
Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de cette comparaison. Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : MotoGP



























