Le micro de Misano était-il volontairement ouvert ? Quelques jours après que le journaliste Diego Lacave a affirmé tenir de sources proches de VR46 que la conversation entre Francesco Bagnaia et Fabio Di Giannantonio avait été « orchestrée », Pecco livre une version radicalement opposée. Il accuse DAZN d’avoir diffusé sans contexte une conversation privée et explique enfin son fameux « Ducati ne me laisse pas faire ». Une précision qui change sensiblement la portée de cette phrase.
L’affaire du micro de Misano vient de connaître un sérieux rebondissement. Tout était parti d’une conversation entre Francesco Bagnaia et Fabio Di Giannantonio après le Grand Prix de Saint-Marin. Les deux Italiens parlaient de leurs Ducati et de leurs réglages lorsque Bagnaia avait lâché : « Ils ne me laisseront pas le faire. »
La séquence, captée et diffusée par DAZN, avait immédiatement nourri l’idée d’un profond désaccord entre le double champion du monde et Ducati. Puis une deuxième histoire était apparue.
Lacave parlait d’une opération « parfaitement orchestrée » par Bagnaia
Diego Lacave affirmait avoir appris de sources issues du camp VR46 que cette conversation avait été volontairement tenue à portée des micros. « Tout cela est parfaitement orchestré », expliquait-il.
L’hypothèse était séduisante : Bagnaia aurait ainsi pu faire entendre sa version de ses difficultés sans attaquer officiellement Ducati devant les médias. Nous avions alors souligné qu’aucune preuve publique ne permettait de confirmer cette mise en scène. Bagnaia vient désormais d’en proposer une lecture exactement inverse.
Bagnaia : « Un manque de respect total de la part de DAZN »
Arrivé en Autriche, Pecco n’a pas attaqué Ducati. Il a attaqué le diffuseur. « Ce qui s’est passé lors de la dernière course à Misano était pour moi un manque de respect total de la part de DAZN. » Bagnaia assure qu’il discutait en privé avec Di Giannantonio et considère que l’extrait diffusé était incomplet.
Il reconnaît néanmoins sa responsabilité sur crash.net : « Mon dernier mot n’était pas le bon. » Puis : « Tout le monde traverse des moments difficiles, tout le monde connaît des frustrations. Et parfois, on s’exprime mal. »
Mais surtout, Bagnaia explique enfin ce qu’il voulait dire. Le « ils ne me laisseront pas » change de signification C’est la précision essentielle. Bagnaia ne dit plus que Ducati lui refuserait simplement la possibilité d’essayer une configuration plus basique comparable à celle de Di Giannantonio. Il explique avoir déjà retiré à plusieurs reprises les éléments dont il était question.
Et Ducati ne souhaiterait désormais plus qu’il recommence précisément parce que ces essais ont déjà été effectués.
« J’ai déjà retiré ces éléments à plusieurs reprises, ce que Ducati ne me permet plus de faire, mais parce que je l’ai déjà fait de nombreuses fois. »
Dans la vidéo isolée, « ils ne me laisseront pas le faire » pouvait suggérer un pilote réclamant une solution que son constructeur lui refusait. Avec son explication, Bagnaia décrit plutôt des ingénieurs estimant qu’une piste technique a déjà été explorée et qu’il est inutile d’y revenir. Cela n’efface pas le désaccord. Mais cela en change la nature.

Et le complot du micro ?
La déclaration de Bagnaia ne permet évidemment pas davantage de démontrer que la conversation était fortuite. Mais elle rend le scénario avancé par Lacave beaucoup plus difficile à accepter sans éléments supplémentaires.
Il faudrait imaginer Bagnaia organisant volontairement la diffusion d’une phrase destinée à mettre Ducati en difficulté, avant de qualifier publiquement cette diffusion de « catastrophe », de s’excuser auprès de son équipe et de reprocher au diffuseur d’avoir violé le caractère privé de la conversation.
Possible ? Théoriquement. Démontré ? Toujours pas. Et Bagnaia affirme avoir parlé directement avec Ducati depuis. « Les relations avec l’équipe sont bonnes. »
La véritable victime pourrait être la transparence
L’affaire aura cependant une conséquence. Bagnaia prévient qu’il sera désormais plus prudent avec les médias. « J’essaie toujours d’être aussi transparent que possible, mais je vais essayer d’en faire moins. »
Dans un MotoGP où l’on reproche régulièrement aux pilotes de parler comme des communicants, l’une des rares conversations véritablement spontanées du paddock a déclenché une tempête : soupçons de rupture avec Ducati, accusation de mise en scène, éventuelle sanction interne et maintenant conflit avec le diffuseur.
Nous ne savons toujours pas si le micro de Misano a surpris Bagnaia ou si, comme l’affirme Lacave, certains savaient parfaitement qu’il était là. Mais nous savons désormais une chose que la première vidéo ne disait pas : Ducati n’aurait pas simplement interdit à Pecco d’essayer une solution. Il l’aurait déjà essayée plusieurs fois. Le fameux « ils ne me laisseront pas » était donc bien réel, mais sa signification était autrement moins explosive que les quatre mots diffusés seuls. Et dans cette affaire, c’est peut-être précisément ce qui manquait depuis le début : tout ce qui avait été dit autour.









