F1
Publié le 24 septembre 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Ocon, six millions pour patienter sur un siège éjectable

Esteban Ocon toucherait six millions d’euros chez Haas en 2026, avec huit millions à la clé si l’écurie prolonge son contrat en 2027.

Chez Haas, Esteban Ocon aurait décroché la plus grosse rémunération jamais accordée à un pilote par l’écurie américaine. Selon les informations du journaliste économique Marc Limacher, le Français toucherait environ six millions d’euros en 2026, avec une enveloppe portée à au moins huit millions si Haas activait son option pour 2027. Une jolie augmentation sur le papier. Un peu moins confortable lorsque le fauteuil ressemble de plus en plus à un siège éjectable.

Ocon : le salaire grimpe, l’avenir vacille

Un record… encore officieux

Premier avertissement avant de sortir la calculette : Haas ne publie pas les salaires de ses pilotes. Les montants circulant dans le paddock reposent donc sur des estimations, des indiscrétions contractuelles et des recoupements journalistiques.

Les évaluations disponibles restent néanmoins cohérentes. PlanetF1 situe la rémunération 2026 d’Ocon autour de six millions de dollars, tandis que RacingNews365 avance environ sept millions de dollars, hors primes de performance et contrats personnels. L’écart rappelle surtout que les contrats de F1 demeurent aussi transparents qu’un fond plat couvert de peinture noire.

Le chiffre de six millions d’euros apparaît donc crédible, mais il ne peut pas être présenté comme officiellement confirmé. Quant aux huit millions évoqués pour 2027, ils seraient liés à la levée d’une option détenue par Haas. Une hausse promise, certes, mais uniquement si l’équipe décide encore de garder le pilote.

Haas possède la clé

Lors de l’arrivée d’Ocon, en juillet 2024, Haas avait annoncé un contrat « pluriannuel » débutant en 2025, sans révéler sa durée exacte ni ses conditions financières. Le Français devenait alors le premier vainqueur de Grand Prix recruté par l’écurie depuis son entrée en F1 en 2016.

La situation contractuelle s’est précisée depuis. Ocon a reconnu que l’option pour 2027 était « en faveur de Haas ». Autrement dit, ce n’est pas lui qui choisira seul de poursuivre l’aventure : l’écurie dispose de la main finale.

Voilà donc le paradoxe : le Français pourrait devenir encore plus cher la saison prochaine, mais il doit d’abord convaincre son employeur de déclencher la clause qui ferait grimper la facture. Huit millions potentiels, zéro garantie. En Formule 1, même les augmentations doivent passer les qualifications.

Bearman fait mal au comparatif

Sportivement, la saison 2026 ne plaide pas franchement en faveur d’Ocon. Avant le Grand Prix d’Azerbaïdjan, Oliver Bearman occupe la treizième place du Championnat avec 18 points, tandis que son coéquipier français pointe au dix-huitième rang avec seulement trois unités.

La comparaison devient financièrement piquante. Les estimations placent le salaire de Bearman entre un et deux millions de dollars, très loin de celui d’Ocon. Le Britannique coûte moins cher et rapporte actuellement six fois plus de points. On peut tourner l’équation dans tous les sens : dans un tableur, elle ne sourit pas au Français.

Cette différence ne raconte toutefois pas toute la saison. Les deux pilotes n’ont pas toujours disposé simultanément des mêmes évolutions techniques, notamment concernant le moteur Ferrari et le nouveau package aérodynamique. Haas a dû répartir ses nouveautés selon les calendriers d’utilisation et les pièces disponibles. Ocon a également marqué deux points à Monaco en terminant neuvième, son principal résultat de l’année

Cinq pilotes autour d’un baquet

Le problème d’Ocon ne se limite plus au chronomètre. Haas étudie ouvertement plusieurs solutions pour 2027. Rafael Câmara, Leonardo Fornaroli, Ryo Hirakawa et Jack Doohan figurent parmi les candidats évalués pour accompagner Bearman. Ocon se retrouve ainsi engagé dans une sélection à cinq pour conserver ce qui est encore officiellement son propre volant.

Ayao Komatsu affirme que Haas n’est « pas pressée » de trancher. Une manière élégante de gagner du temps pour

Le Français, lui, défend sa position avec un message très clair : « Les pilotes ne sont pas le problème. » Il souligne les difficultés générales de la monoplace et rappelle que les résultats ne dépendent jamais d’un seul élément. Pourtant, les statistiques restent cruelles : Bearman mène nettement le duel interne, tandis que les prétendants au baquet 2027 ont déjà commencé à tourner autour du garage.

Un salaire hors plafond, mais pas hors débat

La rémunération des pilotes n’entre pas dans le plafond budgétaire de la Formule 1. Haas peut donc théoriquement verser six ou huit millions à Ocon sans réduire directement les dépenses autorisées pour le développement de la voiture.

Cela ne signifie pas que l’argent devient abstrait. Haas reste l’une des structures les plus modestes du plateau et fonctionnerait toujours sous le plafond financier maximal. Dans ce contexte, chaque million consacré à un pilote expérimenté doit être justifié par des points, une capacité à développer la monoplace ou une valeur commerciale suffisante.

Ocon avait précisément été recruté pour son expérience. Au moment de sa signature, Komatsu saluait un pilote établi, vainqueur en Grand Prix, capable d’apporter à Haas son vécu au sein d’une équipe constructeur. Gene Haas insistait de son côté sur sa faculté à rester dans la lutte et à inscrire régulièrement des points.

Deux ans plus tard, le CV reste intact. La régularité, elle, s’est évaporée.

Le jackpot avec option couperet

Les huit millions évoqués pour 2027 ne constituent donc pas encore un jackpot. Ils représentent plutôt le prix que Haas devrait accepter de payer pour prolonger Ocon. Une somme suffisamment élevée pour valoriser son expérience, mais également assez importante pour pousser l’équipe à examiner toutes les alternatives.

Le Français se retrouve ainsi dans une position délicieusement absurde : il possède potentiellement l’un des contrats les plus généreux de l’histoire de Haas, mais ne sait toujours pas s’il pourra l’honorer.

En attendant la décision, Ocon doit accomplir la seule négociation qui compte vraiment en Formule 1 : convaincre le chronomètre. Car chez Haas, huit millions peuvent acheter beaucoup de choses — sauf une garantie de rester sur la grille.