À première vue, la question paraît uniquement sécuritaire : les Grands Prix du Qatar et d’Abou Dhabi peuvent-ils être organisés sans risque dans le contexte régional actuel ? Mais derrière cette interrogation existe un autre enjeu, plus prosaïque et moins noble, car essentiellement financier : qui prendrait la responsabilité d’annuler ? Selon une enquête du Times, si Formula One Management ou Dorna renoncent elles-mêmes aux courses, elles risquent de perdre les importantes redevances versées par les promoteurs ; si les organisateurs locaux annulent, la charge pourrait au contraire leur revenir. Une situation qui expliquerait pourquoi chacun continue officiellement à préparer des Grands Prix dont la tenue reste pourtant incertaine.
La Formule 1 devait réévaluer à la mi-septembre la situation de ses dernières manches au Moyen-Orient. Fin septembre, aucune annulation du Qatar ou d’Abou Dhabi n’a pourtant été annoncée. Selon The Times, cette attente ne s’expliquerait plus uniquement par l’évolution de la situation sécuritaire. Elle serait également contractuelle.
Le journal britannique affirme que la responsabilité formelle de l’annulation pourrait déterminer qui supportera une partie importante de son coût.
Annuler une course, mais surtout savoir qui l’annule
C’est ici que le dossier devient sensible. Une course de Formule 1 ou de MotoGP constitue une relation commerciale entre le championnat et son promoteur. Celui-ci verse notamment une redevance pour obtenir le droit d’organiser son Grand Prix. Les revenus de promotion représentaient 26,7 % du chiffre d’affaires de la F1 en 2025.
Selon l’enquête du Times, une annulation décidée par Formula One Management pourrait lui faire perdre les redevances correspondantes, tandis qu’une décision provenant du promoteur local déplacerait le risque financier vers celui-ci.
Les contrats précis du Qatar et d’Abou Dhabi n’étant pas publics, impossible d’aller plus loin et d’attribuer dès maintenant une facture à l’une ou l’autre partie. Mais les comptes de Liberty Media confirment le principe général.
Liberty reconnaît elle-même ce risque
Dans ses documents financiers, Liberty indique que les assurances de la F1 et du MotoGP ne couvrent généralement pas l’annulation d’une épreuve. Plus révélateur encore, le groupe précise que le paiement de la redevance lorsqu’un événement est annulé pour une raison indépendante de la volonté du championnat dépend des dispositions du contrat conclu avec le promoteur.
Autrement dit : le motif et la responsabilité de l’annulation comptent financièrement. Et les conséquences peuvent aller plus loin.
Les contrats audiovisuels prévoient également des mécanismes de réduction des droits lorsque le nombre d’épreuves tombe sous certains seuils, tandis qu’une annulation peut réduire certains revenus de sponsoring et imposer des remboursements liés à l’hospitalité.
La sécurité reste donc le premier critère. Mais derrière elle se trouve une mécanique contractuelle particulièrement coûteuse.
Imola apparaît, mais rien n’est décidé sur le Qatar et Abou Dhabi
C’est également dans ce contexte que réapparaît Imola. Selon The Times, le circuit italien serait étudié comme solution éventuelle pour remplacer Abou Dhabi et accueillir la finale si celle-ci ne pouvait pas avoir lieu.
Il ne s’agit à ce stade ni d’une décision ni d’une annonce de la F1 ou de la FIA. Mais l’hypothèse possède une logique financière autant que sportive : remplacer une course permet de préserver la taille du calendrier et une partie des engagements commerciaux qui l’accompagnent. Néanmoins, après les perturbations déjà subies cette saison, chaque disparition supplémentaire devient plus difficile à absorber.

Le Qatar continue donc officiellement à préparer ses courses
Le 1er septembre, Abdul Rahman bin Abdullatif Al Mannai, président de la fédération qatarie, assurait encore que les préparatifs se poursuivaient aussi bien pour la F1 que pour le MotoGP. Il mettait notamment en avant le fonctionnement normal de l’aéroport et la situation intérieure du pays. Et officiellement, rien n’a changé.
Le circuit de Losail commercialise toujours son Grand Prix MotoGP du 6 au 8 novembre. Nous avions déjà relevé un autre signal opérationnel important : les équipes MotoGP ont reçu pour consigne de préparer leur déplacement au Qatar, alors que le rendez-vous avait initialement été repoussé d’avril à novembre en raison de la situation géopolitique. Le calendrier officiel maintient toujours Losail le 8 novembre.
Le MotoGP est directement concerné par la même équation
Le rapprochement est inévitable depuis le rachat du MotoGP par Liberty Media. Le rapport financier du groupe ne distingue pratiquement plus les deux championnats lorsqu’il décrit ce risque.
Pour la F1 comme pour le MotoGP, une annulation peut toucher les droits versés par le promoteur, les contrats audiovisuels, le sponsoring et l’hospitalité. Les contrats TV du MotoGP peuvent eux aussi prévoir une réduction des droits sous certains seuils de courses.
Cela ne signifie évidemment pas que Dorna maintiendrait Losail pour des raisons financières contre un impératif de sécurité. Cela signifie quelque chose de plus subtil : annuler possède un coût, et déterminer juridiquement pourquoi et par qui l’épreuve est annulée peut modifier la répartition de ce coût.
Tout le monde attend donc… mais personne n’attend gratuitement
Voilà pourquoi le silence actuel ne doit pas nécessairement être interprété comme la preuve que Qatar et Abou Dhabi auront lieu. Pas davantage comme le signe qu’ils seront annulés. Les promoteurs peuvent continuer à préparer leurs événements pendant que la F1 surveille l’évolution sécuritaire et que les différentes parties examinent leurs obligations contractuelles.
La question n’est plus seulement : peut-on courir au Qatar et à Abou Dhabi ? Elle devient aussi : si la réponse finit par être non, qui prononcera officiellement ce non — et qui en paiera alors la facture ?
Pour l’instant, The Times apporte une première réponse à cette seconde question. La F1, la FIA, la FIM et les promoteurs concernés ne l’ont pas publiquement confirmée. Et pendant que chacun attend, les camions, les avions, les hôtels et les contrats, eux, doivent continuer à être préparés comme si les courses allaient avoir lieu.









