Sur le papier, Ducati devrait redouter le départ de Francesco Bagnaia. Son double champion du monde rejoindra en 2027 Aprilia, qui mène actuellement le championnat et constitue désormais son adversaire le plus dangereux. Peter Bom propose pourtant une lecture exactement inverse : au vu des performances actuelles de l’Italien, Ducati pourrait considérer son transfert comme une bonne nouvelle et « rire en silence autour d’un verre de vin ». Une analyse particulièrement sévère alors qu’il ne reste plus que quelques semaines à Bagnaia pour démontrer que sa terrible saison 2026 appartient davantage à sa relation avec la GP26 qu’au pilote lui-même.
Normalement, voir partir un double champion du monde chez son principal rival constitue une mauvaise nouvelle. Dans le cas de Francesco Bagnaia, Peter Bom se demande si Ducati ne pourrait pas considérer les choses autrement.
Car l’Italien quittera Borgo Panigale dans deux mois après une histoire exceptionnelle : toute sa carrière MotoGP sur Ducati, six saisons dans l’équipe officielle, deux titres et 31 victoires. Destination : Aprilia. Une Aprilia qui mène aujourd’hui le championnat.
Et pourtant, Bom estime que Ducati pourrait presque se réjouir du transfert. Son raisonnement part des performances actuelles de Bagnaia. Six abandons en quinze Grands Prix et seulement cinq arrivées parmi les six premiers : pour l’ancien chef d’équipe, la GP26 ne peut pas expliquer à elle seule de tels résultats.
La crédibilité de Bagnaia est en jeu
« Vous êtes double champion du monde sur ce qui est sans doute l’une des meilleures motos du plateau. » Et il fixe ce qu’il considère comme le minimum acceptable : « Même un jour sans, vous devriez terminer sixième ou septième. » La critique est sévère parce qu’elle remet directement en question l’explication qui accompagne Bagnaia depuis des mois : son absence de sensations avec la Ducati.
Ducati n’a pas ignoré les plaintes de son pilote. Luigi Dall’Igna a expliqué que ses ingénieurs avaient multiplié les expériences, allant jusqu’à explorer des solutions qui ne semblaient pas techniquement appropriées afin de n’écarter aucune piste.
Un élément particulier à l’arrière de la GP26 a été retiré puis réinstallé. Bagnaia s’est senti légèrement mieux avec. Mais Dall’Igna avait ensuite prononcé la phrase la plus embarrassante de toute cette enquête : « Pecco n’est pas performant même sans ça. »
Autrement dit, Ducati cherche toujours une cause technique capable d’expliquer l’ampleur du recul. Elle ne l’a pas trouvée.

Bom imagine donc Ducati « rire en silence »
Peter Bom pousse alors son raisonnement beaucoup plus loin. Ducati possède Marc Marquez, toujours candidat au titre, et accueillera Pedro Acosta en 2027. Pendant ce temps, Bagnaia rejoindra Aprilia, qui aura déjà perdu Jorge Martin au profit de Yamaha.
Pour Bom, Borgo Panigale pourrait donc considérer que son rival s’affaiblit plutôt qu’il ne se renforce. Et il choisit une image particulièrement piquante : « Ducati sera ravi d’avoir quelqu’un d’autre qui s’occupe des affaires et rira en silence derrière un verre de vin à propos des prochaines années, lorsqu’il ira chez Aprilia. »
Ce n’est évidemment que l’analyse de Bom. Et l’histoire fournit une raison majeure de s’en méfier. Car Bagnaia reste un double champion du monde. Le pilote qui peine aujourd’hui à faire fonctionner la GP26 est aussi celui qui a gagné 31 Grands Prix avec Ducati. Il n’a pas oublié comment piloter en quelques mois.
Son passage chez Aprilia pourrait donc permettre de répondre à une question devenue presque impossible à résoudre tant qu’il reste chez Ducati : le problème vient-il principalement de Bagnaia ou de l’alchimie devenue impossible entre Bagnaia et cette Ducati ?
Aprilia constitue à cet égard un formidable laboratoire. La RS-GP possède des caractéristiques différentes et vient de démontrer qu’elle peut régulièrement battre Ducati. Bagnaia pourrait y retrouver exactement les sensations qu’il cherche en vain actuellement. Et dans ce cas, le verre de vin pourrait avoir un goût différent.
C’est le risque dans le raisonnement de Bom. Ducati remplace Bagnaia par Pedro Acosta, qui vient enfin de gagner avec KTM. Difficile de considérer ce recrutement comme un recul. Mais Aprilia récupère parallèlement un pilote qui, lorsqu’il possède la confiance nécessaire dans son train avant et ses références au freinage, a déjà démontré qu’il pouvait construire une saison de champion du monde.
Si cette version de Bagnaia réapparaît sur la RS-GP, Ducati n’aura évidemment rien gagné en envoyant son ancien champion chez son adversaire le plus menaçant.
Les deux derniers mois chez Ducati deviennent donc un étrange examen de sortie
Bagnaia ne joue plus son avenir à Borgo Panigale. Il est déjà écrit. Mais il joue encore l’interprétation de ce qui lui arrive. S’il termine 2026 dans les mêmes difficultés, il arrivera chez Aprilia accompagné d’un immense point d’interrogation.
S’il retrouve soudainement vitesse et confiance, la lecture sera différente. Et 2027 donnera finalement le verdict que Ducati elle-même n’est pas parvenue à établir. Si Bagnaia reste en difficulté avec l’Aprilia, Peter Bom aura vu juste.
Mais s’il redevient le pilote qui a gagné deux championnats du monde, personne ne rira plus autour d’un verre de vin à Borgo Panigale. Car Ducati aura alors envoyé son ancien champion chez le rival qui a peut-être précisément la moto dont il a besoin.









