La semaine dernière, notre benêt contemplait un paddock où les pilotes commençaient à contester les règles du jeu. Cette semaine, il a découvert mieux : un championnat capable de réglementer la pression d’un pneu au dixième près, mais incapable de faire décoller un hélicoptère sous la pluie.
Sur son tableau noir, six Post-it. Et une question : qui tient encore le guidon de cette saison ?
Post-it n° 1 du benêt : Phillip Island : merci pour tout, circulez !
Dernière visite du MotoGP à Phillip Island. Un circuit mythique, des spectateurs passionnés, un adieu historique. Le scénario était magnifique. Malheureusement, quelqu’un avait oublié de réserver la météo. Dimanche, les trois courses sont annulées : visibilité insuffisante pour l’hélicoptère médical. Décision de sécurité incontestable.
Mais notre benêt retrouve une vieille photographie de 2023 : cette année-là, le Grand Prix avait été avancé au samedi pour éviter le mauvais temps. En 2026, on a préféré avancer les adieux.
Deux tours derrière la voiture de sécurité, quelques salutations et rideau. Prochaine destination : Adelaide. Phillip Island méritait peut-être mieux qu’un générique sous la pluie.

Post-it n° 2 : Marquez gagne le samedi, Martin gagne le dimanche sans courir
Samedi, Marc Marquez reprend la tête du championnat. Jorge Martin chute, se fracture le radius et perd ses deux points d’avance. Dix points de retard. Dimanche s’annonce douloureux.
Mais voilà que la météo intervient comme une directrice sportive particulièrement imaginative. Course annulée. Aucun point distribué. Marquez ne peut pas creuser l’écart. Martin, pourtant déclaré inapte, conserve ses chances.
Paolo Bonora annonce même une fracture non déplacée, sans opération envisagée, et espère Sepang.
Notre benêt inscrit au tableau : « Nouveau traitement du championnat : repos, immobilisation et précipitations. » Attention, cependant : le radius n’a pas signé de contrat garantissant une guérison avant la Malaisie.

Post-it n° 3 : Bagnaia découvre la démocratie sans électeurs
Francesco Bagnaia aurait aimé être consulté avant l’annulation australienne. Il reconnaît pourtant la nécessité de respecter la décision. Notre benêt comprend parfaitement : les pilotes ne peuvent pas voter pour autoriser un hélicoptère à voler sans visibilité.
Mais leur demander leur avis sur l’organisation du week-end aurait-il constitué une menace pour l’ordre mondial ?
Dans ce championnat, on exige des pilotes qu’ils répondent aux médias, participent aux promotions et respectent les procédures. Pour les consulter, en revanche, le règlement semble moins pressé.

Post-it n° 4 : Marquez parle, les autres pratiquent le silence aérodynamique
Davide Tardozzi s’agace. Selon lui, certains pilotes dénoncent le déplacement au Qatar devant les micros, puis deviennent muets face aux organisateurs. Marc Marquez, lui, aurait demandé directement des garanties. Pas l’annulation. Des garanties.
Notre benêt découvre donc une nouvelle discipline : la contestation à géométrie variable. Très rapide dans les interviews, beaucoup moins dans les réunions.
D’où cette idée d’une association indépendante des pilotes. Étrange concept : plusieurs champions qui parleraient ensemble plutôt qu’un seul servant de paratonnerre.

Post-it n° 5 : Qatar : le voyage de la dernière chance
Carlos Ezpeleta doit se rendre mercredi à Doha. Mission : obtenir les assurances nécessaires au maintien du Grand Prix.
Pendant ce temps, plusieurs gouvernements européens recommandent la prudence face aux déplacements régionaux. Massimo Rivola et Davide Tardozzi font confiance à l’organisateur.
Notre benêt note cette merveilleuse formule : « Si l’organisateur dit que c’est sûr, nous irons. » Reste une petite difficulté : qui organise le rapatriement si la situation se dégrade ?
Les pilotes veulent des réponses. Les mécaniciens aussi, probablement. Quant au benêt, il préfère vérifier l’existence du billet retour avant d’admirer celui de l’aller.

Post-it n° 6 du benêt : Aprilia gagne partout, sauf là où ça compte le plus
Aprilia mène chez les constructeurs. Aprilia mène chez les équipes. Mais Marc Marquez, sur sa Ducati, mène chez les pilotes. Noale possède la profondeur collective ; Borgo Panigale détient l’homme à battre.
Et pour compléter le tableau, Ai Ogura perd les points de son Sprint pour une infraction de pression pneumatique.
Notre benêt contemple cette logique admirable : la météo peut supprimer trois courses, mais le manomètre, lui, ne prend jamais de vacances.

Le benêt atypique vous laisse donc avec trois questions…
- Si Phillip Island pouvait être réorganisé en 2023, pourquoi le MotoGP n’a-t-il pas anticipé davantage ses adieux en 2026 ?
- Marc Marquez devra-t-il continuer à porter seul des revendications que ses collègues n’osent pas défendre devant les dirigeants ?
- Et si le véritable courage du MotoGP, avant le Qatar, consistait à accepter qu’une course puisse ne pas avoir lieu ?
Rendez-vous la semaine prochaine. D’ici là, notre benêt a rangé son casque, vérifié la pression de ses pneus et demandé à son âne s’il disposait d’un plan d’évacuation.





