Jorge Martin court encore pour Aprilia, mais c’est peut-être Yamaha qui a le plus à perdre dans sa tentative de retour précipité à Sepang. Moins d’une semaine après sa fracture du poignet à Phillip Island, l’Espagnol veut reprendre la compétition pour défendre ses chances face à Marc Marquez. Une détermination compréhensible avec seulement dix points de retard au championnat. Mais Carlo Pernat soulève une question autrement plus inquiétante : que se passerait-il si Martin aggravait sa blessure quelques semaines avant de découvrir sa nouvelle Yamaha 850 cc ?
Yamaha 2027 : un transfert déjà sous la menace d’une blessure
Le constructeur japonais prépare une transformation majeure pour 2027. Nouveau règlement, cylindrée réduite à 850 cc, pneumatiques Pirelli et nouvelle architecture technique : Yamaha devra reconstruire une grande partie de ses références.
Dans ce contexte, l’arrivée de Jorge Martin constitue un élément essentiel du projet. L’Espagnol doit rejoindre la nouvelle équipe officielle aux côtés d’Ai Ogura, tandis que Francesco Bagnaia prendra sa place chez Aprilia.
Mais avant même son premier tour au guidon de la future Yamaha, Martin se retrouve confronté à une nouvelle incertitude physique. Et c’est précisément ce qui préoccupe Carlo Pernat.
« Yamaha aussi doit s’inquiéter »
Interrogé par GPOne, l’ancien manager italien estime que le retour de Martin à Sepang pourrait constituer une erreur. Il rappelle que les enjeux dépassent largement la lutte actuelle pour le championnat. « Aprilia, Ducati, Marquez et compagnie ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Yamaha aussi. »
Pourquoi ? « Parce que Martin court avec Yamaha l’année prochaine, il a déjà signé un contrat, et courir avec un poignet cassé représente un risque très important. » Pernat pose alors la question qui résume toute son inquiétude : « Que se passera-t-il s’il se le casse à nouveau ? »
Il ne rapporte pas ici une prise de position officielle de Yamaha. Mais son raisonnement est difficile à écarter : une aggravation de la blessure pourrait perturber la préparation du pilote à un changement de constructeur particulièrement exigeant.

Le titre 2026 peut-il compromettre le projet 2027 ?
Martin n’accuse que dix points de retard sur Marquez après l’annulation du Grand Prix d’Australie. Une absence à Sepang pourrait cependant bouleverser ses chances. Si son rival réalise un week-end parfait, l’écart pourrait devenir considérable avant les dernières manches. Cette pression sportive explique sa volonté de tenter un retour rapide.
Mais Pernat redoute que les intérêts du spectacle ne prennent trop de place dans la décision. « Maintenant, c’est soit le spectacle, soit la santé d’un pilote qui est en jeu. » L’Italien soupçonne les organisateurs de souhaiter la présence de Martin afin de préserver le suspense du championnat.
Cette accusation reste son interprétation. Aprilia assure, de son côté, ne pas vouloir exercer de pression sur son pilote. Le contrôle médical de jeudi, sous la responsabilité du docteur Angel Charte, sera déterminant.
Valence : le rendez-vous que Yamaha ne veut pas manquer
Le calendrier donne une dimension supplémentaire à cette situation. Martin doit normalement découvrir sa nouvelle machine lors du test de Valence, début décembre. Ce rendez-vous représente une étape importante pour comprendre le comportement de la Yamaha 850 cc et commencer son adaptation aux Pirelli.
En cas d’absence, il disposerait encore d’autres essais en Malaisie et en Thaïlande début 2027. Mais chaque journée perdue pourrait peser sur son intégration. D’autant que Martin n’a pas encore eu l’occasion de tester les nouvelles motos ni leurs pneumatiques dans le cadre de son futur programme Yamaha.
Il aborderait donc cette révolution technique avec un retard initial sur certains pilotes déjà impliqués dans le développement.
Le précédent Aprilia doit servir d’avertissement
Martin connaît malheureusement cette situation. Son arrivée chez Aprilia avait été perturbée par plusieurs blessures survenues pendant la préparation hivernale 2025. Une succession de contretemps qui avait lourdement compromis sa découverte de la RS-GP.
Aujourd’hui, le risque de revivre un scénario comparable existe. Avec une différence majeure : Yamaha doit simultanément réussir sa propre révolution technique.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Yamaha : Pernat estime que le constructeur doit redouter une aggravation de la blessure de sa future recrue.
- Sepang : Martin veut défendre son titre, mais son retour reste soumis à l’examen médical.
- Valence : manquer les premiers essais de la Yamaha 850 cc compliquerait son adaptation.
Jorge Martin peut encore devenir champion du monde avec Aprilia. Mais Yamaha attend déjà celui qui doit incarner son renouveau. Et si une nouvelle chute à Sepang compromettait sa préparation pour 2027, la victoire d’aujourd’hui pourrait bien se transformer en défaite pour demain.





