Moto GP
Publié le 9 août 2026 • 17:15 par André Lecondé

MotoGP – Johann Zarco encore poussé vers la sortie chez LCR : pourquoi la rumeur Manuel Gonzalez refuse-t-elle de mourir ?

Tant que la situation de Johann Zarco restera floue, le nom de Manuel Gonzalez à sa place chez LCR Honda reviendra. Encore et encore.

Johann Zarco

Voilà une rumeur qui commence à devenir presque aussi intéressante par sa persistance que par son contenu. Manuel Gonzalez, actuel leader du championnat Moto2, pourrait rejoindre LCR Honda en 2027 à la place de Johann Zarco. L’hypothèse revient une nouvelle fois dans le paddock alors que, paradoxalement, Lucio Cecchinello n’a cessé de défendre la continuité de son pilote français et que Zarco possède déjà un contrat pour la saison prochaine.

Cette fois, l’information est relayée par le journaliste espagnol Diego Lacave, qui évoque sur la chaîne YouTube NicoAbadTV une « incertitude » autour de la poursuite de la collaboration entre Zarco et LCR. La grave blessure subie par le Français à Barcelone et la longueur de sa convalescence seraient susceptibles de modifier la situation.

Sur le papier, le raisonnement peut se comprendre. Gonzalez domine le Moto2 mais voit progressivement se refermer les portes du MotoGP. Tech3, qui constituait l’une de ses principales possibilités, devrait finalement associer Luca Marini à Senna Agius. Même une reconversion en WorldSBK s’est compliquée avec l’arrivée annoncée de Brad Binder chez BMW. À tel point que Jake Dixon a récemment qualifié de « crime » l’éventualité de voir le leader du Moto2 privé de MotoGP.

Il reste donc à lui trouver une moto. Et c’est là que le nom de Johann Zarco réapparaît. Un problème cependant : Zarco a déjà un contrat pour 2027. C’est pourtant le premier élément qui devrait inciter à la prudence. Johann Zarco n’attend pas de savoir si LCR lui proposera une prolongation : son avenir a été officiellement annoncé dès septembre 2025 pour les saisons 2026 et 2027.

Plus important encore, il ne s’agit pas simplement d’un accord commercial passé entre Zarco et Lucio Cecchinello. Le Français bénéficie d’un contrat directement conclu avec Honda Racing Corporation. HRC lui garantit son statut de pilote usine, ainsi qu’un accès aux mêmes spécifications techniques et aux mêmes évolutions que les pilotes de l’équipe officielle.

Lors de l’annonce de cet accord, Cecchinello avait d’ailleurs été particulièrement clair sur la place de Zarco dans le projet : il estimait que la contribution du Français au développement de la RC213V en 2026 et surtout de la nouvelle machine répondant au règlement 2027 serait « cruciale » pour permettre à Honda de revenir au sommet.

Difficile, dans ces conditions, de présenter aujourd’hui son guidon comme naturellement disponible.

Johann Zarco

La blessure de Barcelone a cependant changé le récit Johann Zarco

La raison pour laquelle cette rumeur trouve aujourd’hui un terrain favorable est évidemment la situation médicale de Johann Zarco. Son terrible accident de Barcelone a entraîné une longue absence et Cal Crutchlow assure actuellement son remplacement. Pendant plusieurs semaines, les incertitudes concernant sa récupération ont été suffisamment importantes pour que la question de la suite de sa carrière puisse légitimement être posée.

Mais les dernières nouvelles vont plutôt dans le sens inverse. Zarco a repris l’entraînement sur une moto de série et sa récupération évoluerait plus rapidement qu’initialement envisagé. Alors qu’un retour à Aragon fin septembre avait d’abord été envisagé, LCR travaille désormais sur l’hypothèse d’un retour dès Misano, du 10 au 13 septembre. Le Français pourrait même profiter de la nouvelle réglementation permettant à un pilote absent depuis longtemps d’effectuer un test privé sur sa MotoGP avant son retour en compétition.

 

Autrement dit, à ce stade, rien ne permet d’affirmer que sa carrière soit compromise. Et Zarco lui-même a récemment réaffirmé sa volonté de continuer à courir. Alors pourquoi Gonzalez revient-il systématiquement dans la conversation ?

Manuel Gonzalez se retrouve dans une situation paradoxale. Ses performances en Moto2 devraient naturellement lui ouvrir les portes du MotoGP, mais le marché 2027 s’est progressivement refermé autour de lui. Il devient donc le candidat idéal pour alimenter chaque guidon dont la situation paraît, même momentanément, fragile.

Or celui de Zarco présente une caractéristique évidente : le Français aura 37 ans en 2027 et vient de subir un accident particulièrement sérieux. Cela suffit pour construire une hypothèse. Beaucoup moins pour en faire une information acquise.

Il faut également regarder le marché depuis le point de vue de Honda. Le constructeur japonais possède déjà plusieurs jeunes pilotes sur lesquels bâtir son avenir. Diogo Moreira évolue chez LCR tandis que David Alonso est lui aussi lié directement à Honda, et les deux hommes apparaissent actuellement parmi les candidats à la recomposition de l’effectif HRC pour 2027.

Dans cet environnement, recruter Gonzalez nécessiterait donc davantage que de simplement trouver une place disponible : Honda devrait décider d’ajouter un nouveau jeune pilote à une filière qui en possède déjà plusieurs.

Chaque fois que l’avenir de Zarco chez LCR est remis en question, Lucio Cecchinello se montre particulièrement protecteur envers son pilote. Ce soutien n’est d’ailleurs pas récent. Lorsque Zarco envisageait lui-même de rejoindre l’équipe officielle Honda, Cecchinello expliquait déjà qu’il voyait peu d’intérêt sportif à ce changement puisque LCR pouvait lui fournir une RC213V de même niveau tout en lui permettant de conserver son environnement technique. La prolongation jusqu’à fin 2027 avait ensuite définitivement matérialisé cette confiance.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un contrat ne puisse jamais être rompu. Le MotoGP fournit suffisamment d’exemples du contraire. Une incapacité médicale prolongée pourrait également conduire Honda, LCR et Zarco à reconsidérer ensemble leur accord. Mais nous n’en sommes pas là.

Pour que Gonzalez remplace Zarco dès 2027, il faudrait aujourd’hui réunir plusieurs conditions : que le retour du Français échoue ou révèle des séquelles incompatibles avec le MotoGP, que Zarco accepte ou soit contraint de renoncer à la dernière année de son contrat HRC, et que Honda considère Gonzalez comme une meilleure solution que les pilotes déjà présents dans son propre dispositif. Cela commence à faire beaucoup de « si ».

Il existe en revanche une version beaucoup plus cohérente de cette rumeur : 2028. Le contrat actuel de Johann Zarco prendra fin après la saison 2027. La question de sa succession se posera alors naturellement, indépendamment de son accident de Barcelone.

À bientôt 38 ans, le Français pourrait lui-même décider qu’il est temps de mettre un terme à sa carrière en MotoGP. Honda pourrait également souhaiter renouveler ses générations. Et si Manuel Gonzalez confirme en Moto2 puis trouve une solution lui permettant de rester dans l’orbite des Grands Prix, son profil pourrait effectivement devenir intéressant.

Mais nous parlons alors d’une succession programmée, et non d’une éviction de Zarco provoquée par sa blessure. C’est une distinction essentielle.

manu gonzalez

Une rumeur espagnole qui répond aussi à un problème espagnol

Il ne faut enfin pas négliger un aspect beaucoup plus prosaïque du marché des pilotes : Gonzalez réalise tout ce qu’il faut sportivement pour monter en MotoGP et pourtant aucune place évidente ne lui est actuellement destinée. Il faut donc lui en trouver une.

Tech3 s’est refermé. BMW en WorldSBK semble également s’éloigner. Les autres équipes MotoGP ont déjà largement avancé dans leur recrutement. Dès lors, chaque incertitude devient une opportunité potentielle et l’absence prolongée de Zarco offre naturellement matière aux spéculations.

Cela ne signifie pas que les informations de Diego Lacave soient dépourvues de fondement. Il peut parfaitement exister des discussions ou des scénarios de secours chez Honda. Un constructeur serait même imprudent de ne pas préparer une solution si son pilote blessé ne pouvait finalement pas revenir.

Mais préparer Gonzalez au cas où Zarco ne pourrait plus courir et décider de remplacer Zarco sont deux choses très différentes. Pour l’instant, les faits disponibles restent beaucoup plus simples : Johann Zarco possède un contrat HRC couvrant la saison 2027, Lucio Cecchinello a publiquement fait de lui un élément du développement de la nouvelle Honda et le Français prépare activement son retour à la compétition.

La rumeur Gonzalez n’est donc peut-être pas tant révélatrice d’une volonté de LCR de se séparer de Zarco que du problème inverse : le meilleur pilote actuel du Moto2 cherche désespérément une porte d’entrée en MotoGP, et il en reste de moins en moins à ouvrir. À force de revenir frapper à celle de LCR, encore faudrait-il cependant qu’elle soit réellement ouverte.