Moto GP
Publié le 30 septembre 2026 • 18:00 par André Lecondé

MotoGP – Le double défi de Joan Mir : Blocage technique chez Honda et alerte médicale

Joan Mir vit une situation préoccupante. Il a validé son échec sportif Honda et il fait face à une maladie rare et non diagnostiquée.

Lorsque Marc Marquez a décidé de quitter Honda fin 2023, Joan Mir venait à peine d’arriver et croyait encore que le constructeur japonais retrouverait rapidement le sommet. Trois années plus tard, le champion du monde 2020 avec Suzuki reconnaît avoir fini par comprendre la décision de son ancien équipier. Ironie de l’histoire : en 2027, Mir empruntera exactement la même porte de sortie que Marquez en rejoignant Gresini et Ducati.

Les deux champions du monde se sont croisés chez Honda au pire moment possible. Joan Mir arrive en 2023 après le retrait brutal de Suzuki. Il sort alors d’une histoire radicalement différente : champion MotoGP en 2020, troisième en 2021, il connaît une machine avec laquelle il a pu gagner et imagine Honda capable de lui offrir rapidement la même perspective. La réalité sera beaucoup plus douloureuse.

« Je m’attendais à ce que la première année soit difficile, mais que Honda construirait ensuite une moto compétitive », explique-t-il à GPOne. Au lieu de cela, les délais se sont allongés et les résultats espérés ne sont jamais véritablement arrivés.  Pendant ce temps, Marc Marquez avait déjà compris.

Après six titres MotoGP avec Honda, l’Espagnol accepte fin 2023 de sacrifier sa dernière année de contrat pour rejoindre Gresini. Mir observe alors son départ avec une autre perspective : « Après des années sans résultats, de 2020 à 2023, il a décidé de partir. Je venais d’arriver et j’avais encore espoir. Quand je l’ai vu partir, j’ai pensé faire preuve d’un peu de patience… » Trois ans plus tard, cette patience est arrivée à son terme.

Mir emprunte finalement exactement la même porte

La coïncidence est presque trop parfaite. Marquez avait quitté l’équipe officielle Honda pour une structure satellite Gresini afin de retrouver une Ducati compétitive. Mir va faire exactement la même chose.

Gresini a officialisé son arrivée pour 2027 aux côtés du rookie Daniel Holgado. Et il ne récupérera pas n’importe quelle machine : l’équipe disposera toujours d’une Ducati de spécification usine, attribuée à Mir.

L’Espagnol a d’ailleurs déjà reconnu que le parcours des frères Marquez avait participé à sa réflexion. Gresini a démontré sa capacité à accueillir des pilotes arrivant dans une période compliquée de leur carrière et à leur permettre de se reconstruire. Pour Mir, l’enjeu dépasse désormais la simple performance.

« On pouvait vraiment se faire du mal pour un Top 10 »

Ses mots permettent aussi de mesurer la violence sportive de ces quatre saisons. « Mentalement, c’était très difficile à gérer », reconnaît Mir. Continuer à pousser pour un Top 10, un Top 8 ou un Top 6 pouvait conduire à « vraiment se faire du mal ».

Et Mir a effectivement beaucoup chuté. Il ne s’agissait pas seulement d’une incapacité à accepter les limites de la Honda : l’Espagnol a plusieurs fois expliqué avoir consciemment préféré prendre des risques pour aller chercher un résultat significatif plutôt que simplement conduire jusqu’à l’arrivée.

Les quelques podiums obtenus avec Honda ont montré qu’une performance restait possible, mais Mir estime lui-même qu’il fallait réunir des circonstances particulièrement favorables. L’homme qui avait attendu en pensant que Honda finirait par lui fournir une moto pour rejouer le titre a donc fini par prendre la décision que Marquez avait prise devant lui.

Joan Mir

Mir est aujourd’hui contraint de s’arrêter

Cette histoire sportive possède désormais un autre contexte qu’il serait difficile d’ignorer. Après avoir manqué le Grand Prix d’Autriche, Joan Mir sera également absent des rendez-vous du Japon et d’Indonésie. Cette fois, il ne s’agit pas des conséquences d’une chute mais de symptômes dont l’origine n’a pas encore été déterminée.

Le Dr Ángel Charte, médecin du MotoGP, a indiqué que Mir souffrait depuis plusieurs mois de différents symptômes affectant son énergie et ses performances, avec une aggravation récente. Il lui a recommandé un repos complet et l’arrêt temporaire de la compétition. Des examens ont été réalisés afin d’en rechercher la cause.

À ce stade, aucun diagnostic permettant d’expliquer ces symptômes n’a été communiqué. Il serait donc hasardeux de relier médicalement cet état aux difficultés sportives et mentales que Mir vient lui-même de raconter.

Les deux éléments appartiennent néanmoins à la situation actuelle du pilote : après plusieurs années passées à lutter pour retrouver le niveau auquel son titre mondial 2020 lui permettait d’aspirer, Mir traverse aujourd’hui une période où il ne peut même plus courir.

Honda devra ainsi se passer de lui à Motegi puis à Mandalika, avant qu’une nouvelle évaluation de son état permette de déterminer la suite.

Une étrange boucle se referme

Et c’est précisément dans ce contexte que la décision prise pour 2027 prend une dimension particulière. Lorsque Marc Marquez quittait Honda fin 2023, la RC213V semblait proche du fond. Mir s’en va au contraire au moment où le constructeur japonais commence à montrer des signes de redressement et prépare sa nouvelle 850.

Son choix ne signifie donc pas nécessairement que Honda restera derrière Ducati. Il signifie quelque chose de beaucoup plus personnel : Mir n’était plus disposé à attendre pour le découvrir.

En 2023, il regardait Marquez quitter Honda et pensait qu’il fallait encore être patient. En 2027, il prendra à son tour la direction de Gresini. Et aujourd’hui, avant même de pouvoir refermer définitivement son histoire avec Honda, Joan Mir est contraint de s’arrêter sans encore savoir précisément pourquoi.

Joan Mir