Onze ans après 2015, il n’y aura vraisemblablement pas de grande réconciliation entre Marc Marquez et Valentino Rossi. Alors que l’Italien a progressivement apaisé ses relations avec plusieurs de ses anciens adversaires, le contentieux avec le pilote Ducati demeure intact. Marquez ne paraît cependant plus chercher à changer cette situation : pour lui, certaines histoires ne peuvent tout simplement pas être réécrites.
Le temps arrange beaucoup de choses. Manifestement, pas tout en MotoGP. Plus d’une décennie s’est écoulée depuis cette saison 2015 qui a définitivement fracturé les relations entre Valentino Rossi et Marc Marquez. Les deux hommes ont continué leur carrière, Rossi a quitté le MotoGP, Marquez a connu blessures, reconstruction puis nouveaux succès, mais un élément semble être resté figé : ils ne se parlent toujours pas.
Interrogé par The Paper, Marc Marquez n’a d’ailleurs laissé entrevoir aucune volonté particulière de rouvrir le dossier. « Certaines choses ne dépendent pas d’une seule personne. Il en faut deux. Dans ma vie personnelle, je n’ai pas besoin de lui et il n’a pas besoin de moi. » Une phrase froide en apparence, mais qui ressemble surtout à la volonté de considérer l’affaire comme définitivement classée.
Rossi s’est réconcilié avec d’autres, pas avec Marc Marquez
Valentino Rossi a, avec les années, normalisé ses rapports avec plusieurs anciens adversaires. Ses relations avec Jorge Lorenzo et Dani Pedrosa sont aujourd’hui bien éloignées de la tension qui caractérisait leurs années de compétition. Même Casey Stoner, autre rival majeur de Rossi, a récemment été invité au Ranch de Tavullia.
Avec Marc Marquez, rien de comparable. L’Espagnol considère désormais qu’il est « impossible de trouver une solution », parce qu’une réconciliation nécessite nécessairement une volonté commune.
Il prend toutefois soin de séparer le contentieux personnel de la reconnaissance sportive. « Je respecte ce qu’il a accompli. Nous avons tous les deux beaucoup apporté au MotoGP et au monde du sport moto. »
C’est peut-être finalement là que se trouve le seul terrain d’entente encore possible entre eux : reconnaître mutuellement la place immense occupée par l’autre dans l’histoire du championnat sans avoir besoin de devenir amis.
Marc Marquez avait pourtant essayé de faire un geste. L’une des images les plus symboliques de leur relation remonte au Grand Prix de Saint-Marin 2018. Lors d’une conférence de presse, Marquez avait publiquement tendu la main à Rossi. L’Italien avait refusé de la saisir.
Le contentieux restait évidemment celui de 2015, et notamment des événements de Phillip Island puis de Sepang. Rossi demeure convaincu que Marquez avait volontairement interféré dans sa lutte pour le championnat afin de favoriser Jorge Lorenzo et de l’empêcher de décrocher ce fameux dixième titre mondial.Pour Marquez, la lecture des événements est différente.
Onze ans plus tard, aucun des deux hommes n’a véritablement modifié sa position. « Nous sommes deux personnes très différentes », résume désormais Marquez.

Mais l’héritage de 2015 dépasse Rossi et Marc Marquez
Le problème est que cette histoire n’est jamais restée strictement personnelle. Valentino Rossi a constitué autour de lui l’une des communautés de supporters les plus importantes que le sport motocycliste ait connues. Pour une partie de celle-ci, Marquez est resté associé à la perte du championnat 2015.
L’Espagnol en a payé le prix sur certains circuits. Il a été hué à plusieurs reprises et certaines de ses chutes ont même été accueillies par des applaudissements. Cette hostilité constitue probablement l’une des conséquences les plus durables d’une rivalité vieille maintenant de plus de dix ans.
Et elle explique également pourquoi le sujet revient régulièrement alors même que Rossi ne court plus en MotoGP. Les deux hommes sont devenus beaucoup plus que les protagonistes d’un incident de course : ils représentent deux générations et deux communautés de supporters dont une partie continue de prolonger leur opposition.
Deux légendes qui n’ont pas besoin de se réconcilier
Marquez semble désormais avoir accepté cette réalité. Il ne cherche plus nécessairement à convaincre Rossi, pas davantage qu’il ne remet en cause sa place dans l’histoire. Il distingue simplement deux choses : le respect du champion et l’absence de relation avec l’homme.
Cette position permet peut-être aussi de refermer, au moins de son côté, une histoire dont chaque nouvelle déclaration menace de provoquer un nouvel épisode.
Valentino Rossi et Marc Marquez figurent parmi les personnages qui ont le plus profondément marqué le MotoGP moderne. Le premier a participé à sa transformation en phénomène populaire mondial. Le second en a repoussé certaines limites sportives et construit à son tour une carrière historique.
Ils ont énormément apporté au même sport. Mais ils n’ont manifestement plus rien à se dire. Et onze ans après 2015, leur absence de réconciliation est peut-être devenue, elle aussi, une partie de leur héritage commun.










