Pedro Acosta possède à lui seul plus de points que Brad Binder, Enea Bastianini et Maverick Viñales réunis. Une démonstration de force ? Certainement. Une bonne nouvelle pour KTM ? Beaucoup moins. Après sa deuxième place à Aragon, l’Espagnol reconnaît que cet écart commence même à le gêner. Il aimerait que ses équipiers se rapprochent pour le pousser davantage. Et une étonnante anecdote concernant les pneus Michelin apporte peut-être une nouvelle explication à sa supériorité.
Pedro Acosta a inscrit 189 points cette saison. Brad Binder, Enea Bastianini et Maverick Viñales en totalisent ensemble 172. La statistique pourrait flatter le jeune Espagnol. Elle ne l’amuse pourtant pas vraiment. « C’est une statistique un peu triste », reconnaît-il.
Aragon en a offert une nouvelle illustration spectaculaire. Acosta a terminé deuxième à seulement 1,754 seconde de Marc Marquez. Derrière lui, il fallait attendre 24 secondes pour retrouver la KTM suivante, celle d’Enea Bastianini, huitième. Brad Binder terminait dixième à environ 25 secondes.
Pedro Acosta voudrait enfin être poussé par les autres KTM
L’Espagnol ne transforme pourtant pas cette supériorité en critique contre ses équipiers. Au contraire. « J’espère qu’ils vont bientôt progresser, car cela ne pourra que me pousser à progresser aussi. »
Un pilote peut tirer une certaine satisfaction à écraser systématiquement ses équipiers. Mais lorsqu’il cherche encore sa première victoire en MotoGP et doit affronter Marc Marquez, Jorge Martin ou Marco Bezzecchi, l’absence d’une référence interne proche peut devenir un handicap.
Acosta aimerait disposer d’autres KTM capables d’explorer les limites de la RC16 au même niveau que lui. « Je suis satisfait de ma performance, mais nous devons améliorer le niveau global de la moto et de la marque. » Et c’est précisément là que son niveau exceptionnel crée un problème pour KTM.
Pedro Acosta est-il trop rapide pour permettre de juger la RC16 ?
À Aragon, Acosta a presque donné l’impression de disposer d’une moto capable de jouer la victoire. Les autres KTM racontaient une histoire radicalement différente. La question devient alors inévitable : quel est le véritable niveau de la RC16 ?
Pol Espargaró a récemment expliqué qu’une partie du problème venait du style presque impossible à reproduire d’Acosta, notamment en raison de sa morphologie et de la manière dont il utilise son corps au freinage et à l’entrée des virages.
Bastianini a également reconnu ne pas parvenir à égaler sa confiance dans cette phase. Mais un autre élément apparaît désormais : les pneus.

Même lorsque les autres disent que le pneu ne fonctionne pas…
Dans le podcast Paddock Pass, le journaliste Neil Morrison rapporte une anecdote particulièrement révélatrice provenant de réunions entre pilotes KTM. Certains pilotes auraient expliqué qu’un pneu Michelin particulier ne fonctionnait pas correctement.
Acosta aurait répondu en substance que le problème venait plutôt de la manière de l’utiliser. Au lieu de l’attaquer immédiatement au maximum, il fallait selon lui légèrement réduire le rythme pour atteindre sa meilleure fenêtre de fonctionnement.
La différence paraît subtile. Elle est pourtant fondamentale. Acosta ne serait donc pas seulement capable d’aller plus vite avec la même moto. Il semble parfois comprendre différemment ce que la moto et ses pneus lui demandent.
Là où un autre pilote rencontre une limite et conclut que le pneu ne fonctionne pas, Acosta cherche comment déplacer cette limite.
Plus Pedro Acosta va vite, plus il démontre qu’il existe encore du potentiel dans la RC16. Mais plus il distance les autres KTM, plus il devient difficile de déterminer quelle partie de cette performance appartient réellement à la moto.
Aragon constitue probablement l’exemple le plus spectaculaire. Une KTM termine à moins de deux secondes du vainqueur. La suivante arrive 24 secondes plus tard. Et celui qui se trouve entre les deux réalités s’appelle Pedro Acosta.
L’Espagnol aimerait que ses équipiers progressent parce qu’ils pourraient alors le pousser à devenir meilleur. KTM en aurait peut-être encore davantage besoin : pour enfin savoir si elle possède une moto capable de jouer devant… ou simplement un pilote capable de lui faire croire que c’est le cas.










