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Pirelli

Le Grand Prix des Amériques (COTA) 2026 a laissé un goût amer aux fans et aux écuries. Voir Pedro Acosta déchu de son podium deux heures après la course pour une histoire de millibars est une pilule qui ne passe plus. Alors que Pirelli s’apprête à remplacer Michelin en 2027, le manufacturier italien l’annonce : la course doit se terminer au drapeau à damier, pas devant un écran de commissaire.

Le MotoGP touche ici à une ligne rouge. Non pas technique, mais presque philosophique : une course doit-elle encore se jouer sur la piste… ou dans un tableau Excel deux heures plus tard ?

Le déclassement de Pedro Acosta au COTA, rétrogradé après la cérémonie pour une histoire de pression de pneu non conforme, a remis le feu aux poudres. Et cette fois, même le futur fournisseur unique, Pirelli, reconnaît qu’il y a un problème.

Le message de Giorgio Barbier est limpide, presque politique : « il est important que la course puisse se terminer au drapeau à damier. »

Une phrase simple… mais qui sonne comme un désaveu à peine voilé du système actuel.

Car aujourd’hui, un pilote peut célébrer un podium… avant de le perdre dans l’ombre du paddock. Ce fut le cas pour Acosta, offrant sur un plateau une troisième place à Enea Bastianini, tandis que Joan Mir, lui, chutait en tentant d’aller chercher un résultat qui lui revenait potentiellement. Le verdict ne s’est pas joué à 300 km/h. Mais dans les données.

À l’origine, rien de scandaleux. Les pressions minimales imposées — actuellement autour de 1,8 bar à l’avant — sont là pour éviter des défaillances critiques.

Barbier le rappelle sans détour : « S’ils insistent sur cette règle, c’est parce qu’ils pensent qu’en dessous d’une certaine limite, un problème de sécurité peut survenir. »

Mais dans la réalité du MotoGP moderne, cette règle devient presque ingérable. Pourquoi ? Parce que la pression évolue en permanence selon le trafic, selon l’aérodynamisme et selon la température générée par “l’air pollué”.

Résultat : les équipes partent à l’aveugle. Trop bas, c’est la pénalité. Trop haut, c’est la performance sacrifiée.

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Pirelli veut éviter que les résultats soient décidés après la course

C’est là que le système se grippe complètement. Pour être compétitif, un pilote doit souvent rouler en dessous de la limite idéale en début de course, en anticipant la montée en pression dans le trafic. Mais s’il ne passe pas suffisamment de tours au-dessus du seuil réglementaire ? Sanction.

Un sport où l’on doit volontairement flirter avec l’illégalité pour rester performant… avant d’être puni après coup. Pas étonnant que Pit Beirer ait lâché que ces règles étaient « absurdes ».

L’arrivée de Pirelli en 2027 pourrait tout changer… ou empirer les choses. Car leurs pneus seront fondamentalement différents : carcasse différente, comportement différent et pression de fonctionnement plus élevée.

Barbier l’admet lui-même sur crash.net : « nous aurons assurément une pression plus élevée que celle qu’ils utilisent actuellement. »

Et surtout : « nous ne sommes pas habitués à ce type de freinage, ni à ce type d’aérodynamisme. » Autrement dit : même Pirelli navigue à vue.

Certes, les MotoGP 2027 seront moins extrêmes : moteurs 850 cc, fin des correcteurs d’assiette et aérodynamique réduite. Mais l’effet clé restera : les turbulences. Et donc… les variations de pression aussi.

« Je ne sais pas encore dans quelle mesure notre pneu avant sera affecté en course. » Une incertitude majeure, à moins de deux ans d’un changement de réglementation censé simplifier le sport.

Ce que laisse entendre Pirelli est subtil mais fondamental : le système actuel ne peut pas continuer tel quel. « Nous devons étudier, modéliser et comprendre… puis décider des règles. ». Rien n’est encore prêt mais une ligne directrice émerge : éviter que les résultats soient décidés après la course.

Au fond, le débat dépasse la technique. Un sport où un podium est retiré après coup, un pilote chute pour rien ou une équipe ne peut même pas célébrer est un sport qui fragilise sa propre crédibilité.

Le MotoGP a toujours été une lutte d’hommes et de machines à la limite. Aujourd’hui, cette limite devient invisible, réglementaire, presque bureaucratique.

Et si Pirelli met réellement en œuvre ce qu’il suggère, alors 2027 ne sera pas seulement une révolution technique.

Ce sera peut-être un retour à une vérité simple : une course doit se gagner sur la piste. Et s’y terminer. Le passage à Pirelli est l’occasion rêvée d’enterrer une réglementation que même les ingénieurs ne maîtrisent plus. Le public veut des vainqueurs qui sabrent le champagne sur le podium, pas des rapports d’experts publiés trois heures plus tard dans l’indifférence générale.

Giorgio Barbier, directeur de Pirelli Motorcycle Racing.

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