Le MotoGP traverse une crise qui dépasse largement le calendrier. Yamaha refuse de courir au Qatar, des pilotes s’inquiètent pour leur sécurité et l’organisateur brandit les conséquences d’une absence. Pourtant, celui qui devrait incarner l’autorité sportive indépendante reste, publiquement, presque invisible : Jorge Viegas, président de la Fédération internationale de motocyclisme. Où est la FIM quand le championnat a besoin d’un arbitre ?
Un président de la FIM absent, des questions bien présentes
Viegas n’était pas à Sepang, où les pilotes se sont réunis pour discuter de Losail. Son représentant, Giovanni Copioli, était présent. Une absence physique n’est évidemment pas une démission institutionnelle. Mais, à ce stade, aucune prise de parole publique du président n’est venue expliquer comment la Fédération entend traiter les inquiétudes sécuritaires et les menaces de sanctions.
Or les pilotes ne réclament pas une prime ou une modification sportive. Ils veulent savoir dans quelles conditions ils seront transportés, protégés et, si nécessaire, évacués d’une région marquée par le conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis.
La question n’est pas seulement : « Peut-on courir ? » C’est aussi : « Qui assume la responsabilité de dire oui ? »
Le MotoGP menace, mais seule la FIM peut sanctionner
Après le forfait de Yamaha, MotoGP Sports Entertainment Group a explicitement évoqué des « implications contractuelles » et des « implications sportives », précisant que ces dernières seraient traitées par la FIM conformément au règlement.
La distinction est fondamentale. Le promoteur gère les intérêts commerciaux du championnat. Il ne peut pas, de sa seule initiative, retirer des points à un pilote ou prononcer une exclusion sportive. Les équipes disposent, elles, de contrats avec leurs pilotes ; elles ne sont pas pour autant des juridictions disciplinaires.
Des informations de presse ont évoqué des amendes, voire une exclusion des manches du Portugal et de Valence en cas de refus de participer au Qatar. À ce jour, ces sanctions ne sont pas des décisions officiellement prononcées.
Mais si elles devaient être envisagées, sur quels articles reposeraient-elles ? Qui instruirait les dossiers ? Quels recours seraient ouverts ? Et comment serait appréciée une éventuelle justification liée à la sécurité ?
Voilà les réponses qu’une Fédération devrait apporter avant le premier refus de prendre la piste, pas après.

Des garanties annoncées, mais qui les a contrôlées ?
Le MotoGP affirme avoir consulté les autorités qataries, le circuit de Losail et des spécialistes indépendants. Des dispositifs d’évacuation, de rapatriement et de couverture financière ont été évoqués.
Ces assurances méritent d’être examinées sérieusement. Mais les déclarations du promoteur ne remplacent pas une explication transparente de l’autorité sportive sur la manière dont les risques ont été évalués.
La FIM pourrait préciser son rôle dans cette évaluation, la portée des garanties et la procédure prévue si les conditions évoluent brutalement. Cela ne l’obligerait nullement à s’opposer au Grand Prix. Cela lui permettrait simplement d’exercer une fonction de garantie distincte de la promotion commerciale.
Et si les pilotes refusaient de rouler ?
Imaginons plusieurs pilotes absents des premiers essais libres à Losail. Le promoteur invoque ses engagements, les équipes leurs contrats, les pilotes leur sécurité.
Qui tranche ? Une inquiétude sincère suffit-elle à justifier l’absence ? Quelles preuves faudrait-il présenter ? La force majeure serait-elle applicable ? Une exclusion des courses suivantes serait-elle proportionnée et juridiquement fondée ?
Ce scénario hypothétique révèle une faiblesse bien réelle : le manque de clarté publique sur les règles du conflit.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Viegas : aucune clarification publique décisive de sa part au cœur de la crise.
- Sanctions : le MotoGP les évoque, mais leur mise en œuvre sportive relève des instances compétentes de la FIM.
- Sécurité : les garanties annoncées appellent une explication indépendante et compréhensible.
Jorge Viegas n’a pas à choisir entre les pilotes et le promoteur. Il doit rappeler qui fixe les règles, qui protège les droits et qui répond des décisions. Car lorsqu’une fédération laisse le silence occuper sa place, elle prend le risque de laisser les intérêts commerciaux parler à sa place. Le président de la FIM doit sortir de son rôle confortable d’inaugurateur des chrysanthèmes.





