C’est terrible. Si, après trois manches, on m’avait dit que Pedro Acosta serait tombé à la septième place du classement général avant la mi-saison, je n’y aurais pas cru. Et pourtant, voilà la situation de l’officiel KTM : septième à seulement trois points devant Pecco Bagnaia, sur une bien meilleure lancée. Que c’est injuste.
Pedro Acosta, un vrai chat noir
Son cas illustre parfaitement les limites des statistiques en MotoGP. Si l’on regarde le classement, on se dit qu’il fait une saison normale, un peu moins bonne que la précédente ou qu’il chute encore beaucoup. Pourtant, je suis fasciné par ce qu’il arrive à produire au guidon d’une machine, qui, premièrement, ne lui inspire plus confiance, deuxièmement, qui est dangereuse pour lui et les autres à cause de ses problèmes de fiabilité, et, troisièmement, qui n’a pas le rythme des Ducati ou des Aprilia.

Sa personnalité apporte réellement quelque chose au MotoGP. Photo : Michelin Motorsport
Acosta compte quatre résultats blancs, mais une seule chute de son fait cette année en course. En effet, il est tombé lors du Sprint fou à Jerez, et encore, il s’est relevé pour une 12e place à l’arrivée. Le reste de ses mésaventures est une succession d’événements malchanceux, il n’y a pas d’autre mot. En Catalogne, d’abord. Acosta menait la course dominicale quand sa moto a soudainement coupé. Alex Marquez l’a percuté par l’arrière, causant un terrible accident. Pedro était tout de même au départ à la reprise, qu’il allait finir en quatrième position… avant de se faire sortir par Ai Ogura dans le tout dernier virage. C’est doublement la guigne, car une quatrième position se serait transformée en podium après la pénalité d’Ogura et le déclassement de Joan Mir pour pressions non conformes.
Après deux performances ahurissantes en Hongrie, le voilà qui subissait deux pannes mécaniques à Brno, une en Sprint, et une en Grand Prix. Il avait le rythme du top 5 lors des deux manches, mais est reparti de Tchéquie avec zéro point dans sa besace. Et vint Assen, où un syndrome du canal carpien rendit impossible le pilotage d’une telle machine. Tout le monde crut à un nouvel abandon mécanique, mais cette fois, c’en était trop pour le corps.
Je vais être clair : je ne me rappelle pas d’un pilote aussi fort frappé par une telle malédiction depuis le début de saison 2016 d’Andrea Dovizioso.
Un ton au dessus
Ici et là, je vois beaucoup de gens railler Pedro Acosta pour être l’un des quatre pilotes à n’avoir jamais remporté le moindre Grand Prix sur la grille actuelle, avec Luca Marini, Diogo Moreira et Toprak Razgatlioglu. Mais tout être humain normalement constitué doit savoir apprécier ce que fait Acosta sur la KTM RC16. J’ai l’impression que ses exploits sont largement minimisés par une partie du public, et c’est très dommage.

L’année prochaine… « ça va péter ! » comme dirait l’autre. Photo : KTM
Par exemple, j’entends souvent la comparaison avec Fabio Quartararo. Ça pourrait se comprendre : les deux sont des talents avérés esseulés sous l’auvent de leur constructeur, et ont deux, voire, trois fois les points de leurs coéquipiers au classement depuis plusieurs années. C’est fallacieux : Quartararo, depuis qu’il domine chez Yamaha, a battu : Maverick Vinales (pour une demi-saison), Franco Morbidelli, Alex Rins et Miguel Oliveira en bout de course après de graves blessures, le rookie Toprak Razgatlioglu, des Andrea Dovizioso et Valentino Rossi sur la fin de carrière, Darryn Binder, et Jack Miller, également plus proche de la retraite que de la prolongation. C’est une belle collection de patronymes, mais en l’état, aucun excepté Viñales n’était considéré comme un top pilote.
Pedro Acosta, lui, s’est fadé une concurrence bien plus rude ; le champion Moto2 2022 Augusto Fernandez dès 2024 chez GasGas Tech3, Brad Binder, qui sortait d’une saison historique et que tout le monde qualifiait de candidat au titre en puissance, un Maverick Vinales encore bien énervé sur le début de saison 2025, et Enea Bastianini, ancien outsider extrêmement fort et pilote qui avait remporté des courses pour Ducati en 2024.
Et Acosta les surclasse aisément, à chaque séance, alors que Fabio Quartararo n’est plus aussi dominant qu’avant. Peut-être, il est vrai, à cause d’une perte de motivation, je ne remets pas son talent en doute.
Tout ça pour dire que je crois totalement en Pedro Acosta et le vois toujours comme un crack, un génie, capable, à motos égales, de répondre à Marc Marquez et peut-être même de le battre.
Je suis curieux d’avoir votre avis sur Pedro Acosta, un pilote étonnamment clivant d’après ce que je peux lire en ligne. Dites-moi tout en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Acosta arrivait à garder son calme après deux nouvelles pannes en moins d’une heure samedi. Imaginez un Vinales sur la moto. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : KTM




























