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Scott Redding

C’est l’un des grands sujets de discussion dans le paddock MotoGP. En effet, l’ère Liberty Media, qui a débuté, promet tout un tas de changements majeurs lors des prochaines années. Nous avons déjà discuté de certaines d’entre-elles dans d’autres articles, dont un que vous pouvez retrouver en cliquant ici. La question du jour concerne les Espagnols, surreprésentés sur les grilles du mondial. La question est de nouveau mise sur le tapis en raison d’une récente sortie de Scott Redding, qui affirmait que la nationalité espagnole aidait pour percer au plus haut niveau. Pourtant, dans les faits, c’est plutôt l’inverse qui se produit ; Manuel Gonzalez, actuel leader du Championnat du monde Moto2, pourrait vous le confirmer. Alors, y a-t-il trop d’Espagnols en Grands Prix ?

 

Pourquoi c’est un sujet en MotoGP

 

Le titre volontairement provocateur de cet article n’est en réalité pas si éloigné des discussions privées tenues actuellement dans les plus hautes sphères. Carmelo Ezpeleta, boss de la DORNA, évoquait clairement son désir de voir une plus grande diversité dans les paddocks, affirmant même que certains Espagnols « ne devraient pas être en MotoGP », et qu’il fallait instaurer, comme aux Jeux olympiques, une sorte de quota maximum par pays. Dès lors, il y a de quoi se poser des questions.

 

Scott Redding

L’avenir est en Espagne. Redding a-t-il tort ? Photo : Michelin Motorsport

 

Une fois n’est pas coutume, je ne pourrai pas vous apporter un avis tranché. Elle me paraît étonnamment complexe. Ce n’est en réalité pas si clair, et c’est pourquoi, comme au lycée, je vais tâcher de vous présenter une dissertation avec argument, puis contre-argument.

 

Une hérésie qui dégoûte Redding…

 

De prime abord, on peut légitimement penser qu’une telle mesure serait triste, dénuée de sens, pathétique, contre-productive, et tout à la fois. Effectivement, il s’agit là d’un parfait exemple de nivellement par le bas. Oui, les Espagnols sont les plus forts en MotoGP, c’est un fait, c’est indéniable. Ils sont même plus forts que jamais, pour ainsi dire, et vous n’avez qu’à regarder les grilles des catégories de promotion pour vous en convaincre. La domination est aujourd’hui écrasante, dans les trois classes, et, plus impressionnant encore, chaque saison nous offre la possibilité de voir éclore un nouveau prodige issu de la péninsule ibérique.

L’année passée, c’était Maximo Quiles, protégé de Marc Marquez, qui s’est révélé. L’année d’avant, c’était José Antonio Rueda et Angel Piqueras. Encore avant, il s’agissait de David Alonso ; colombien, certes, mais né et formé en Espagne, tout comme Valentin Perrone, argentin, mais né à Barcelone, et Morelli, qui court également sous le drapeau argentin. Ils sont au-dessus, alors, pourquoi ne pas laisser le sport décider, après tout ?

Vouloir limiter la présence des meilleurs est contre les valeurs sportives, qui visent à sublimer l’excellence. Notre sport est dominé par les Espagnols depuis 20 ans… et alors ? Il fut un temps, les Finlandais surclassaient tout le monde en rallye. Les Américains sont les meilleurs en basketball – et dans pas mal d’autres disciplines –, et les pays de l’ex-URSS, en MMA et aux échecs. C’est ainsi, le sport moto est culturel pour nos voisins hispaniques, comme le sont d’autres disciplines pour d’autres nations. Il faut ajouter à cela qu’ils ont parmi les meilleures équipes, comme Aspar actuellement, ce qui force les choses.

 

Scott Redding

Le dernier podium dominical 100% espagnol date… du Grand Prix de Malaisie 2025. C’était hier. Photo : Michelin Motorsport

 

… qui se réfléchit quand même

 

Bon, maintenant que l’on a dit tout ça, il faut réfléchir plus loin. Après tout, pourquoi Carmelo Ezpeleta, espagnol également, dit-il ceci ? N’y a-t-il pas quelque chose de plus profond à déceler dans ses propos ? Un homme aussi intelligent que lui ne serait-il pas conscient des évidences citées dans la première partie de cet article ? Et puis, Redding aussi a quand même un avis d’ancien vice-champion du monde Moto2, on ne peut pas le balayer d’un revers de main. Bien sûr que la DORNA a pensé à tout cela. D’ailleurs, Ezpeleta disait que Liberty Media n’avait rien à voir dans cette prise de position, ce qui exclut toute influence américaine dans le dossier.

J’avais déjà fait des articles concernant la domination espagnole en Grand Prix bien avant toutes ces décisions. Il y a effectivement un problème, d’après moi. Voyez-vous, les sports que j’ai cités avant s’internationalisent de plus en plus. Cela fait belle lurette que les Finlandais ne sont plus les meilleurs en rallye, et si les Américains dominent toujours la plus prestigieuse des compétitions en basket’, les autres nations se rapprochent. La Formule 1 a réussi à gommer son fort accent anglais, et ainsi de suite. Le MotoGP est l’un des rares cas de sport qui se ferme. Vous le savez si vous suivez cette chronique depuis assez longtemps, mais la prochaine génération espagnole qui arrive, menée par Pedro Acosta, Fermin Aldeguer, David Alonso et Maximo Quiles est encore plus forte que la précédente.

Il n’y a pas si longtemps, cela était tolérable, car les Italiens étaient aussi très bien représentés. D’ailleurs, voir Bezzecchi au sommet rappelle que ce pays pousse également. Après tout, la botte est le moteur technique de la discipline, car tous les meilleurs ingénieurs parlent la langue de Dante. Mais depuis l’arrêt du programme VR46 Academy dans les petites catégories, niveau pilotes, l’Italie s’est fait absorber par l’Espagne. Ils ont quasiment disparu de la grille Moto3, et seul Guido Pini, vainqueur à Austin, est remarquable.

L’idée de vouloir harmoniser la formation et de donner plus de chances à des gamins de différents pays me plaît. De toute évidence, l’aspect international de la MotoGP Red Bull Rookies Cup n’est plus vraiment pertinent, puisque, car, là encore, les Espagnols dominent. Oui, je comprends que quelqu’un puisse avoir envie de voir des Français, des Italiens, des Anglais, des Asiatiques sur nos grilles. La diversité est magnifique, et, même si les principaux talents sont espagnols, je peine à croire que certains jeunes d’autres contrées soient totalement incapables de rivaliser à formation égale.

 

Conclusion

 

De prime abord, l’idée formulée par Ezpeleta est un peu étrange, car elle semble contraire aux valeurs du sport. Et puis, Redding est connu pour son franc-parler, je crois qu’il exagère volontairement lorsqu’il affirme que tout est fait pour eux. Bien sûr, il faudrait prioriser le talent et le talent uniquement. Mais, si l’on réfléchit au-delà de cette considération – ce qui n’est pas simple ! –, de solides arguments existent en faveur d’une diversification. Honnêtement, je ne vois pas comment un sport aussi mondial que le MotoGP se permet, par exemple, d’avoir quatre Grands Prix en Espagne. Personnellement, j’aimerais voir du changement, mais je peine à me faire un avis sur la question.

Pour cette raison, je suis très curieux d’avoir le vôtre. Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Ce que fait Aspar… ça fait peur. Jorge Martinez est en partie responsable de l’explosion de ces talents espagnols (ou espagnols qui courent sous drapeau sud-américains). On peut comprendre que Redding soit mécontent. Photo : Aspar

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