Vous avez sans doute lu la nouvelle il y a quelques jours : Le MotoGP réfléchirait activement à un moyen d’investir le circuit de Miami pour y rouler, comme le fait la Formule 1 depuis 2022. Il faut en parler, car cela pourrait signifier l’entrée dans une nouvelle ère.
Une décision si logique que ça ?
Depuis l’annonce, je vois tous les médias reprendre les éléments de langage de Derek Chang, président de Liberty Media, qui qualifiait la candidature officieuse de Miami de « logique ». Alors, oui, du point de vue du business, c’est logique, et j’en parle activement depuis le début d’année 2024 : l’entreprise qui détient actuellement la Formule 1 a changé le championnat de monoplaces en s’exposant, notamment, au public américain. La sauce a pris, et depuis, le pays de l’Oncle Sam est celui où tous les constructeurs révèlent des livrées spéciales, y font leurs coups de communication, etc. que ce soit à Austin, Miami, ou Las Vegas. Vu que ça a marché pour la Formule 1, c’est « logique » que le MotoGP, sous-représenté dans les médias américains pour ne pas dire totalement absent, suive une voie similaire.

Mais qui a pensé à nous, spectateurs passionnés ? Pour ceux qui détiennent le championnat, un deuxième GP aux USA est une extension logique, c’est certain, car on imagine facilement les bénéfices que peut engendrer telle idée. Mais nous, que gagnerons-nous en retour ? Eh bien, de mon seul avis, pas grand-chose.
Voici trois points qui prouvent que, contrairement à ce qu’on essaye de nous faire croire avec des mots bien trouvés, le MotoGP à Miami n’aurait rien de « logique ».
1 – Miami altérerait l’âme du championnat
Ceux qui suivent les sports mécaniques de loin se demandent peut-être « pourquoi Miami » ? Après tout, il y a beaucoup de grosses villes aux USA. Je pense que vous êtes assez avertis pour ne pas croire que le soleil floridien est le seul argument invoqué par Chang et ses équipes.
Depuis plusieurs années – je dirais, depuis le début de la décennie –, Miami est devenu la capitale de l’influence aux États-Unis. C’est là qu’habitent certaines des plus immenses stars en vogue, et c’est là que s’y retrouvent les plus importantes personnalités d’internet. Los Angeles, qui tenait ce rôle, a vu sa popularité s’effondrer pour des raisons qu’il ne serait pas pertinent d’évoquer ici. D’Adin Ross à Lionel Messi, tous veulent goûter à la Floride. Et l’apparition d’un Grand Prix de F1 dans les rues de Miami en 2022 va en ce sens ; c’est d’ailleurs là qu’on voit les images de toutes les plus grandes stars avant le départ, ce qui a le don d’énerver les fans du sport.
Le truc, c’est que le MotoGP est différent de la Formule 1. En effet, la F1 entretient un côté brillant, glamour, depuis des décennies, notamment à Monaco mais également dans d’autres villes importantes de ce monde, comme à Singapour. Ce n’est pas le cas du MotoGP, qui a une image beaucoup plus authentique, beaucoup plus terre-à-terre. Et, justement, j’avais cru comprendre que les dirigeants du MotoGP Sports Entertainment Group (MotoGP SEG) voulaient cultiver cette différence, en d’autres termes, ne pas appliquer exactement la même formule qui a effectivement fonctionné pour la F1.
Oui, il faut investir le marché américain. Mais cette contrée compte d’innombrables circuits magnifiques, déjà prêts, et qui, j’en suis sûr, rêveraient d’accueillir un événement comme le MotoGP. Il faudrait les adapter, certes, mais sans doute pas plus que Miami, un circuit urbain ! Ainsi, une décision proprement logique serait, par exemple, de remplacer Austin par un tracé plus populaire – le COTA est très récent et ne produit que peu de belles courses sur deux roues –, pour montrer aux Américains que le MotoGP peut être très spectaculaire sur des circuits connus de tous. Si on voulait en trouver un deuxième, ça se ferait sans peine, pourquoi pas dans le sud du pays, ce qui collerait avec l’authenticité de notre championnat. Si on veut davantage montrer un cadre féerique, ensoleillé, dans un état qui compte, alors pourquoi ne pas tout faire pour revenir à Laguna Seca ! Voici des idées proprement « logiques » compte tenu des différences entre le MotoGP et la Formule 1.

Les Américains ont peut-être envie de voir du MotoGP, mais à Miami ? Pas sûr.
2 – Miami serait très difficile à adapter
Je vais faire court, car c’est encore plus évident que le premier point : comment adapter un tel tracé ? La directrice du circuit affirme qu’il serait possible d’y accueillir des MotoGP, mais j’ai du mal à voir comment. Comme Adélaïde – dont le concepteur dit qu’il ne s’y tiendra jamais de courses de moto –, Miami est un circuit temporaire, tracé à même les rues. Alors, certes, c’est assez bien fait, puisqu’on ne voit aucune ligne blanche, aucune aspérité sur les sections empruntées. Mais tout de même !
On sait que les motos ont besoin d’énormément de dégagements. Miami est l’un des circuits où les murs sont les plus proches de la piste au calendrier ! Ce n’est pas Monaco, mais c’est très (très) chaud, et une adaptation entraînerait forcément des changements structurels majeurs. Au virage n°3, par exemple, il n’y a que très peu de dégagement. Installer un bac à graviers assez large ici pourrait impliquer une modification obligatoire du virage n°9 (voir carte ci-dessous). Idem pour le virage n°19.
À l’heure où la sécurité des pilotes est dans toutes les bouches, je doute qu’une telle addition au calendrier soit « logique ».
Conclusion
Je pourrais trouver d’autres arguments qui vont à l’encontre de la politique de Liberty Media, mais l’article est déjà assez long. Après avoir étudié le sujet, je pense qu’il n’y aura jamais de Grand Prix MotoGP à Miami, tout du moins sur le circuit actuellement utilisé en F1. Ça n’engage que moi, c’est un pari.
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Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.










