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Harley-Davidson

Alors que le monde du deux-roues réclame de la légèreté et des prix décents, Milwaukee décide de s’enfermer dans une tour d’ivoire dorée. Harley-Davidson ne veut plus fabriquer des motos pour des motards, elle veut fabriquer des acheteurs de t-shirts de luxe.

Chez Harley-Davidson, la crise n’est plus un accident passager. C’est devenu un état permanent. Les ventes reculent, les concessions ferment, la clientèle vieillit… et pourtant, la marque américaine semble avoir pris une décision qui laisse une partie du secteur totalement perplexe : au lieu de démocratiser ses motos, elle veut désormais gagner plus d’argent… en vendant davantage de vêtements, d’accessoires et de produits dérivés.

Le plus frappant dans la nouvelle stratégie dévoilée par le PDG Artie Starrs, c’est qu’elle ne cherche même plus à reconquérir massivement le marché moto. Pas de nouvelle offensive sur les motos accessibles. Pas de vraie réponse aux trails A2 ou aux roadsters abordables qui explosent partout dans le monde. Pas de révolution produit. L’objectif est ailleurs : faire davantage de profit… même avec moins de clients.

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Le plan : transformer Harley-Davidson en marque de luxe

Pendant des décennies, Harley a prospéré grâce à une clientèle très spécifique : des motards américains relativement aisés, fascinés par les grosses cylindrées, les longues routes américaines et toute l’imagerie qui accompagne la marque. Et c’est précisément là-dessus que Harley veut encore miser.

Malgré un marché mondial qui évolue vers des motos plus légères, plus abordables et plus polyvalentes, la firme continue de pousser des modèles lourds et coûteux, dépassant souvent les 25 000 ou 30 000 euros.

Le raisonnement est simple : accepter de vendre moins, mais gagner beaucoup plus sur chaque client. Une logique typique du luxe.

Harley possède encore quelque chose d’immensément puissant : son identité. Peu de marques au monde peuvent rivaliser avec la force symbolique du logo Harley, de son univers visuel, de son bruit moteur, de ses vêtements ou de sa culture. Et visiblement, la direction estime que cette image vaut désormais davantage que les motos elles-mêmes.

D’où cette volonté de renforcer les vêtements, les accessoires, le merchandising, les produits lifestyle, et la rentabilité des concessions.

Autrement dit : transformer Harley-Davidson en marque premium globale plus qu’en constructeur moto traditionnel.

Le problème ? C’est précisément ce qui les affaiblit depuis des années. Car ce recentrage sur une clientèle âgée et fortunée est exactement ce qui fragilise Harley depuis longtemps. Pendant que  les trails explosent, les motos A2 séduisent les jeunes, les modèles accessibles dominent les volumes mondiaux, Harley reste enfermée dans un segment de niche extrêmement coûteux. Résultat : la marque peine à renouveler sa clientèle. Et au lieu de corriger ce problème, elle semble désormais vouloir l’assumer complètement.

Même le projet électrique LiveWire, présenté autrefois comme une porte vers une nouvelle génération de motards, continue de susciter énormément de doutes.

Les ventes restent limitées, la rentabilité floue, et une partie des activités financières liées au projet a déjà été cédée. L’électrique n’a donc pas servi de relance stratégique.

Le plus cruel pour Milwaukee, c’est que le marché donne aujourd’hui exactement la direction inverse de celle choisie par la marque.

Ce qui progresse mondialement sont les trails moyennes cylindrées, les motos économiques, les roadsters accessibles, les modèles faciles à piloter. Tout ce que Harley refuse presque culturellement de devenir.

Harley-Davidson semble prisonnière de sa propre légende. Car créer des motos plus accessibles, plus légères et plus mondiales reviendrait presque à reconnaître que l’Amérique des grands V-Twin chromés n’est plus le centre du monde moto.

Et visiblement, une partie de la direction préfère encore vendre moins… plutôt que changer cette identité. Le risque est énorme. Parce qu’une marque peut survivre longtemps grâce à son image.

Mais à un moment, il faut encore que quelqu’un achète les motos.

Harley-Davidson, c’est l’Amérique qui ronronne. Mais l’Amérique change. Les jeunes motards préfèrent les trails légers aux mastodontes customisés. Les budgets se resserrent. L’électrique avance. Pourtant, Harley persiste : plus de luxe, plus d’accessoires, plus de profits par client, quitte à vendre encore moins de motos. Une stratégie à haut risque, qui pourrait précipiter sa chute. Les puristes applaudiront. Les comptables, eux, s’inquiètent. Car sans clients neufs, même les T-shirts finissent par ne plus se vendre. Et l’Amérique, sans Harley, c’est un peu moins l’Amérique.

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