À l’heure où le MotoGP réfléchit justement à encadrer son marché des transferts, TrackHouse a choisi une méthode pour le moins inhabituelle afin de rechercher son prochain pilote : publier une offre d’emploi sur LinkedIn.
Évidemment, personne n’imagine vraiment Justin Marks et son équipe sélectionner leur futur pilote MotoGP en examinant une pile de CV. L’annonce publiée par Luca Manacorda relève avant tout de l’opération de communication. Mais derrière l’humour se cache une actualité très concrète : TrackHouse doit compléter son effectif 2027 et le profil décrit ressemble étrangement à celui d’Enea Bastianini.
L’équipe américaine a déjà sécurisé Raul Fernandez pour les deux prochaines saisons. Il lui reste donc à déterminer qui occupera la seconde Aprilia RS-GP, alors qu’Ai Ogura est appelé à rejoindre Yamaha.
Et plutôt que de publier un communiqué conventionnel, TrackHouse a décidé de jouer avec les codes du recrutement professionnel.
« Maîtriser une moto à plus de 350 km/h, idéalement en regardant droit devant »
Le descriptif du poste donne immédiatement le ton. Le candidat devra notamment être capable de « maîtriser une moto à plus de 350 km/h, idéalement en regardant droit devant » et de transformer « 45 minutes de pilotage intense en un retour d’information technique précis » destiné aux ingénieurs.
TrackHouse recherche également quelqu’un disposant de « réflexes ultra-rapides », ayant idéalement fait ses preuves en Moto2, Moto3 ou dans un environnement de karting « compétitif ».
Mais les qualités requises ne concernent pas seulement le pilotage. Le futur employé devra également savoir affronter les obligations médiatiques, les sponsors et les conférences de presse avec un « calme olympien » et, qualité particulièrement savoureuse dans un paddock MotoGP, « présenter ses excuses avec aisance ». L’anglais est indispensable et parler italien constitue un sérieux avantage.
Une annonce volontairement absurde, donc, mais suffisamment précise pour que le paddock puisse s’amuser à chercher qui coche toutes les cases.

Le CV d’Enea Bastianini correspond presque trop bien à l’annonce TrackHouse
Et un nom apparaît immédiatement : Enea Bastianini. Italien, anglophone, champion du monde Moto2 en 2020 après avoir déjà terminé vice-champion en 2016, vainqueur en MotoGP et disposant d’une importante expérience technique acquise chez Ducati puis KTM, Bastianini répond pratiquement ligne par ligne au portrait dressé par TrackHouse.
Ce qui serait une jolie manière de transformer une négociation déjà bien avancée en campagne de communication. Car le nom de Bastianini circule depuis un moment autour de la seconde TrackHouse.
Le rapprochement aurait aussi une logique sportive. À bientôt 29 ans, l’Italien apporterait de l’expérience à une structure qui commence à changer de dimension, tandis que Fernandez incarnerait la continuité.
Et surtout, TrackHouse peut désormais proposer quelque chose de beaucoup plus séduisant qu’à ses débuts en MotoGP : une Aprilia capable de gagner régulièrement. Silverstone vient d’en apporter une démonstration spectaculaire avec la victoire de Fernandez et la domination générale des RS-GP.
Bastianini ne rejoindrait donc pas simplement une équipe satellite américaine. Il pourrait rejoindre l’un des projets techniquement les plus compétitifs du plateau.
TrackHouse cultive surtout une identité très différente du reste du paddock
Depuis son arrivée en MotoGP, TrackHouse cherche à ne pas ressembler aux structures européennes traditionnelles. Cela correspond parfaitement à la personnalité de son propriétaire Justin Marks et, plus largement, à la culture de TrackHouse Racing, née aux États-Unis autour de la NASCAR.
L’entreprise a déjà développé cette stratégie avec le Project 91, destiné à attirer ponctuellement des stars internationales en NASCAR. Kimi Räikkönen, Hélio Castroneves ou Kevin Magnussen ont ainsi participé à l’expérience.
Même les discussions évoquées avec Max Verstappen participent de cette philosophie : faire du sport automobile, mais aussi fabriquer des histoires autour de lui. Publier une fausse-vraie offre d’emploi MotoGP sur LinkedIn s’inscrit parfaitement dans cette logique. L’information devient elle-même du contenu. Et c’est très « Liberty Media compatible » … TrackHouse semble avoir compris très tôt cette évolution.
Dans un MotoGP où les contrats 2027 ont commencé à se négocier avant même que les motos 2026 prennent la piste, TrackHouse vient en tout cas de trouver une façon plutôt brillante de rendre amusante une situation devenue presque absurde : le championnat cherche à ralentir son mercato pendant que l’une de ses équipes recrute son prochain pilote sur LinkedIn.










