Le MotoGP a testé une solution pour améliorer la sécurité des départs à Brno. Désactiver le dispositif de correction d’assiette avant, ne laisser que l’arrière. L’idée : rendre le freinage plus « naturel ». Au bilan, les avis des pilotes étaient pour le moins divisés …
Le MotoGP est souvent présenté comme le laboratoire technologique ultime de la moto. Depuis des années, les constructeurs rivalisent d’ingéniosité pour gagner quelques centièmes de seconde, quelques mètres au départ ou quelques kilomètre-heure à l’accélération. Chaque innovation est célébrée comme une avancée. Chaque évolution est perçue comme un progrès.
Mais il arrive parfois qu’une technologie conçue pour améliorer la performance finisse par créer un problème que personne n’avait réellement anticipé. C’est précisément le dilemme auquel le championnat est aujourd’hui confronté.
À Brno, en marge du Grand Prix de République tchèque, les responsables du MotoGP ont lancé un premier test grandeur nature destiné à répondre aux inquiétudes nées après le spectaculaire carambolage du premier virage en Hongrie. L’objectif est simple : réduire les risques lors des départs. La méthode, en revanche, est loin de faire l’unanimité.
Le constat qui a conduit à cette expérimentation est désormais connu. Depuis l’apparition des dispositifs d’abaissement de la suspension avant, les départs sont devenus plus rapides, plus agressifs et plus complexes à gérer. Les motos arrivent au premier freinage dans des conditions radicalement différentes de celles qui existaient auparavant. Les pilotes eux-mêmes reconnaissent que le comportement de leurs machines dans les premiers mètres de course n’a plus grand-chose de naturel.
Les chiffres présentés cette semaine par les dirigeants du championnat ont d’ailleurs frappé les esprits. Selon les données étudiées par les responsables du MotoGP, les incidents au premier virage ont fortement augmenté depuis l’introduction de ces systèmes. Dès lors, l’idée paraît presque évidente : supprimer une partie de ces dispositifs afin de rendre aux motos un comportement plus traditionnel au moment du freinage.
C’est précisément ce qui a été testé vendredi à Brno. Les pilotes qui le souhaitaient ont effectué des départs sans utiliser le dispositif avant, tout en conservant le système arrière. Sur le papier, l’idée semblait logique. Dans la pratique, plusieurs pilotes ont découvert que la réalité était beaucoup plus complexe.
Et le plus virulent d’entre eux a été Pedro Acosta. Le pilote KTM n’a pas cherché à ménager les responsables du championnat. Bien au contraire. Alors que l’essai avait été présenté comme une avancée potentielle en matière de sécurité, l’Espagnol estime que cette solution risque au contraire d’aggraver le problème. « Je pense que c’est encore plus dangereux », a-t-il affirmé.
Une déclaration qui résume à elle seule toute l’ambiguïté de la situation actuelle. Car personne dans le paddock ne conteste la nécessité d’améliorer la sécurité des départs. Les images du Grand Prix de Hongrie sont encore dans toutes les mémoires. Mais plus les pilotes découvrent les solutions envisagées, plus certains commencent à se demander si le remède ne risque pas de créer de nouvelles complications.
Acosta explique notamment que la disparition du dispositif avant modifie profondément les réactions de la moto sans pour autant simplifier les procédures de départ. « Pour ce qui est du freinage avant, afin de vous montrer comment on se désengage, c’est un peu comme en motocross. On essaie de freiner fort, mais pendant un court instant, disons. »
Puis il détaille ce qui constitue selon lui le véritable problème. « Le problème, c’est que l’arrière revient en fonction des réglages, donc cette manœuvre non naturelle s’allonge. » Autrement dit, le comportement de la machine reste artificiel, mais de manière différente. La moto n’est plus exactement celle que les pilotes connaissent aujourd’hui, sans pour autant redevenir celle qu’ils pilotaient avant l’apparition de ces systèmes.
Cette situation intermédiaire est précisément ce qui inquiète le pilote espagnol. « Impossible de désengager l’avant et de prendre le virage avec l’avant au sol, avec des vibrations ou autre, mais toujours au sol, puis d’essayer de désengager dans le virage suivant. Cela m’est arrivé par exemple de nombreuses fois depuis que je suis en MotoGP. »
Derrière cette explication technique se cache en réalité une critique beaucoup plus profonde. Pour Acosta, le MotoGP tente actuellement de résoudre un problème en conservant une partie de ses causes. D’où sa conclusion particulièrement tranchée. « Je pense que ce n’est pas la solution la plus sûre. » Puis surtout cette phrase qui pourrait parfaitement résumer le débat actuel. « Soit tout, soit rien. »
L’Espagnol estime en effet qu’il n’existe pas de véritable demi-mesure possible. « S’ils décident de tout supprimer au départ, je pense que nous devrions également supprimer tout ce qui se passe lorsque nous sommes en train de rouler. »
La remarque n’est pas anodine. Elle renvoie directement à la philosophie des règlements 2027, qui prévoient déjà la disparition progressive de plusieurs dispositifs aérodynamiques et mécaniques jugés trop complexes ou trop coûteux.

Tests sur les départs : Marc Marquez ne se prononce pas
Alex Rins, de son côté, n’a pas employé un ton aussi offensif. Pourtant, ses observations vont dans une direction similaire. Le pilote Yamaha reconnaît lui aussi avoir découvert des difficultés inattendues lors de ces essais. « Ce que j’ai vraiment ressenti, en commençant par le dispositif arrière, c’est qu’il est très difficile de le désengager, de le récupérer. » Fabio Quartararo adopte une position plus nuancée. Le Français ne rejette pas le principe de l’expérience. Il reconnaît simplement que plusieurs années d’habitudes ne disparaissent pas en quelques départs d’essai.
« C’était étrange. Pendant quatre ans, nous avons l’habitude de faire le départ d’entraînement avec les deux appareils. »
Les automatismes sont devenus tellement naturels que leur disparition modifie immédiatement le comportement du pilote. « Au premier départ, j’ai failli caler la moto car le régime moteur était très bas. Au deuxième départ, j’ai trop maintenu l’embrayage. »
Pour Quartararo, le problème n’est donc pas forcément la solution choisie mais le manque d’accoutumance. « Je pense que nous devons nous entraîner de plus en plus si nous voulons vraiment y arriver. Il s’agit simplement de s’y habituer. »
À l’inverse, Luca Marini semble déjà convaincu que le MotoGP devra franchir cette étape tôt ou tard. Le pilote Honda n’a d’ailleurs pas caché sa surprise devant l’hésitation actuelle des autorités sportives. « Nous sommes déjà à un bon niveau et je pense que c’est un pas dans la bonne direction. » Puis il ajoute : « Je ne comprends pas pourquoi nous ne courons pas ici sans ce dispositif. »
Une remarque qui illustre parfaitement les divisions actuelles du paddock. Car le plus frappant dans ce débat n’est pas l’existence de désaccords. Les pilotes ont toujours eu des opinions différentes sur les évolutions réglementaires. Ce qui surprend davantage, c’est l’absence de consensus sur un sujet pourtant présenté comme prioritaire en matière de sécurité.
Même Marc Marquez a préféré rester en retrait. Le pilote Ducati n’ayant pas participé à la réunion de la Commission de sécurité, il s’est montré particulièrement prudent. « Je ne peux pas répondre car je ne faisais pas partie de la Commission de sécurité, donc je ne sais pas si les discussions ont eu lieu en interne. » Avant d’ajouter : « Mais il est vrai que nous essayons différentes choses pour l’avenir. »
Le MotoGP est entré dans une période de remise en question technologique. Pendant plus d’une décennie, les constructeurs ont repoussé toujours plus loin les limites de l’ingénierie afin d’améliorer les performances. Aujourd’hui, le championnat découvre que certaines de ces avancées ont également modifié la nature même des départs.
Au point que la question est désormais de savoir comment le MotoGP peut revenir à des départs plus sûrs sans créer de nouveaux problèmes en cours de route. Et à écouter les pilotes vendredi à Brno, personne ne semble encore avoir trouvé la réponse définitive.
































