Ce week-end, nous avons vu le nouveau Marc Marquez à l’œuvre, mais ça ne coïncidait pas vraiment avec l’état d’esprit de quelqu’un qui joue le titre. Mathématiquement, le nonuple champion du monde est à 40 points du leader Jorge Martin, mais à choisir ses week-ends, ne se met-il pas dans une position très délicate ? Analyse.
Une nouvelle approche…
Je vais d’abord vous résumer la situation. Depuis son retour aux affaires, Marc Marquez applique réellement un plan qu’il a en tête depuis la fin de saison 2022, mais qu’il a toujours tardé à mettre en place. En gros, lorsqu’il est sur un circuit qui lui convient et où il sent qu’il peut pousser, il tente de jouer la victoire. C’est ce qu’il s’est passé au Balaton Park – où il avait déjà survolé la concurrence en 2025 –, au Sachsenring ou à Brno, des tracés sur lesquels il est historiquement à l’aise. Et alors que, jusqu’au début de cette année, il forçait jusqu’à la chute même lorsqu’il ne pouvait pas gagner, il décide désormais de se contenter de positions moins prestigieuses. Pour être honnête, j’avais affirmé, en 2022, qu’il serait encore plus dangereux en adoptant cette philosophie, car j’étais persuadé que seules les blessures pouvaient l’empêcher d’être titré, tant son talent surpasse celui des autres.

Cependant, à l’époque, j’avais mal calculé. Effectivement, j’avais dit que s’il assurait parfois au lieu de pousser en permanence, il pouvait espérer des quatrièmes, cinquièmes places. Et, bien sûr, des victoires quand tout va bien. Pour les victoires, on a vu en 2026 que ça ne pose pas problème. En revanche, je dois reconnaître que j’ai été très étonné de le voir si loin à Silverstone.
Marquez était plutôt bon sur un tour, et si on attendait tous les Aprilia sur ce tracé favorable à la RS-GP, je ne pensais jamais voir Marc Marquez ne prendre qu’un seul point le samedi. Oui, certes, ce problème de pneu arrière tendre a mis une bonne partie de la grille dedans, c’est vrai. Mais quand même. Sur la moto, il n’attaquait pas, et ne voulait qu’une seule chose : ne pas tomber. Puis, le dimanche, constat malheureusement similaire avec cette septième place bien payée en raison de la chute d’Ogura. Il a été dominé par son frère Alex, mais également par Fabio Di Giannantonio. N’était-ce pas la pire prestation de Marc Marquez en MotoGP, hors chutes, depuis qu’il est au sein de l’équipe d’usine Ducati ? Peut-être.
… risquée
Ce qu’il disait en interview était très intéressant. Premièrement, il affirmait qu’il ne voulait pas prendre le moindre risque, de peur de se blesser. Ça, d’accord. Mais je l’ai trouvé un peu… étrange, disons, dans sa communication. Il a dédramatisé la situation en disant que l’année dernière, déjà, Alex était plus fort. C’est vrai, effectivement, mais sur les trois jours, Marc Marquez avait été bien plus dangereux qu’en 2026, Alex ou pas. De plus, l’écart réel avec son frère était beaucoup moins marqué. Je n’évoque même pas les Aprilia, trop fortes cette saison. Je pense qu’il doit pleinement assumer sa philosophie plutôt qu’invoquer la comparaison avec 2025.

Cette stratégie est intelligente, mais risquée. D’abord, on ne maîtrise pas les performances des autres. Oui, les favoris ont été moyens jusqu’à maintenant. Mais qui nous dit que Raul Fernandez ou Jorge Martin ne remporteront pas les quatre, cinq prochaines courses ? Ce n’est pas impossible, six mois ne conditionnent pas une année. Si un ou deux pilotes se dégagent du reste, ces septièmes places ne suffiront plus, c’est certain. Deuxièmement, cette approche implique qu’il faut scorer des gros points sur les circuits favorables, du type Sachsenring, Aragon dans trois semaines, et autres. J’y crois, mais attention au piège de la compensation : ce n’est pas parce qu’un pilote domine sur un tracé qu’il ne peut pas s’y blesser. C’est donc mathématiquement très risqué ; en somme, c’est comme si on remettait son destin entre les mains des autres, qui, eux, doivent conserver une faible moyenne de points pour que ça marche. Depuis son retour au Mugello, il tourne à 17 points par course dominicale, ce qui reste très bon, certes, mais pas exceptionnel au premier sens du terme. Un Martin ou un Bezzecchi en forme pourraient, par exemple, égaler, voire dépasser cette moyenne sur les dix dernières manches.
Marc Marquez ne vise pas le titre ?
Autre point important, sa motivation. À Silverstone, il a aussi communiqué sur ce qui le faisait vibrer. Et c’est comme si, en interview, il n’assumait pas d’être l’un des favoris. Il dit qu’un dixième titre ne changerait rien à sa vie, qu’il essaie avant tout de prendre du plaisir sur la moto. Je ne dis pas que c’est faux, j’ai juste beaucoup de mal à croire cet élément de langage éculé. Marquez, pilote légendaire, ne penserait pas au dixième titre mondial, celui qui lui permettrait de surpasser Valentino Rossi et de devenir l’incontestable meilleur pilote de tous les temps ? Je n’imagine pas du tout Marc Marquez rouler uniquement en bas de tableau pour le plaisir pendant encore cinq, six ans. S’il est là, c’est pour gagner – rappelez-vous de sa hargne chez Honda et de ses discussions avec Puig. Comme tous, il pense au sacre.
Conclusion
Je vous ai exposé les éléments, maintenant, dites-moi ce que vous en pensez en commentaires ! Peut-il y arriver comme ça ? Personnellement, je crois que oui. D’abord, parce que je suis convaincu qu’aucun pilote ne prendra réellement le lead sur la deuxième moitié de cet exercice. Celui qui me paraît le plus armé est Jorge Martin, mais il est prenable. Deuxièmement, je crois sincèrement que Marquez peut et va hisser son niveau de jeu dans quelques courses. Si ça devient tendu et qu’il y a une réelle possibilité, ces histoires de gestion tomberont bientôt aux oubliettes. Troisièmement, il lui reste pas mal de circuits favorables. Il sera dans tous les pronostics à Aragon, d’accord, mais je le mets gagnant d’instinct à Misano, à Motegi, à Phillip Island, et à Valence. Sur ces pistes, il va se lâcher. Marquez reste donc mon favori, même à 40 pions derrière.
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









