Vous avez tous vu cette terrible image. Au Mans, Marc Marquez s’est de nouveau lourdement blessé, et fut d’ailleurs opéré avec succès à Madrid. En révélant sa fracture du cinquième métatarsien, il s’est également exprimé sur la gêne qu’il ressentait à cause de son épaule. Il profitait donc de son passage dans la capitale espagnole pour régler ce problème également. Ceci le fera manquer le Grand Prix de Catalogne, mais, du coup, a-t-il encore une chance d’être titré ?
Étant donné que je n’ai pas d’avis arrêté sur la question, je vais séparer cet article en deux. D’abord, je vais présenter les arguments « contre », puis les arguments « pour ».
Marc Marquez est déjà trop loin
Il faut avouer que, quand l’on regarde le classement général, que l’on prend une calculette, et que l’on réfléchit aux performances récentes des uns et des autres, le côté pessimiste l’emporte. À l’heure où ces lignes sont écrites, c’est-à-dire après le Grand Prix de France, Marc Marquez accuse un retard colossal de 71 points sur Marco Bezzecchi, le leader du Championnat du monde. C’était 44 unités avant d’arriver au Mans, et la facture n’a fait qu’augmenter. Le pire, c’est que Marquez va aussi manquer Barcelone ; étant donné que Bezzecchi tourne à 25,6 points de moyenne par week-end depuis le début de l’année (chiffre relativement bas à cause de ses Sprints), Marquez pourrait parfaitement arriver au Mugello convalescent avec un retard de 97 points à combler.

Son Sprint était déjà très difficile avant la chute. Photo : Michelin Motorsport
Pour rappel, le record de la plus grande remontée est de 92 points. C’est l’avance qu’avait Fabio Quartararo sur Pecco Bagnaia au sortir du GP d’Allemagne 2022. Pourtant, en fin d’année, Bagnaia l’avait emporté. Vous me direz peut-être qu’il n’y avait pas encore les Sprints, donc l’écart relatif était bien supérieur à l’époque. Et c’est vrai. Sauf que le contexte est lui aussi radicalement différent.
Premièrement, en 2022, Bagnaia était le seul qui pouvait raisonnablement inquiéter Quartararo. Enea Bastianini, outsider très dangereux, n’avait pas la régularité nécessaire pour être prétendant au titre. Je ne parle même pas de Jorge Martin, encore trop fébrile, ou de Johann Zarco. Cette année, Marquez doit faire face à Bezzecchi, qui était son rival annoncé en raison de sa folle fin de saison 2025, mais également à Jorge Martin, aussi bon, voire encore plus dangereux, en y réfléchissant. Le fait qu’il y ait non pas un, mais deux adversaires si forts change la donne, puisqu’en cas d’abandon d’un des deux, l’autre peut prendre le relais et assurer des points. Et Martin n’est qu’à un point de Bezzecchi, donc ce n’est pas plus facilement réalisable mathématiquement parlant.
Deuxièmement, Aprilia est la première force du plateau, on l’a encore vu au Mans. La Ducati Desmosedici GP26 n’est pas aussi bonne qu’espérée, en témoignent les résultats mitigés d’Alex Marquez et de Pecco Bagnaia. Fabio Di Giannantonio s’en sort le mieux à son guidon, et, d’ailleurs, il est meilleur que Marc depuis le début de l’année. En 2022, la Ducati était supérieure à la Yamaha, ça ne faisait pas de doute. Là, c’est un obstacle de plus.
Troisièmement, sa forme. Marc Marquez, quand il n’est pas au top, pousse trop. C’est une constante qui se vérifie encore de nos jours. Il n’est jamais plus dangereux pour lui-même que lorsqu’il est blessé ou qu’il n’a pas le matériel pour se battre aux avant-postes. Rien ne garantit qu’il s’assagira s’il revient au Mugello, et l’écart à combler sera si important qu’il devra prendre encore plus de risques pour recoller. Une sorte de cercle vicieux dont il est très difficile de s’extraire.

La rumeur de sa retraite à la fin de l’année me paraît de plus en plus crédible… Photo : Michelin Motorsport
Pour résumer, s’il veut remporter un dixième titre mondial en 2026, Marc Marquez devra revenir en forme, suffisamment pour ne pas avoir à compenser jusqu’à la chute, sur une moto qui n’est de toute évidence pas la meilleure actuellement, face à deux adversaires redoutables. A-t-il seulement une chance ?
Un pilote à part
Honnêtement, tous les arguments rationnels ont déjà été explorés dans la partie précédente. Pour croire qu’il va s’imposer, il faut donc se fier à la magie, à l’imprévisibilité qu’incarne ce pilote. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà ça.
Oui, ça sera très dur. Non, je ne pense pas que Ducati va drastiquement progresser en l’espace de six mois, au vu de son rang de concessions inchangé et de la nouvelle réglementation qui se profile. Oui, je pense qu’un Martin ou qu’un Bezzecchi peut aller jusqu’au bout à ce rythme, même si personne n’est épargné par les blessures.
Mais si un pilote, dans l’histoire, peut combler un tel retard, c’est bien Marc Marquez. Après tout, avec une Honda déjà un peu en dessous de la Ducati en 2019, il avait réussi à faire sa meilleure campagne en carrière. En 2025, il a été capable d’enchaîner huit victoires en Sprint, et sept en Grands Prix. À partir de rien, il est en mesure de se créer une bonne dynamique et d’accumuler les succès, ce que n’ont jamais fait Bezzecchi ou Martin. C’est un pilote à part, et d’ailleurs, le début de saison 2026 le prouve : diminué physiquement et sur une moto inférieure à la RS-GP, il a quand même réussi à prendre deux victoires en Sprint, contre zéro pour Bezzecchi et Di Giannantonio, et deux pour Martin.
Il peut transformer une situation défavorable – voire perdue comme à Jerez – en victoire, et reste un poison quoi qu’il arrive. Tant qu’il sera sur ses roues et en bonne santé, il y aura de l’espoir, même 100 points derrière. Voici le genre d’adversaire qu’est Marc Marquez.
Pensez-vous qu’il puisse le faire ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Autant, l’opération de l’épaule va le soulager complètement. À son top niveau, il visera des victoires, c’est certain. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport




























