Moto GP
Publié le 15 août 2026 • 19:00 par André Lecondé

MotoGP : la radio dans le casque avance, mais Pedro Acosta rappelle que le premier défi n’est pas de parler aux pilotes

Le MotoGP avance sur son futur système radio intégré au casque. Pedro Acosta a testé un nouveau modèle d’oreillette repensé à Silverstone.

Pedro Acosta

La radio en MotoGP n’est plus tout à fait un projet futuriste. Pedro Acosta vient de tester au Sachsenring puis à Silverstone une nouvelle génération d’oreillettes destinée au système de communication que le championnat développe depuis plusieurs saisons. Mais l’élément le plus intéressant de ce nouvel essai n’est pas encore ce qu’Acosta a entendu dans son casque. C’est qu’il accepte enfin de porter le dispositif…

Le détail pourrait sembler anecdotique. Il touche pourtant à l’un des principaux obstacles rencontrés par le MotoGP dans sa volonté d’introduire progressivement des communications radio : avant de rêver d’échanges façon Formule 1 entre le mur des stands et le pilote, encore faut-il installer un système dans le casque qui ne perturbe ni son confort, ni sa concentration, ni sa sécurité. Et sur ce point, Acosta semble constater un véritable progrès.

Pedro Acosta : « Le minimum, c’est que ce soit confortable »

Le pilote KTM est particulièrement exigeant concernant ses protections auditives. Depuis l’âge de 16 ans, il utilise des bouchons en mousse 3M et les précédentes solutions proposées pour intégrer un système audio ne l’avaient pas convaincu.

« Les autres que nous avions essayées auparavant n’étaient pas satisfaisantes », explique-t-il. Dorna a donc changé d’approche. Plutôt que d’imposer au pilote une oreillette entièrement différente, les développeurs ont cherché à reproduire les sensations du bouchon qu’Acosta utilise habituellement tout en l’intégrant dans un moulage adapté à son oreille.

Et cette fois, le résultat lui convient. « Ils ont trouvé un moyen d’adapter les bouchons d’oreille que j’aime à un nouveau moule », explique sur crash.net  l’Espagnol. « Je ne sais pas comment ils vont développer la partie audio, mais le minimum, c’est que ce soit confortable. »

Acosta les a utilisés au Sachsenring puis à Silverstone et précise même qu’il continue à les porter parce qu’il les trouve agréables. Ce qui pourrait constituer une étape technique plus importante qu’il n’y paraît. Car une MotoGP n’est pas une Formule 1 …

La comparaison avec la F1 revient naturellement dès que l’on parle de radio. Mais transposer son système au MotoGP est beaucoup plus compliqué. Un pilote de Formule 1 se trouve assis dans un cockpit et porte un casque relativement stable. Un pilote MotoGP déplace constamment son corps, passe d’un côté à l’autre de la machine, encaisse des freinages considérables et roule avec la tête exposée aux turbulences aérodynamiques tout en étant soumis au bruit d’une moto de près de 300 chevaux.

Pedro Acosta teste les dernières oreillettes radio MotoGP sur les circuits de Sachsenring et de Silverstone.

L’espace disponible dans le casque est également extrêmement réduit. Une oreillette inconfortable pendant quelques minutes peut devenir un véritable problème après 40 minutes de course. Et contrairement à une voiture, le pilote ne peut évidemment pas retirer une main du guidon pour repositionner son écouteur à 300 km/h.

Avant de résoudre la communication, le MotoGP doit donc résoudre son interface humaine. C’est exactement ce que montre l’essai d’Acosta.

Il faut également distinguer deux projets qui ont tendance à être confondus. L’objectif initial consiste à permettre à la Direction de course d’envoyer directement aux pilotes des messages de sécurité.

Un drapeau rouge, un danger sur la piste, une modification des conditions ou une instruction importante pourrait ainsi être communiqué oralement plutôt que dépendre uniquement des drapeaux, panneaux lumineux et informations affichées sur le tableau de bord. L’intérêt est évident, à condition que le message ne devienne pas lui-même une distraction.

La seconde étape serait beaucoup plus révolutionnaire : permettre une communication bidirectionnelle entre le pilote et son équipe. Et là, le MotoGP changerait véritablement de culture.

Le MotoGP veut-il vraiment devenir la F1 sur deux roues ?

Car la radio ne constitue pas seulement une innovation technique. Elle pourrait modifier la manière même dont se dispute une course. Aujourd’hui, une partie de la beauté du MotoGP tient à l’isolement du pilote.

Une fois le départ donné, il dispose de son tableau de bord, des panneaux de son équipe et de ses propres sensations. C’est à lui de comprendre ce qui se passe, d’interpréter ses pneus, de décider quand attaquer et de lire la course.

Une communication permanente avec le stand pourrait progressivement transférer une partie de cette intelligence vers les ingénieurs. On reconnaît immédiatement la logique stratégique de la Formule 1.

Elle pourrait enrichir considérablement les courses MotoGP. Mais elle pourrait également retirer au pilote une partie de cette autonomie qui constitue historiquement l’une des singularités de la compétition moto.

Et Liberty Media y verra forcément autre chose que ce que perçoit Pedro Acosta  

Il existe enfin une dimension qui dépasse la technique. Des communications radio exploitables par la télévision représenteraient un formidable outil narratif. La Formule 1 en a fait l’un des ingrédients de son spectacle : colère, stratégie, incompréhensions, ordres d’équipe et réactions spontanées deviennent instantanément du contenu.

Dans un MotoGP qui cherche désormais à davantage raconter ses pilotes et ses rivalités, il serait difficile d’imaginer que cette possibilité laisse Liberty Media indifférent. Mais nous en sommes encore loin.

Aucune date d’introduction du système n’est annoncée et la communication bidirectionnelle appartient toujours à un horizon plus lointain. Pour l’instant, Pedro Acosta teste simplement des bouchons d’oreille.

C’est presque dérisoire face à l’ambition finale du projet. Et pourtant, la révolution radio du MotoGP commencera peut-être exactement par-là : trouver un dispositif suffisamment confortable pour que les pilotes oublient qu’ils le portent avant de leur demander d’écouter quelqu’un parler dedans…

Carlos Ezpeleta Pedro Acosta