Nicolò Bulega est présenté comme l’un des grands bénéficiaires de la révolution MotoGP 2027 : avant même ses débuts à temps plein chez VR46, l’Italien accumule déjà les kilomètres avec la Ducati 850 et les Pirelli. Pol Espargaro est allé jusqu’à prédire qu’il pourrait « battre tout le monde », tandis que Marc Marquez surveille lui aussi son avance technique. Michele Pirro renverse pourtant le raisonnement : Bulega ne développe pas une moto pour lui-même, il teste des solutions destinées aux pilotes officiels et peut même perdre ses références à force de changer de matériel.
Nicolò Bulega possède-t-il déjà plusieurs mois d’avance sur une partie de ses futurs adversaires ? Sur le papier, difficile de ne pas le penser. Le champion WorldSBK 2026 participe au développement de la Ducati 850 cc et possède déjà une expérience des Pirelli que les pilotes actuels du MotoGP commencent seulement à découvrir.
Certains n’ont même encore essayé ni la future cylindrée ni les pneumatiques 2027. Pol Espargaro avait donc lancé une prédiction spectaculaire : grâce à cette avance, Bulega pourrait finir par « battre tout le monde ». Michele Pirro n’achète pas le scénario.
Michele Pirro : « Des manœuvres de présaison »
Le pilote d’essai historique de Ducati, dont les problèmes physiques ont justement offert davantage de roulage à Bulega cette année, voit derrière cette agitation une manière de déplacer la pression.
« Je pense que tout cela n’est que des manœuvres de présaison de la part de quelqu’un qui veut détourner l’attention ou mettre la pression sur un jeune pilote qui doit suivre son propre chemin. » Pirro rappelle surtout sur GPOne une évidence parfois oubliée : Bulega n’a encore jamais disputé une saison de MotoGP. Et ce qui roule actuellement n’est pas encore nécessairement ce qui courra en mars. « Ni les pneus finaux ni les motos finales ne sont encore prêts. »
Bulega teste beaucoup… mais pas nécessairement pour Bulega
On pourrait imaginer qu’en accumulant les kilomètres, Bulega façonne progressivement la future Ducati autour de ses préférences. L’intéressé affirme exactement le contraire. « Lorsque vous êtes pilote d’essai, ce n’est pas comme si vous essayiez ce que vous voulez », explique-t-il. « Ils m’ont donné mille choses à essayer, mais je ne peux pas dire ce que je veux. »
Et Bulega précise même pour qui la moto est prioritairement développée : « Elle est faite pour les pilotes de l’équipe usine, et je me contente d’essayer ce qu’ils me demandent d’essayer. »
Michele Pirro explique même pourquoi tester peut devenir un handicap
Un pilote titulaire construit progressivement sa moto. Il identifie une base, stabilise ses réglages et affine ses sensations autour d’un ensemble technique qu’il connaît. Un pilote d’essai travaille presque à l’envers.
Il doit essayer une pièce, puis une autre, revenir en arrière, changer de configuration et parfois rouler avec une solution dont les ingénieurs veulent simplement comprendre le comportement.
Pirro connaît mieux que quiconque cette différence.
« Un pilote de course a un processus, une norme, une base et des choses dont il sait qu’elles fonctionnent. » À l’inverse, lorsqu’on teste constamment, « cela ne vous donne pas toujours plus de confiance. Cela pourrait même vous l’enlever. » Le kilométrage existe donc bien. Mais kilométrage et préparation sportive ne sont pas synonymes.

Son véritable avantage pourrait surtout s’appeler Pirelli
Il serait néanmoins excessif de conclure que Bulega ne possède aucun bénéfice. Son expérience des Pirelli demeure considérable. Les titulaires MotoGP n’ont jusqu’ici disposé que de quelques journées officielles pour découvrir les pneumatiques du futur championnat, et certains pilotes sont encore davantage en retard en raison des décisions de leurs constructeurs.
Bulega connaît au contraire depuis plusieurs saisons la philosophie du manufacturier italien grâce au WorldSBK et participe maintenant directement à son adaptation au MotoGP. Même Marc Marquez a reconnu qu’il faudrait surveiller sa rapidité. Mais Pirro souligne que les pneus eux-mêmes continuent d’évoluer de mois en mois. L’avantage d’aujourd’hui pourrait donc être partiellement dilué lorsque la spécification définitive apparaîtra.
Un autre facteur est facilement oublié lorsque l’on compare Bulega aux titulaires actuels. Le MotoGP moderne ne consiste plus seulement à être rapide avec une moto. Il faudra encaisser 22 Sprints et 22 Grands Prix, avec toute l’intensité physique et mentale que cela implique.
Le passage depuis un championnat WorldSBK beaucoup moins fourni vers cette succession de week-ends constituera lui aussi un apprentissage. Bulega pourrait donc arriver avec davantage de kilomètres sur la Ducati 850 et les Pirelli, mais beaucoup moins d’expérience de ce que signifie réellement une saison MotoGP actuelle.
L’avantage existe, mais personne ne sait encore combien il vaut
C’est probablement là que Pirro remet le débat à sa juste place. Pol Espargaro n’a pas tort de constater que Bulega dispose d’informations et de kilomètres que d’autres n’ont pas. Marquez n’a aucune raison non plus d’ignorer cette avance.
Mais transformer ce kilométrage en avantage décisif suppose que la moto, les pneus et les sensations accumulées aujourd’hui restent suffisamment proches de ceux de mars 2027. Et personne ne peut encore le garantir.
Pirro demande donc d’attendre que deux variables deviennent enfin constantes : la moto et les pneus. Bulega aura alors peut-être effectivement pris de l’avance. Mais son témoignage révèle aussi que le pilote présenté comme celui qui développe sa future Ducati passe surtout son temps à développer celle des autres.









