Pedro Acosta est présenté comme l’un des futurs patrons du MotoGP. Ducati l’a choisi pour son avenir, il est déjà monté treize fois sur un podium et personne ne doute vraiment de sa capacité à gagner. Pourtant, une statistique devient de plus en plus difficile à ignorer : l’Espagnol fait toujours partie des quatre pilotes de la grille actuelle qui n’ont jamais remporté un Grand Prix. Avant lui, Johann Zarco avait connu une attente encore plus longue. Il lui avait fallu 20 podiums pour enfin entendre la Marseillaise.
Il y a des statistiques qui disent exactement ce qu’elles semblent dire. Et d’autres qui racontent quelque chose de beaucoup plus intéressant. Celle de Pedro Acosta appartient clairement à la seconde catégorie.
Sur les 22 pilotes de la grille MotoGP, seuls quatre n’ont encore jamais remporté un Grand Prix : les rookies Toprak Razgatlioglu et Diogo Moreira, puis Luca Marini… et Pedro Acosta. C’est ce dernier nom qui transforme une simple curiosité statistique en véritable paradoxe.
Car Acosta n’est évidemment pas considéré comme un pilote quelconque attendant hypothétiquement sa première victoire. Il est champion Moto3, champion Moto2, déjà treize fois sur le podium en MotoGP et surtout l’homme que Ducati a choisi pour rejoindre son équipe officielle en 2027.
Autrement dit, l’un des pilotes les plus convoités du monde possède moins de victoires dominicales en MotoGP qu’Ai Ogura. Il en possède exactement zéro. La récente victoire d’Ai Ogura avec Aprilia a encore renforcé l’étrangeté de la situation. Le Japonais est devenu le dixième pilote actuellement associé à une Aprilia ou une Ducati à posséder au moins une victoire en MotoGP.
Des monstres statistiques comme Marc Marquez et ses 76 succès jusqu’aux vainqueurs plus récents Aldeguer et Ogura, tout le contingent Ducati-Aprilia actuellement présent sur la grille a désormais gagné. Ce n’est évidemment pas totalement fortuit.
Les deux motos constituent aujourd’hui la référence du championnat. Aprilia et Ducati se partagent les victoires et offrent à leurs pilotes des occasions que leurs adversaires ne possèdent pas nécessairement.
Et c’est précisément là qu’apparaît le problème Acosta. Son absence de victoire commence à ressembler à une anomalie individuelle alors qu’elle raconte peut-être surtout les limites de KTM.
Pedro Acosta gagne déjà… mais seulement le samedi
L’Espagnol a pourtant franchi une première étape cette année. En Thaïlande, il a remporté le Sprint, certes dans les circonstances controversées de la pénalité infligée à Marc Marquez. Acosta sait donc ce que signifie passer le premier sous le drapeau à damier face aux meilleurs pilotes du monde. Mais le Sprint et le Grand Prix demeurent deux exercices différents.
Sur une course courte, le talent permet davantage de masquer certains défauts. Sur la distance du dimanche, la gestion des pneumatiques, la constance, l’électronique, l’accélération et l’équilibre général du prototype finissent généralement par présenter l’addition.
Et Acosta n’a toujours pas réussi à faire tenir sa KTM devant jusqu’au bout. Voilà pourquoi ses treize podiums sans victoire deviennent symptomatiques. Ils démontrent simultanément deux choses apparemment contradictoires : Acosta est suffisamment performant pour se retrouver régulièrement aux portes de la victoire, mais sa combinaison pilote-machine ne l’est pas suffisamment pour les franchir. Un Français connaît particulièrement bien cette frustration.

Johann Zarco avait attendu encore beaucoup plus longtemps
Pendant des années, Johann Zarco a détenu l’un des records dont un pilote se passerait volontiers. Le Français accumulait les podiums sans parvenir à gagner. Deuxième dès sa première saison MotoGP en 2017, régulièrement aux avant-postes avec Yamaha puis Ducati, Zarco semblait parfois condamné à devenir l’excellent pilote auquel il manquerait éternellement une victoire.
Il lui aura finalement fallu attendre Phillip Island 2023. Et surtout son 20e podium. Zarco comptait donc dix-neuf podiums sans victoire lorsqu’il s’est présenté en Australie. À 33 ans, après sept saisons en MotoGP et plusieurs occasions envolées, il a enfin remporté son premier Grand Prix.
Acosta en est déjà à treize. Encore six podiums sans victoire et l’Espagnol égalerait cette étrange série.
Mais il existe entre les deux hommes une différence fondamentale. Zarco avait longtemps cherché la moto susceptible de transformer ses podiums en victoire. Acosta sait déjà qu’elle l’attend. Elle est rouge et arrivera en 2027.
Le plus étonnant serait que Pedro Acosta arrive chez Ducati sans victoire
C’est désormais la véritable question. Car la saison avance et les occasions permettant à KTM de battre simultanément les Ducati et surtout les Aprilia ne semblent pas nombreuses. Acosta pourrait donc vivre une situation assez extraordinaire : débarquer dans l’équipe officielle Ducati comme successeur désigné à moyen terme de Marc Marquez sans avoir jamais remporté un Grand Prix MotoGP.
Cela ne diminuerait probablement en rien sa valeur. Ce serait même une formidable illustration de la manière dont les constructeurs évaluent aujourd’hui un pilote. Ducati n’a manifestement pas recruté Acosta en comptant ses victoires. Gigi Dall’Igna a regardé sa vitesse, son âge, sa capacité à dépasser les limites de la KTM et son potentiel à long terme.
Le marché a donc déjà rendu son verdict : le zéro figurant dans la colonne des victoires ne trompe personne. Mais il reste une dernière chance de gagner avec KTM. Et c’est justement ce qui donne une saveur particulière à la fin de saison. Chaque Grand Prix devient progressivement une occasion de répondre à une question qui dépasse le championnat : Pedro Acosta remportera-t-il une course avec KTM avant de partir ?
Car s’il gagne en 2027 avec Ducati, personne ne sera véritablement surpris. S’il gagne cette année avec la KTM, la victoire racontera beaucoup plus sur le pilote. Johann Zarco avait attendu son vingtième podium pour enfin monter sur la plus haute marche. Acosta en compte treize à seulement 22 ans. Le record du Français reste donc encore relativement loin.
Mais pour un pilote présenté depuis son arrivée comme le prochain phénomène du MotoGP, la statistique commence doucement à devenir encombrante. Et une autre question apparaît derrière elle : Acosta doit-il encore prouver qu’il sait gagner en MotoGP, ou KTM doit-elle surtout prouver qu’elle peut lui donner une moto avec laquelle le faire ?










