Moto GP
Publié le 14 août 2026 • 13:00 par André Lecondé

MotoGP – Ducati : Pour Carlo Pernat « il y avait de la tension » dans le box de Marc Marquez, et Silverstone pose une vraie question

Carlo Pernat a senti de la tension chez Ducati à Silverstone. Selon lui, les réglages de Marc Marquez étaient les pires des GP26 en lice.

Carlo Pernat

Marc Marquez a connu un mauvais week-end à Silverstone. Cela, les résultats suffisent à le montrer : neuvième du Sprint, septième du Grand Prix, très loin d’une Aprilia qui a dominé les débats. Mais Carlo Pernat apporte un élément beaucoup plus intéressant que le simple constat sportif.

L’ancien manager italien affirme sur YouTube avoir perçu « un peu de tension » dans le garage Ducati autour des réglages de la GP26 de Marquez. Et surtout, il estime que le champion en titre disposait probablement de « la pire configuration de toutes les Ducati ».

L’accusation mérite d’être maniée avec précaution : Pernat ne dit pas savoir qui serait responsable. Mais elle pose une question étonnante concernant celui qui demeure le principal espoir de Ducati face à l’offensive Aprilia : comment la Ducati de Marc Marquez a-t-elle pu sembler moins bien fonctionner que les autres GP26 au moment où chaque point devient précieux ?

Carlo Pernat ne croit pas à la seule explication des pneus

Les conditions exceptionnellement chaudes de Silverstone ont considérablement compliqué la gestion des pneumatiques. Pol Espargaró a notamment identifié la dégradation comme l’une des explications des difficultés de Marquez.

Les chiffres du Sprint étaient effectivement spectaculaires : son dernier tour fut près de cinq secondes plus lent que son premier tour chronométré. Mais Pernat va plus loin. « Les réglages utilisés par Marquez étaient, à mon avis, les pires de toutes les Ducati », affirme-t-il. Et son raisonnement repose sur une comparaison intéressante.

Alex Marquez a terminé quatrième et pouvait envisager le podium avant son erreur. Fabio Di Giannantonio a lui aussi rencontré des difficultés, mais conservait davantage de rythme. Tous pilotaient pourtant la même GP26.

La chaleur et les pneus peuvent donc expliquer une partie du problème. Ils expliquent moins facilement pourquoi Marc Marquez semblait davantage pénalisé que les autres pilotes disposant du même matériel.

Carlo Pernat

Qui a raté les réglages ?

C’est précisément là que Pernat devient prudent. « Je ne sais pas si c’était sa faute, celle de l’équipe, celle du groupe ou celle des ingénieurs ; je n’en sais rien. » Un mauvais réglage ne signifie évidemment pas qu’un ingénieur a simplement commis une erreur. La configuration d’une MotoGP résulte d’un dialogue permanent entre les données, les techniciens et surtout les sensations du pilote.

Or nous savons maintenant que Marquez n’était probablement pas physiquement à 100 %. Ducati l’a elle-même laissé apparaître dans son documentaire INSIDE. Après la course, Marquez reconnaissait : « Physiquement, je n’étais pas là. » Il évoquait également son épaule et expliquait avoir perdu certaines qualités qu’il possédait sur ce circuit l’année précédente.

Cela introduit une hypothèse beaucoup plus subtile. Et si Ducati avait eu du mal à régler la GP26 parce que les informations fournies par Marquez étaient elles-mêmes influencées par ses limitations physiques ?

Un pilote qui ne peut plus solliciter la moto exactement comme auparavant peut rechercher des solutions techniques qui compensent son problème physique mais déplacent finalement la difficulté vers les pneus, le train avant ou la motricité.

Silverstone aurait alors produit une sorte de cercle vicieux : moins de confiance, modifications des réglages, comportement différent de la moto, dégradation accentuée et nouvelles modifications.

« Il y a eu un peu de tension » …  La petite phrase de Pernat ne décrit pas une crise chez Ducati. Rien ne permet d’aller jusque-là. Mais la tension serait parfaitement compréhensible. Ducati vient de voir Aprilia réaliser un triplé le dimanche. Jorge Martin possède désormais 40 points d’avance sur Marc Marquez. Et les trois premiers du championnat roulent sur une RS-GP.

Dans ces circonstances, passer un week-end entier à chercher une solution sans jamais la trouver transforme rapidement un problème technique en problème humain. Gigi Dall’Igna a lui-même reconnu après Silverstone que Ducati n’avait « jamais vraiment été dans la course » et n’avait pas trouvé « un rythme compétitif pour plusieurs raisons ».

La déclaration de Pernat ajoute simplement quelque chose à cette analyse : chez Marquez, cette impuissance aurait commencé à générer de la nervosité.

Carlo Pernat : « Marc Marquez répond toujours : « C’est ma faute », car c’est un grand pilote »

Pernat souligne enfin une caractéristique importante du comportement de l’Espagnol. Lorsqu’on lui demande si le problème vient de lui ou de l’équipe, Marquez assume. « Il répond toujours : « C’est ma faute« , car c’est un grand pilote », observe l’Italien.

Mais cette attitude complique aussi l’analyse extérieure. Quelques jours plus tôt, des informations venues de son entourage suggéraient déjà que Marquez minimisait publiquement l’état réel de son épaule. À Silverstone, il a finalement reconnu que son physique constituait une limitation.

Nous nous retrouvons donc devant trois facteurs impossibles à séparer complètement : l’épaule, les pneus et les réglages. Et c’est précisément ce qui rend le prochain rendez-vous d’Aragon particulièrement important.

Aragon permettra de savoir si Silverstone était vraiment une anomalie. Silverstone possède des caractéristiques historiquement difficiles pour Marquez et peu favorables à Ducati. Aragon représente presque exactement l’inverse.

Si Marquez retrouve immédiatement les avant-postes, Silverstone pourra être classé comme la combinaison malheureuse d’un circuit défavorable, d’une chaleur inhabituelle et d’un mauvais compromis technique. S’il rencontre encore les mêmes difficultés, la petite phrase de Carlo Pernat prendra une tout autre dimension.

Car Ducati ne peut pas se permettre longtemps que sa meilleure chance de battre les Aprilia soit également le pilote pour lequel elle peine le plus à trouver les bons réglages. Et dans cette perspective, le résultat de Silverstone est finalement moins préoccupant que ce que Pernat affirme avoir aperçu derrière lui : de la tension dans un garage Ducati qui, jusque-là, semblait avoir toutes les réponses.

Carlo Pernat